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 Juste trop tard [13+]

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Resha Tsubaki
Romancier

Messages: 755
Féminin Inscrit le: 22/03/2010
Profil d'auteur: В конце твоих мечт.
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Lun 20 Fév 2012 - 19:55



    Le soleil se leva doucement, apportant le jour avec lui sur le Japon. Les oiseaux piaillèrent, réveillant le voisinage qui se prépara pour se rendre au travail. Une éternelle journée débutait, nul ne laissait tomber sa routine du matin.
    Teru se réveilla en sursaut, toujours allongée sur le sol, recroquevillée. Depuis combien de temps avait-elle perdu connaissance ? En regardant autour d'elle, elle s'aperçut que le soleil était déjà levé. Elle avait passé toute la nuit par-terre.
    Ignorant les courbatures que son matelas de la nuit lui avait procuré, Teru se leva subitement, comme si elle était possédée. Elle sortit violemment de sa chambre puis quitta l'appartement sans se rendre compte qu'elle avait claqué la porte. Il fallait qu'elle se rende quelque part. Qu'elle vérifie quelque chose.
    L'adolescente courut à vive allure sur les trottoirs, le souffle court, sans faire attention aux passants qui ne remarquaient même pas sa présence, de toute manière, trop absorbés par leurs propres pensées. Teru avait l'impression de ne pas savoir où elle se rendait, mais de le savoir en même temps. C'était étrange. Elle ne savait même pas ce qu'elle attendait réellement, ni pourquoi elle agissait de cette façon.
    Trop fixée sur son objectif, Teru ne se rendit pas compte que le souffle lui manquait, elle tenait trop à vérifier de ses propres yeux si elle avait raison. Si toutes ces images dans sa tête étaient réelles et non pas le fruit de son imagination. Elle sentait que si elle le voyait, elle pourrait le confirmer.
    Sans le réaliser, Kurebayashi se retrouva devant la porte de l'école. Il y avait peu de monde dans les rues, en conséquence il devait être encore tôt ; le lycée était d'ailleurs désert. Elle s'arrêta subitement puis scruta les alentours, à sa recherche. Il devait être là. Elle avait vraiment besoin de le voir.
    Teru fit quelques pas en tremblant, l'adrénaline commençait à retomber. Elle serra les poings, en se demandant comment elle devait réagir à sa vue. À vrai dire, elle n'avait pas encore songé à ce scénario. Elle rit nerveusement en se frottant un œil lorsqu'une voix familière retentit derrière elle, la pétrifiant.
    « Eh, larbin, tu fais des heures supplémentaires ? Ça tombe bien, comment as-tu osé me laisser faire le boulot seul hier ! Tu vas trimer deux fois plus aujourd'hui ! »
    Ah ah. Il n'avait décidément pas changé. Sans même le voir, Teru reçut sa confirmation. Elle se trouvait dos à lui, cependant elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle ne s'était pas trompée. Elle n'avait rien imaginé. C'était bien réel.
    « J'espère que tu finiras chauve, Kurosaki ! Même quand j'étais malade et que j'ai perdu mon portable tu m'as refilé tout le sale boulot à mon retour ! »
    Teru se mit à marcher, sans se retourner vers lui. Elle ne savait pas pourquoi, toutefois elle avait l'impression qu'elle aurait du mal à le regarder en face. Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'était qu'il attrapât son bras afin de la retenir. Instinctivement, elle tourna la tête puis le regarda dans les yeux. Les siens reflétaient sa surprise ainsi que son espoir qu'elle eût enfin retrouvé la mémoire.
    Aucun ne prononça mot, ce n'était pas comme s'ils en avaient besoin. Kurosaki avait parfaitement compris, elle en était persuadée. Depuis son réveil, Teru n'avait pas songé un seul instant à sa mère. Au moment où elle s'était réveillée, elle avait retrouvé tous ces souvenirs perdus. Elle avait compris ce qui s'était passé.
    Elle se souvenait de tout : de Daisy, de la relation ambiguë qu'elle entretenait avec Tasuku, la boîte de musique qui était devenue la boîte de Pandore, la véritable raison de la venue de Riko... Elle s'en rappelait. De même que de l'accident.
    À ce moment-là, elle avait véritablement cru qu'il était mort. Elle était soulagée que ce ne fût pas le cas. Elle ne voulait même pas envisager une mort potentielle. Elle l'aimait beaucoup trop. Ses sentiments avaient refait surface en même temps que ses précieux souvenirs. Dorénavant, elle ne laisserait aucun des deux lui échapper. Pas après l'avoir finalement retrouvé.
    Sans s'en rendre réellement compte, Teru se retrouva dans les bras de Kurosaki. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas prise dans ses bras, où elle se sentait en sécurité et où elle avait pleuré maintes fois... Elle ferma les yeux en le serrant à son tour. Elle ne le laisserait plus partir ; et, de son côté, elle tâcherait de ne pas perdre à nouveau la mémoire.
