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 Juste trop tard [13+]

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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:15



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Ven 20 Avr 2012 - 20:21, édité 7 fois
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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:22



    Rouge.
    Tout était rouge.
    Rouge sang.
    Le noir et le blanc ne comptaient plus. Seul ce rouge couleur sang dominait.
    C'était un monde sans couleurs.
    Ou presque.
    Il y avait ce rouge.
    Ce rouge sang.
    Du sang.
    Son sang.
    Il saignait. Beaucoup. Il allait mourir. Sous ses yeux. Sans qu'elle ne puisse rien faire.
    Non.
    Elle ne souhaitait pas cela. Mais que pouvait-elle faire ? Elle parvenait à peine à bouger. Comment retenir ce liquide flamboyant ?
    Ils avaient eu un accident de voiture. Ou du moins elle le croyait. Il conduisait. Ils discutaient tranquillement. Puis un engin les avait percutés. Ils avaient dévalé une pente en faisant plusieurs tonneaux.
    Et il était blessé. Gravement. Et elle n'arrivait pas à bouger. Sous le choc, peut-être. Voir ce sang s'écouler du corps du conducteur la terrorisait.
    Et s'il mourait ?
    Et où se trouvait l'ambulance ? Quelqu'un avait-il appelé les secours ? Y aurait-il eu un témoin de l'accident ? Y avait-il une personne pour les sauver ?
    Silence. Voilà tout ce qu'elle entendait. L'homme ne bougeait pas. Elle peinait à entendre sa respiration. Trop faible, sans doute.
    Elle ne le laisserait pas mourir. Jamais. Il était trop précieux pour elle.
    La peur l'envahit tout à coup. Elle ne savait pas quoi faire. Sa ceinture était bloquée. Et son corps ne lui obéissait pas et restait immobile. Pourquoi ne parvenait-elle donc pas à le mouvoir ?
    Les larmes lui montaient aux yeux. Non, ce n'était pas le moment de pleurer et de se laisser aller. Il fallait qu'elle agisse avant qu'il ne soit trop tard. Pour une fois, c'était à son tour de l'aider.
    Ses mains tremblaient mais elle arrivait à les contrôler un tant soit peu. Elle tenta désespérément de défaire sa ceinture afin de le rejoindre. Il fallait peut-être le sortir de la voiture. Il était sans doute lourd, mais elle réussirait. Elle le sauverait. Elle ne le laisserait pas mourir. Jamais.
    Toujours coincée, elle chercha son portable qui avait glissé de ses mains lors de l'accident. Il était là. Par terre. Cassé… Il avait pris un coup contre le pare-brise. Il ne s'allumait plus. Et le sien ? Elle le chercha des yeux mais ne l'aperçut pas.
    Pitié que quelqu'un les trouve…
    Elle ne se rendit pas compte jusqu'à maintenant de la douleur qui attaquait sa tête. C'était intenable. Pourtant, il lui fallait le supporter tant que les secours n'étaient pas là et qu'il n'était pas hors de danger.
    Enfin la ceinture la libéra.
    Il était toujours inconscient et ne répondait pas à ses appels. Sa tête s'était cognée contre une vitre, probablement, il saignait du front.
    Il y avait du sang partout. Elle avait peur.
    Elle essaya de se lever mais l'une de ses jambes l'en empêcha. Était-elle cassée ? Tant pis, il lui fallait ignorer la souffrance.
    De sa petite taille, elle tenta d'atteindre la portière du conducteur afin de l'ouvrir. Ainsi, elle pourrait rester assise.
    Elle n'était pas assez grande. Il lui était impossible de toucher la portière. L'ouvrir restait hors de portée en conséquence. Il lui fallait trouver un autre plan.
    Et ignorer ce sang.
    Elle avait peur…
    Surmonter sa terreur était facile à dire. Ils étaient coincés au beau milieu de nulle part. Un chauffard les avait renversés et s'était enfui. Il n'y avait aucun témoin. Son portable était cassé. Les secours ne viendraient certainement pas de si tôt.
    Pourquoi ? Qu'avaient-ils fait pour mériter un tel traitement ?
    Et s'il mourait avant qu'on les trouve ?
    Elle ne possédait aucune connaissance en matière de médecine. Elle ne savait pas quoi faire.
    Sa tête la tuait. La douleur devenait de plus en plus insupportable. Elle aussi voulait être sauvée. Mais il en avait encore plus besoin.
    Elle appela faiblement son nom. Elle avait besoin d'un signe de vie de sa part, d'une preuve lui montrant qu'elle avait raison de se battre.
    Mais il ne répondait pas.
    Elle approcha sa main tremblante vers son visage. Il ne réagit pas. Elle ne sentait pas sa respiration.
    Non.
    Impossible.
    Il ne pouvait pas être mourir. Il n'avait pas le droit de mourir. Cela lui était interdit.
    Elle ne parvenait plus à bouger, à penser. Des larmes coulaient le long de son visage pétrifié.
    Ce n'était qu'un mauvais rêve. Cela ne pouvait pas arriver.
    Sa main retomba sur ses jambes, elle baissa sa tête qui lui fit atrocement mal. Assurément avait-elle crié. Elle ne s'en souvenait plus. Le monde était devenu définitivement noir après cela.