    Ils restèrent longtemps ainsi, inconscients du monde extérieur. Tasuku n'avait jamais espéré une telle situation. Et surtout pas aussi rapidement. Lui qui avait été persuadé de ne plus jamais la revoir véritablement... Il était certain qu'elle ne retrouverait jamais la mémoire. Pourtant, la Teru qu'il connaissait se trouvait dans ses bras.
    Sa réaction la veille l'avait laissé perplexe. Kurosaki n'avait pas compris pourquoi elle avait semblé si paniquée à la vue de son sang. Avait-ce été un élément déclencheur pour sa mémoire ? Quoi qu'il en fût, il en était comblé. Sa Teru était là, juste sous ses yeux. Il jura de ne plus la laisser partir, peu importaient les sacrifices. Et lui non plus ne la quitterait plus. Un an sans sa présence avait été intenable et il ne souhaitait pas renouveler l'expérience.
    Ils restèrent un long moment ainsi, en silence. Aucun élève ne se trouvait là en raison de l'heure. Les deux se moquaient bien d'être vus, de toute façon. Seul ce moment comptait. Teru, pour la première depuis un an, se sentait bien. Elle avait toujours eu l'impression d'être tendue, pourtant là elle se sentait totalement relaxée, ainsi que protégée. Comme si tout allait parfaitement bien...
    Toutefois, une pensée la réveilla complètement. Elle repoussa Kurosaki en fixant le sol. Jusque là, elle n'avait pas songé à ce qui s'était passé la veille, le fait que tout le monde l'avait trahie. Après tout, lui aussi lui avait menti en lui faisant croire qu'ils ne se connaissaient pas. Pouvait-elle lui faire entièrement confiance comme avant ? Était-elle seulement capable croire quelqu'un de tout son être dorénavant ?
    « Pourquoi m'as-tu menti ? »
    Tasuku, d'abord stupéfait et blessé par son rejet, comprit sa réaction lorsqu'elle lui posa cette question. Il ne savait pas exactement ce qui s'était passé la veille, néanmoins, en la prenant dans ses bras, il avait senti qu'elle était fragile. Oui, c'était le mot. Pensait-elle qu'il l'avait trahie ? En restant, elle aurait été blessée encore plus gravement.
    « Tu préférais que je te dise la vérité quand je t'ai sauvée ? Tu m'aurais cru ? »
    Teru se tut, consciente de l'absurdité de sa question. Évidemment, elle ne l'aurait jamais cru. Elle l'aurait pris pour un taré tentant de l'approcher par tous les moyens. Sa réponse paraissait logique, cependant elle ne pouvait s'empêcher de douter de lui, ne serait-ce qu'un tout petit peu.
    L'adolescente n'osa pas le regarder dans les yeux, ne s'en sentant sans doute pas capable. S'il était parti un an auparavant, il devait avoir une bonne raison. Y avait-il un lien avec l'accident de voiture ? Elle sentait que c'était le cas. Mais, lequel ? S'était-il senti coupable qu'elle fût blessée ce jour-là ? Connaissait-il l'identité de celui ou celle qui les avait renversés ? Y aurait-il une affaire plus profonde sous les apparences ?
    Cet accident... En était-il vraiment un ? N'avait-il pas été provoqué, puisque le conducteur s'était enfui ? Pour quoi leur en voudrait-on ? Kurosaki aurait-il été la cible, puisqu'il s'était exilé juste après ? Était-ce encore une affaire dont on l'avait écartée et dont elle ne savait rien ? Encore une fois, on lui cachait des choses et cela la déplaisait fortement.
    Malgré toutes ses questions, tous ses doutes, Teru ne souhaitait pas être séparée de Kurosaki. Elle ne voulait qu'il parte. Elle désirait qu'il reste auprès d'elle, peu importait sa trahison. Pourvu qu'il restât à ses côtés... Elle était suffisamment perdue ainsi. Elle ne supporterait pas un nouveau départ.
    Teru serrait sa chemise en gardant les bras tendus, imposant une certaine distance. Il y avait une dernière chose qu'elle désirait savoir. En fonction de sa réponse, elle saurait si elle serait en mesure de lui faire à nouveau confiance. Elle souhaitait savoir combien de personnes l'avaient trahie, en plus du couple Sôichirô et Riko.
    « Est-ce que Sôichirô t'a mis au courant, toi aussi ? »
    Tasuku haussa un sourcil. De quoi parlait-elle ? De ses travaux qu'il lui avait confiés ? Dans ce cas, il aurait mis au courant de quoi exactement ? De leur contenu ? Sa question n'était pas logique. Il lui fit part de son ignorance quant à ce sujet puis senti qu'elle agrippa sa chemise plus fort. Teru releva enfin la tête, le regardant dans les yeux puis se mit à crier avec colère.
    « Je te parle de ma mère ! Toi aussi, tu savais ?! Toi aussi, tu me l'as caché et m'as trahie, comme Riko et Sôichirô ?! »
    Kurosaki écarquilla les yeux. Mais de quoi parlait-elle ? Quelle était cette histoire ? Qu'est-ce que Riko avait foutu hier soir ? Que se passait-il exactement avec sa mère ? Sô lui avait raconté qu'elle était morte à la naissance de Teru et que leur père était décédé trois ans après, en conséquence il avait pris soin d'elle jusqu'à sa mort.
    Quelle était cette trahison de la part du couple ? Tasuku avait du mal à imaginer Sôichirô trahissant sa petite-sœur qu'il vénérait plus que tout. Il y avait forcément une explication. Et puis, quelle était cette soit-disant trahison ? Teru ne se serait-elle pas trompée quelque part ?
    La colère lui avait mis les larmes aux yeux. Teru serrait toujours la chemise du jeune homme et n'essuya pas donc pas les larmes qui menaçaient de couler à tout instant. Pourquoi restait-il silencieux, bon sang ?! Ne pouvait-il pas lui répondre ? Elle écarquilla les yeux lorsqu'il la prit dans ses bras en posant une main sur sa tête.
    Kurosaki lui raconta ce qu'il savait, ce qui fit comprendre à l'adolescente qu'il ne l'avait pas trahie. Pas lui. Cette confirmation la soulagea. La seule personne qu'elle pouvait croire de tout son être était de son côté. Kurosaki était toujours là. Teru ne put empêcher quelques larmes de soulagement couler tandis qu'elle fermait les yeux, toujours agrippée à sa chemise.
    « Eh, larbin, tâche de ne pas t'endormir.
    - Sois chauve. »
    Tout allait bien. Tant que Kurosaki restait à ses côtés, tout irait bien, peu importaient les trahisons qu'elle avait subies et subirait encore... Parce qu'il était là, près d'elle, et qu'il ne partirait plus. Ou du moins c'était ce qu'elle pensait de tout son être.
    Teru hésita à lui raconter la vérité sur sa mère, puis se ravisa. Elle lui confierait ce secret, bien entendu, mais plus tard. Elle n'avait pas le cœur à gâcher cette ambiance. Elle souhaitait juste rester dans ses bras, dans ce temps suspendu, sans se rendre compte que quelqu'un les observait de loin.
    À présent qu'elle avait retrouvé la mémoire, Tasuku commençait à s'inquiéter. Elle ne lui en voulait pas, ce qui signifiait qu'ils recommenceraient à être proches comme avant. Ce rapprochement n'était pas sans risque, puisque leurs agresseurs pouvaient refaire surface à n'importe quel moment, malgré cette année de silence.
    Cependant, il restait quelque peu confiant. Il se sentait dorénavant prêt à affronter tous les dangers pour son bien. Ce n'était pas ces gens qui allaient gâcher son bonheur. Il ne savait pas ce qu'avait trafiqué Riko, puisqu'elle avait l'air d'être intervenue, néanmoins il la remerciait sincèrement. Même si elle n'allait pas tarder à réclamer une compensation... Avec elle, mieux valait être préparé pour toutes les situations. Il savait tout de même qu'elle ne lui demanderait pas de partir à nouveau.
    Soudain, Tasuku sentit un regard insistant posé sur eux. Quelqu'un les épiait. Il tourna violemment la tête vers un angle de la rue qui était désert. L'inconnu s'était envolé. Qui était-ce ? Son instinct lui indiquait que ce n'était pas un élève membre du club de journaliste qui comptait faire circuler une photographie d'eux deux au sein de l'école. Dans ce cas, qui était-ce ? Serait-ce ces personnes ?
    Bien entendu, Teru n'avait rien remarqué. Elle avait les yeux fermés et la tête posée contre son torse. À cette image, il fut plus que jamais motivé pour la protéger. Elle était si petite, si fragile... Comme un roseau. Même si un roseau se pliait sans se briser. Lorsqu'ils agiraient, il serait prêt à les recevoir. Il en faisait le serment.

    La journée passa doucement. Elle était identique aux précédentes pour tous, sauf pour Teru. Elle passait son temps à réfléchir, ne prêtant pas grande attention à ce que disait le professeur, ce qui lui causa quelques troubles au moment où elle fut interrogée. Elle resta quelque peu distante avec ses amis, parlant peu et les examinant en parlant. Pouvait-elle leur faire à nouveau confiance après lui avoir caché la vérité sur Kurosaki pendant un an ?
    En les regardant, Teru remarqua qu'ils n'avaient absolument pas changé, dans la mesure où la présence ou l'absence du blond ne paraissait pas altérer leur amitié. Était-ce Riko qui leur avait demandé de ne rien dire sur lui ? De lui cacher une partie de sa vie ? Elle hésita à leur avouer qu'elle avait retrouvé la mémoire puis se ravisa, préférant trouver un moment propice.
    Kurebayashi réfléchit longuement puis essaya de se mettre à leur place : s'ils avaient parlé de Kurosaki, cela ne lui aurait certainement fait aucun bien. La situation aurait pu empirer. L'auraient-ils protégée, durant tout ce temps ? Ne l'avaient-ils trahie que pour son propre bien ? Pouvait-elle continuer à leur faire confiance, malgré leurs mensonges ? Car, au fond, ils n'étaient pas si méchants... Ils étaient ses amis.