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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:23



    Teru se réveilla en sursaut. Elle reprit ses esprits durant plusieurs minutes, respirant le plus profondément possible, tout en passant une main sur son front, comme on le ferait pour prendre sa température.
    Encore ce rêve. Cela faisait bien une dizaine de fois que ce rêve, ou plutôt cauchemar, la dérangeait dans son sommeil depuis un an. Il était dénué de couleurs, à l'exception du sang du conducteur de la voiture. Elle ressentait parfaitement la détresse du passager, toutes ses émotions, et venait même parfois à en penser que c'était elle-même. Or, ironiquement, elle n'avait aucune idée de l'identité du jeune homme. Il était sans visage.
    Teru avait commencé à se poser des questions au bout de la troisième fois où ce rêve l'avait poursuivie la nuit. Qui était cet homme ? S'était-il passé quelque chose comme cet accident, un an plus tôt ? Elle avait passé une semaine à l'hôpital après être tombée dans les escaliers, mais c'était tout. Aucun souvenir d'accident routier.
    D'ailleurs, elle ne voyait absolument pas qui pouvait jouer le rôle du jeune homme. Son frère ? Impossible, il ne conduisait pas ; Sôichirô avait toujours répété que les voitures étaient dangereuses et lui avait fait promettre de ne jamais essayer d'en conduire une. Il aimait bien pousser son rôle de grand-frère à l'extrême. Il fallait quand même dire qu'ils avaient quatorze ans d'écart, et devenir orphelins bien vite après sa naissance avait dû le marquer.
    Teru ne se souvenait plus du visage de ses parents. Leur mère, Tomoe, était décédée en accouchant et leur père, Haruse, avait rendu l'âme trois ans plus tard. Son frère, lui, était parti trois ans plus tôt. Elle avait à présent dix-sept ans et n'avait plus aucun parent. C'était Riko, la fiancée du défunt Sôichirô, qui prenait soin d'elle depuis plus d'un an.
    Sa tutrice n'était de toute façon pas présente cette nuit-là. Elle était partie pour une affaire à l'autre bout du pays et ne reviendrait que d'ici trois jours. Sachant pertinemment qu'après ce rêve elle ne se rendormait jamais, la jeune Kurebayashi se leva puis alla se servir une tasse de thé dans la cuisine en jetant un coup d'œil à l'horloge : trois heures du matin. Les cours commençaient à huit heures, il fallait qu'elle tue le temps jusque là.
    La brune s'installa sur le canapé puis alluma la télévision qu'elle regarda d'un œil distrait, songeant à ce rêve. C'était la première fois depuis trois mois qu'elle le faisait. Elle avait pensé en être enfin libérée, pourtant il avait fallu qu'il revînt la tourmenter. Elle avait beau se creuser la tête, elle ne comprenait rien : il n'y avait aucun rapport avec sa vie.
    Le docteur qui la suivait régulièrement depuis un an lui avait raconté que sa chute dans les escaliers lui avait sans doute fait penser à la mort de ses parents ainsi que de son frère et qu'elle était persuadée inconsciemment que l'homme avec laquelle elle se lierait subirait un sort tragique.
    Peut-être était-ce vrai. Peut-être croyait-elle que tous ceux qui lui étaient chers finiraient mal par sa faute. Kiyoshi avait failli se faire renverser par une voiture à pleine vitesse devant l'école une fois. Mais quelqu'un avait réussi à le pousser de manière à ce qu'il pût l'éviter.
    Teru soupira. Elle demanderait à ce qu'on lui prescrive des somnifères la prochaine fois, car elle s'ennuyait royalement et refusait de se laisser tourmenter par ce rêve. Elle ne savait même plus quoi en penser : devait-elle y voir un message caché ? Sans doute, puisqu'il était récurrent. Devait-elle le prendre au sérieux ? Elle n'en avait aucune idée…
    L'adolescente retourna dans sa chambre après avoir débarrassé sa tasse de thé puis saisit un livre qu'elle commença à lire, toujours distraitement : le jour suivant le rêve, elle ne parvenait jamais à se concentrer. Pratique en cours. Elle n'y pouvait pourtant rien, et donnerait tout pour s'en débarrasser, ou pour que ses questions ne restassent pas sans réponse : pourquoi seul le sang était-il de couleur ? Qui était cet homme ? Quel était cet accident ? Quand ? Où ? Comment ?
    Teru roula sur le dos en fixant le plafond d'un air vide. Riko paraissait aussi perdue qu'elle à ce sujet. Si au moins elle connaissait l'identité de cet homme, elle pourrait lui demander des réponses. Mais aucun indice ne la rapprochait de la vérité. Elle restait dans un brouillard total.