    À la fin des cours, Teru rangea ses affaires qu'elle avait laissés au lycée la veille puis alla rejoindre Kurosaki qu'elle trouva en pleine discussion avec Kiyoshi. Était-il redevenu son larbin numéro deux ? Ou bien ne faisaient-ils que discuter ? Kurosaki était-il en train de lui expliquer la nouvelle situation ?
    « Kiyoshi, ne me dis pas qu'il a trouvé une excuse pour que tu redeviennes son second esclave... Je te croyais plus futé que ça. »
    Teru ne remarqua la mine dépitée de son ami qui parut ne remarquer que maintenant qu'elle avait retrouvé la mémoire. Dos à eux, elle esquissa un sourire. À présent, la nouvelle allait faire le tour et tout redeviendrait définitivement comme avant... Il n'y aurait plus aucun secret entre eux. Elle pourrait parler à nouveau à cœur ouvert à Rena ainsi que Haruka.
    Ses amis n'avaient pas été son seul sujet de réflexion de la journée. Elle avait décidé de leur pardonner, cependant ce ne fut pas aussi concluant de l'autre côté. Bien évidemment, son second souci était sa mère. Apparemment, exceptés Riko de même que son frère, nul n'était au courant, ce qui ne la déplaisait pas. Car, si une autre personne était au courant, cela aurait dû être Kurosaki, or il ne savait rien.
    Teru ne connaissait pas l'identité de sa mère, même si elle pouvait la demander à Riko à qui elle hésitait à adresser la parole pour le moment. Toute la journée, elle avait pesé le pour et le contre concernant une rencontre potentielle avec sa mère.
    Plus que tout, elle désirait savoir pourquoi elle l'avait abandonnée, même s'il était clair et net qu'elle n'avait pas voulu de son existence dans sa vie. Elle avait été assez stupide pour croire que ce genre de scénario n'existait que dans les films, sans envisager une seule seconde le fait qu'elle pût être concernée.
    Ce sujet l'attristait et la rendait en colère en même temps. Inconsciemment, elle avait déjà pris sa décision depuis la veille, néanmoins elle ne l'avait pas admis et tentait d'aller plus loin, même si son choix était clairement fait. C'était son choix, son vœu.
    Teru posa sa tête contre une vitre. Elle comptait mettre Kurosaki au courant au plus vite. Elle repensa à Riko : elle ne voulait pas rentrer à l'appartement ce soir, sachant qu'elle y serait. L'adolescente ne se sentait pas encore capable de lui faire face, elle avait besoin d'encore un peu de temps pour digérer la nouvelle ainsi que le nouveau point de vue dont elle la regardait dorénavant.
    Teru se demanda si Kurosaki possédait encore son appartement ; même s'ils étaient voisins, elle préférait largement dormir chez lui plutôt que chez elle et de prendre le risque de croiser Riko. De toute façon, il ne refuserait pas si elle le lui demandait. Elle avait le sentiment qu'il ne pouvait quasiment rien lui refuser. Alors autant en profiter. Puis elle en profiterait pour lui raconter ce qu'elle avait appris la veille au soir.
    Durant un instant, elle envisagea de lui confier en même temps les séquelles qu'elle avait eues de l'accident mais s'avisa. Il ne ferait que se sentir coupable, alors que ce n'était nullement sa faute. Pour son bien, elle lui cacherait son handicap, quand bien même il lui fallait mentir. Après tout, elle n'était pas non plus une gentille fille.
    Teru enfila la casquette puis se dirigea vers Kurosaki qui l'attendait pour s'occuper des corvées de la journée. Cette année ne l'avait décidément pas changé. Il lui donna sa veste puis s'installa sur une chaise longue en pianotant sur son ordinateur. Durant tout ce temps, elle n'avait pas pensé au fait qu'il était aussi Daisy... Elle sentait qu'ils ne retrouveraient jamais cette relation, puisqu'elle n'avait plus son portable et que tous deux savaient qu'elle était courant.
    La brune saisit un balai puis balaya distraitement, en songeant à sa mère. Il n'y avait pas de regrets à avoir quant à sa décision. Et pourquoi nourrir des remords pour cette femme qui se moquait bien de savoir si elle était vivante ou morte ? Teru donna un fort coup de balai, bien décidée à ne plus y penser.
    Puisque sa mère ne voulait pas d'elle, alors Teru ne voulait pas avoir affaire à cette femme non plus. Elle ne chercherait pas à la retrouver ni à connaître son identité. Elles resteraient des inconnues autant pour l'une que pour l'autre.
    Car, après toutes ces épreuves, Teru n'avait pas envie d'une personne qui ne voulait pas d'elle.




« Я хотел показать ему душу карт, но я терял ! Это уже не легко показать душу человека, тогда душу карта... »
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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Ven 20 Avr 2012 - 20:21



    Cette longue journée arriva finalement à son terme. Les lycéens étaient déjà rentrés chez eux depuis longtemps, même si certains d'entre eux sortaient entre amis. Teru, de son côté, attendait que Kurosaki finisse ses tâches quotidiennes afin de rentrer avec lui.
    Kurebayashi lui avait demandé si elle pouvait dormir chez lui cette nuit. Elle avait déjà passé moult soirées à son domicile auparavant, ce n'était qu'une de plus, après tout. Elle prendrait le canapé, comme d'habitude, en l'empêchant de lui donner la chambre de force. Elle n'était pas bien grande, en conséquence celui-ci lui convenait parfaitement. Elle n'avait pas grandi depuis un an, pour sûr.
    Teru serra un poing. Elle n'avait pas envie de voir Riko, elle ne s'en sentait pas encore capable. Elle ne pouvait retirer de son esprit le fait qu'elle lui avait menti, tout comme son grand-frère sur un sujet qui la concernait directement. Elle ne sentait pas prête à lui pardonner. Un jour, sans doute, pourrait-elle la regarder dans les yeux sans ressentir cette vague de dégoût qu'elle lui inspirait.
    Un coup de vent fit voler ses cheveux. Teru les coinça à nouveau derrière son oreille avant de se remettre à balayer. Kurosaki lui avait dit qu'il en aurait pour encore une demi-heure, vraisemblablement moins si elle l'aidait. Il ne manquait pas la moindre occasion pour lui refiler du travail. Pourquoi continuait-elle à l'accepter ? Elle pourrait l'attendre sans rien faire.
    Quoiqu'elle s'ennuierait. L'adolescente brune soupira et agita le balai machinalement, les yeux dans le vague. Elle n'avait retrouvé la mémoire que le matin même, pourtant elle n'avait pas l'air de rencontrer le moindre problème d'adaptation. Tout lui paraissait si... Normal. Comme si cette année n'avait jamais existé.
    Teru se demandait ce que Kurosaki avait fait durant son absence. Où s'était-il rendu ? Pourquoi avait-il dû partir ? Cette histoire possédait-elle un lien avec leur accident de voiture ? Qui l'avait provoqué, d'ailleurs ? Avait-ce été volontaire ou bien fortuit ? Le conducteur s'était-il enfui par peur, ou bien avait-ce été un coup calculé ?
    Teru avait la désagréable sensation qu'on lui cachait d'autres éléments majeurs. En négociant, elle pourrait sans doute obtenir les réponses à ses questions. Riko était assurément au courant, elle n'en doutait pas un seul instant. Les deux étaient sûrement de mèche. Avaient-ils communiqué durant cette année ? Avait-il été mis au courant de sa situation durant son absence ? Savait-il pour ses séquelles ?
    Son petit doigt lui disait qu'il ne savait absolument rien sur le dernier point. Intuition féminine, bien sûr. S'il venait à être informé, il se sentirait coupable, alors qu'il n'était responsable en rien. La faute était celle du conducteur qui leur était rentré dedans. Tout comme Riko, Kurosaki chercherait un médecin alors que rien ne pouvait guérir son mal.
    Depuis le temps, elle avait appris à vivre avec. À quelques moments, c'était plutôt difficile. Certaines occasions lui rappelaient qu'elle était différente des autres, qu'elle n'était plus « normale ». Son médecin lui avait même révélé qu'on pourrait lui donner une carte handicapé. La bonne blague.
    Teru se frotta les yeux. Son handicap ne l'empêchait pas de vivre. Quand bien même elle n'était plus comme la moyenne, elle continuait sa vie sans le moindre souci. Ou presque. Riko insistait pour qu'elle allât chez l'ophtalmologiste régulièrement afin de prévenir la moindre dégradation. Du temps perdu, néanmoins elle s'y rendait afin de ne pas l'inquiéter encore plus.
    Malgré ses mensonges, Teru devait admettre que Riko s'était toujours parfaitement occupée d'elle, comme si elles étaient des membres de la même famille. Leur écart d'âge de dix-huit ans était trop grand pour qu'elles fussent sœurs, et insuffisant pour un lien de parenté.
    Un instant, ses pensées s'égarèrent, elle en alla jusqu'à se demander l'âge de sa mère biologique. L'avait-elle eue jeune, pour l'avoir abandonnée ? Elle aurait pu être déjà une mère de famille d'une bonne trentaine d'années qui aurait caché sa grossesse et l'aurait vite écartée de sa vie à la naissance. Quoiqu'elle aurait pu la faire passer pour la fille de son mari.
    Cette théorie était possible, toutefois Teru ne l'envisageait pas réellement. Elle pensait plutôt que sa mère l'avait eue trop tôt et qu'elle n'avait pas été capable de prendre soin d'elle. Néanmoins, cela ne pardonnait rien. Si elle s'était sentie capable de l'élever par ses propres moyens plus tard, elle serait revenue la chercher. Or, elle n'était jamais réapparue dans sa vie.
    Kurebayashi se frotta à nouveau les yeux afin d'empêcher les larmes de tomber. Elle ne pleurerait pas. Certainement pas pour cette femme qui ne méritait pas sa tristesse. Et puis, de toute façon, elle avait pris sa décision. Puisque sa mère n'avait pas désiré sa présence dans sa vie, alors elle ne voulait pas d'elle non plus. Elle ne ramperait certainement pas jusqu'à elle pour la supplier de la reprendre.
    Le balai toujours entre ses mains, Teru secoua la tête. Il lui fallait chasser ces pensées. Sa mère ne méritait pas son attention. Elles avaient été et resteraient pour toujours des étrangères. Si elle avait souhaité exercer son rôle de mère à un moment donné, elle avait eu tout un tas d'occasions pour passer à l'action, surtout depuis la mort de Sôichirô, où elle s'était retrouvée toute seule.
    Ou presque. Daisy avait toujours été présent pour elle. L'adolescente l'avait rencontré à son insu deux après le décès de son grand-frère. Elle l'avait détesté au début. Il n'était qu'un pervers qui l'exploitait sans vergogne en jouant à des jeux stupides sur son ordinateur. Elle ne parvenait pas à imaginer que cet homme maléfique pût être son héros.
    Lorsque la boîte de Pandore s'était ouverte, elle s'était rendue compte qu'au fond d'elle-même elle connaissait déjà ce lien entre ces deux personnes jouant une part majeure dans sa vie. Car Kurosaki faisait toujours semblant d'être méchant, alors qu'il était toujours présent lorsqu'elle avait besoin d'aide. Il l'avait sauvée maintes fois et se tenait à chaque instant à ses côtés.
    Son sixième sens lui soufflait que Kurosaki avait compris son manège. Elle avait feint l'ignorance, fait comme si cette soirée ne s'était jamais produite, cependant il était possible qu'elle eût dit ou fait quelque chose de faux qui aurait compromis toute sa mascarade. Pourtant, il n'avait rien changé dans son attitude.
    Teru sentait qu'ils auraient de nombreux sujets de conversation pour la soirée, quand bien même ils avaient à présent tous les soirs du monde. Elle lui demanderait les détails de l'accident ainsi que ce qui lui était arrivé durant cette année ; en échange, elle lui confierait la vérité sur sa mère. Toutefois, elle ne lui révélerait rien concernant ses séquelles.
    Peu étaient au courant. Seuls Riko, Kiyoshi, Rena et Haruka le savaient, notamment parce qu'ils l'avaient remarqué. Une situation l'avait forcée à leur révéler son handicap. Ils avaient compati, mais fort heureusement leur attitude à son égard n'avait pas changé pour autant. Ils étaient toujours les mêmes.
    Kiyoshi allait certainement leur annoncer la fin de son amnésie et Haruka lui demanderait tous les détails de sa soirée en compagnie du blond. Aucune chance d'y échapper, ce serait sous-estimer son amie. Et Rena s'incrusterait probablement dans leur conversation afin d'en connaître l'étendue. Tout redeviendrait comme avant...
    Teru souriait bêtement lorsque la voix de Kurosaki la ramena à la réalité. Elle en avait presque oublié qu'elle balayait le même centimètre carré depuis une demi-heure. Elle espérait qu'il ne l'eût pas remarqué ou bien il risquait de l'embêter et de vouloir savoir à quoi elle songeait. Cependant, ses pensées n'appartenaient qu'à elle-même, même lui ne saurait pas tout.
    Tasuku lui annonçait qu'ils rentraient. Soulagée de ne plus avoir à répéter les mêmes idées en boucle, elle rangea le matériel puis le suivit jusque dans sa voiture qui, elle nota, avait changé. Elle se demandait parfois où il trouvait tout l'argent pour se permettre un appartement plutôt vaste ainsi qu'une voiture neuve, alors qu'un salaire de gardien ne rapportait en général pas beaucoup. Il avait probablement ses petits secrets...
    De manière à justifier son refus de dormir chez elle ce soir, Teru avait affirmé qu'elle ne souhaitait pas voir sa colocataire pendant quelques temps. Bien entendu, le blond l'accepterait chez lui autant de temps qu'elle désirait, alors pourquoi ne pas en profiter ? De toute façon, il attendrait le soir pour l'interroger et elle n'y échapperait assurément pas. Ni aux tâches ménagères, d'ailleurs.

    Son appartement n'avait pas du tout changé. C'était toujours le même à côté du sien. Teru était soulagée de savoir qu'il n'avait pas été dérangé, elle se sentait en conséquence plus en sécurité dans ce lieu connu où elle avait, après tout, vécu quelques semaines. En revanche, l'adolescente remarqua clairement, dès son arrivée, les conséquences d'un an d'absence et de peu de ménage. Pas question de chômer, il fallait nettoyer tout cela.
    À sa grande surprise, Kurosaki se joignit à la tâche. Pendant qu'il passait l'aspirateur, elle époussetait les meubles qui en avaient grand besoin. Il devait être de retour depuis au moins deux semaines et il n'avait même pas passé un coup de balai ? Il n'était pas seulement bordélique, mais totalement négligé. Ils nettoyaient en silence, en profitant de la compagnie de l'autre.
    Une fois sa tâche terminée, Teru voulut passer la serpillière et se dirigea dans la cuisine, où elle trouva divers produits. Qui aurait cru que ce voyou en posséderait autant ? Néanmoins, elle ne sut lequel convenait, et si elle se trompait, il allait lui en faire voir de toutes les couleurs.
    « Kurosaki, tu utilises quel produit pour laver les sols ?
    - La bouteille bleue.
    - Tu ne peux pas plutôt me dire la marque ? »
    Le bruit de l'aspirateur cessa. La jeune fille n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Tasuku se trouvait dans l'encadrement de la porte en train de l'examiner du regard. Sa tension montait. Ce qu'elle craignait était sur le point de se produire, son secret allait être exposé à ses yeux. Ne pouvait-il pas simplement lui donner le nom du produit pour ensuite retourner à ses occupations ? Ce serait tellement plus facile, ainsi elle ne rencontrerait aucun problème. Pitié qu'il arrêtât de la fixer ainsi...
    « Quoi, larbin, t'as oublié les couleurs ? Il devrait y avoir de la place en maternelle, tu sais. »
    Teru sourit tristement. Il ne comptait pas lâcher l'affaire. Elle-même était nulle pour mentir, et cela n'apporterait rien de bon. Elle ne pensait pas être dévoilée au grand jour aussi vite. Elle ne pouvait décidément rien lui cacher, il finissait par tout découvrir. Toutefois, elle avait souhaité garder ce secret avec elle de manière à ne pas lui apporter plus de tracas qu'il n'en avait déjà actuellement...
    Elle était absolument incapable de lui venir en aide. Il avait certainement d'autres soucis en ce moment et elle allait y ajouter les siens. Si cela se trouvait, l'accident était de sa faute. Sans doute avait-il dû partir ensuite à cause d'elle. Teru n'était au courant de rien pour cette histoire et cela l'angoissait, elle s'imaginait les pires scénarios.
    Depuis qu'elle avait retrouvé la mémoire, elle réfléchissait. Si elle était l'origine des problèmes de Kurosaki, finirait-il par la quitter, tout comme sa mère l'avait abandonnée ? Se retrouverait-elle toute seule, sans le moindre soutien, son frère étant mort ? Cette pensée l'effraya. S'il partait, elle ne le supporterait pas. Même si cela signifiait lui cacher des choses.
    Devant son silence, l'homme blond commença à perdre patience. Il continuait à fixer l'adolescente qui paraissait trembler. Que lui cachait-elle ? Riko lui aurait-elle dissimulé des éléments sur sa santé ? À cet instant elle semblait si fragile... Qu'est-ce qui pouvait bien l'effrayer à ce point ? Il s'apprêta à prendre à nouveau la parole lorsqu'elle eut un léger rire nerveux puis répondit d'une voix grave.
    « Je suppose que je ne sais pas... Je ne sais plus. »
    Kurosaki écarquilla les yeux. Que voulait-elle dire par cela ? Comment pouvait-elle ne pas reconnaître les couleurs, un apprentissage de base pourtant ? Cet élément possédait-il un lien avec l'accident d'un an plus tôt ? Était-ce donc de sa faute ? Si seulement il avait été capable de mieux la protéger... Par sa faute, elle était vraisemblablement beaucoup souffert. Ses pensées furent interrompues par la voix de Teru qui lui apportèrent les explications qu'il recherchait, à son plus grand malheur.
    « Le rouge, le bleu, le jaune... Quelle importance ? Pour moi tout est gris. »
    Teru ne parvenait pas à croire qu'elle l'avait dit. Son secret. Ses séquelles. Depuis l'accident, elle ne distinguait plus les couleurs, elle vivait dans un monde noir et blanc. Sans qu'elle comprît pourquoi, seul le sang de Kurosaki était coloré, c'était d'ailleurs ce qui avait attiré son attention. Depuis un an, sa vue ressemblait à un vieux film, elle avait parfois du mal à se représenter des couleurs dans la tête.
    L'adolescente avait peur de les oublier, même si elle n'était dorénavant plus capable de les distinguer. Elle sentait qu'elle pourrait les reconnaître, néanmoins il lui était difficile d'en faire une image dans son esprit. Petit à petit, ses souvenirs perdaient leurs couleurs pour devenir monotones. Cette réalité la terrorisait, elle avait l'impression de perdre une part de son humanité.
    Qu'était-ce, des larmes ? Mais non, voyons, elle ne pouvait pas pleurer. Elle ne devait pas pleurer. Elle ennuyait Tasuku déjà suffisamment avec ses histoires, elle ne pouvait pas continuer ainsi. Elle devait devenir indépendante et forte afin d'arrêter de se reposer sans cesse sur lui. Si elle continuait de cette manière, il la quitterait, tout comme sa mère. Plus que tout, elle avait peur de se retrouver seule.
    Les bras de Kurosaki la ramenèrent à la réalité et lui firent écarquiller les yeux. Aucun ne prononça mot, il n'y avait rien à dire. Ils n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. Teru posa sa tête contre son torse et s'agrippa à son tee-shirt, comme elle l'avait déjà fait autrefois. Elle ne sanglotait pas, ni ne pleurait vraiment ; les larmes coulaient juste le long de ses joues.
    Elle gardait constamment à l'esprit l'idée qu'il puisse partir à n'importe quel moment. Dès demain, elle s'améliorerait, c'était promis. Elle ne créerait plus aucun problème ni ne dépendrait sans cesse de Kurosaki. Elle se moquait bien de cacher éternellement ses sentiments, pourvu qu'il restât à ses côtés. Bien entendu, elle désirait ardemment qu'il l'aimât lui aussi, cependant elle refusait de lui imposer ce qu'elle ressentait. Elle préférait qu'il fasse le premier pas.
    Teru se sentait en sécurité dans ses bras, comme si nul n'était en mesure de l'atteindre. Comme si elle se trouvait dans un monde plus beau où tous ses ennuis s'envolaient pour ne jamais revenir. Elle désirait y rester, bien qu'elle ne pût malheureusement pas. Elle se moquait bien que ses sentiments ne fussent pas réciproques, tant qu'ils conservaient cette relation.
    Sa tête contre son torse, elle écoutait les battements de son cœur qui la calmaient. À ce rythme-là, elle allait s'endormir, comme à chaque fois qu'elle pleurait. Comme par hasard, elle se trouvait toujours à ses côtés dans ces moments-là. Quel hasard, en effet... Néanmoins, elle souhaitait lui dire quelque chose, sans quoi ni l'un ni l'autre n'aurait l'esprit tranquille.
    « Ce n'est pas de ta faute. S'il te plaît, n'y pense plus, et un médecin ne servira un rien, c'est incurable. Mais ne t'en fais pas, je vais bien. Ce n'est pas grave... »
    Était-elle seulement certaine de sa dernière phrase ? Tasuku se posait la question. Était-ce réellement sans importance ? Il sentait la tristesse qu'elle avait accumulée dans sa voix. Teru lui demandait de ne pas chercher de remède, or il savait d'ores et déjà qu'il ne l'écouterait pas ; il avait sa part de responsabilité dans cette affaire, si elle ne s'était pas trouvée dans sa voiture au moment de l'accident, elle n'aurait pas été impliquée. Alors, bien sûr qu'il était coupable, ne serait-ce que partiellement.
    Tous les deux avaient encore beaucoup de choses à se raconter, il fallait rattraper le temps perdu. Il souhaitait entendre tout ce qu'elle avait fait durant cette année, de même que cette histoire avec sa soit-disant mère ainsi que Riko. Il avait beau se creuser la tête, il ne comprenait pas très bien ce qui se passait. De son côté, il lui expliquerait la raison de son départ ainsi que de la raison de cet accident. Riko ne l'avait probablement pas mise au courant, alors il s'en occuperait lui-même.
    La journée suivante serait longue. Il ne lui cacherait plus rien, il se le promit. Elle connaissait déjà son identité en tant que Daisy, ainsi il pourrait lui révéler l'existence de ces fameux travaux de son frère très recherchés qui se trouvaient en sa possession. Daisy n'était apparemment plus nécessaire, elle ne lui avait d'ailleurs pas écrit.
    Les deux jeunes ne risquaient certainement pas de passer la nuit à parler ; Kurosaki sentait un poids mort dans ses bras. Comme il l'avait prévu, Teru s'était endormie. Après avoir pleuré, elle avait toujours l'habitude de s'endormir, cette fois-ci n'était pas une exception, même un an après.
    Tel le chevalier servant qu'il était, Tasuku la porta puis se dirigea vers la chambre afin de l'installer dans le lit ; il se moquait bien de prendre le canapé, à vrai dire. Si elle était réveillée, ils seraient actuellement en pleine guerre afin de donner le lit à l'autre. Toutefois, il possédait un avantage cette fois : elle n'était pas en mesure de protester dans son état actuel.
    En revanche, après avoir allongé Teru dans le lit, Kurosaki eut une légère impression de déjà vu : celle-ci s'agrippait à son tee-shirt et refusait absolument de le lâcher. Était-elle seulement endormie ? Il tenta de la faire réagir, pourtant celle-ci resta de marbre, comme toute personne endormie. S'avouant vaincu, le jeune homme soupira puis l'embrassa sur le front avant de s'allonger à côté d'elle en attendant qu'elle lâchât son vêtement.
    Il repartirait une fois libéré, bien sûr. Même s'il n'avait pas prévu l'arrivée du marchand de sable...




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