    Si elle le voyait, le reconnaîtrait-elle immédiatement ? Et s'il saignait, verrait-elle à nouveau ce rouge dans ce monde sans couleurs ? Et si cet homme était mort ? Ou peut-être était-ce un rêve prémonitoire. Elle avait vaguement l'impression de voir un portable qu'elle possédait vraisemblablement, or il lui était impossible d'en déterminer le modèle, afin de savoir s'il était plutôt récent. Peut-être ne pouvait-elle pas prédire de tels détails.
    Si c'était un rêve prémonitoire, il était très en avance et terriblement insistant. Le conducteur paraissait proche d'elle. Toutefois, Teru avait beau se creuser la tête, elle ne ressentait de tels sentiments envers aucun homme, ne serait-ce son défunt frère. Elle n'avait de toute façon jamais été amoureuse, alors son ressenti dans son rêve la perturbait un tant soit peu.
    L'adolescente soupira. Continuer à se tourmenter indéfiniment ne changerait rien. Pendant trois mois, elle était parvenue à l'ôter de son esprit. Pourquoi revenait-il à présent ? Serait-ce un message ? Voyons, bien sûr que non, ce genre de dons surnaturels n'existaient pas... Ce cauchemar finirait bien par disparaître un jour et cesserait forcément de la tracasser. Ce n'était qu'une question de temps.
    Satisfaite de sa conclusion, Teru écouta de la musique, fit tout pour ne pas réfléchir. Si elle ne gardait pas son cerveau occupé, il reviendrait toujours à cet événement. Il fallait qu'elle se bourre la tête jusqu'au petit matin où le lycée prendrait le relai. Elle n'était franchement pas d'humeur à réviser, de toute manière elle était toujours première lors des examens.
    Les premières nuits, elle avait appelé ou envoyé des messages à ses amis qui dormaient, malheureusement pour eux. Puis, elle s'était sentie coupable de les déranger au beau milieu de la nuit et avait décidé de prendre sur elle et de prétendre de n'avoir fait aucun cauchemar de la sorte si on lui posait la question. Elle ne savait pas pourquoi, mais en parler finissait toujours par l'énerver. Elle devenait violente, sans comprendre la raison pour laquelle elle perdait son sang-froid. Sans doute parce qu'elle était déboussolée dans cette histoire. C'était la conclusion à laquelle elle était arrivée.
    Teru n'en parlait pas toujours à Riko non plus. Sa tutrice ne pouvait de toute évidence pas l'avancer plus dans son tourment et ne pouvait que rester là à l'écouter patiemment. Elle était toujours débordée par le travail, la jeune Kurebayashi avait donc aussi décidé de l'écarter à son tour de ses problèmes. Grâce à l'ancienne fiancée de son frère, elle pouvait manger et être logée sans frais majeurs. Elle lui en était reconnaissante et faisait donc tout pour ne pas être dans son chemin.
    C'était durant ces nuits-là que Teru se sentait le plus seule. Personne ne se trouvait à ses côtés, elle avait fréquemment l'impression de ne pas être comprise, comme si quelqu'un le pouvait. Comme si une personne, quelque part, était en mesure de la rassurer...
    Elle divaguait totalement. Lire des histoires romantiques ne l'améliorait pas. L'âme-sœur avec qui on partage un lien spécial durant toute sa vie... Quelle blague. Plein d'adolescentes de son âge attendaient avec impatience que le prince charmant vînt, alors que jamais il n'apparaîtrait. Vivre dans des illusions ne leur apporterait assurément rien de bon au final...
    Elle se tracassait pour rien. C'était sans doute la dernière fois que ce rêve troublerait son sommeil, il était inutile de continuait ces inepties. Elle avait des choses plus importantes à faire, comme réussir ses examens.

    Chaque journée suivant son rêve, Teru était toujours plus ou moins renfermée. Elle évitait la plupart des contacts avec les autres élèves de son école ou plus particulièrement de sa classe et restait assise à son bureau à réfléchir. Ses cours passèrent tranquillement, sans trouble majeur. Ses amis avaient plus ou moins compris qu'elle n'était pas d'humeur à s'amuser avec eux et la laissaient en paix, jusqu'à ce qu'elle se décide à aller vers eux.
    Déterminée à prendre un peu l'air lorsque la sonnerie annonçant la pause du midi retentit, l'adolescente brune prit son déjeuner puis se dirigea vers l'extérieur. Il faisait bon, cela lui ferait du bien de manger à l'extérieur, histoire de ne plus penser à ce rêve. Enfin, à bien y réfléchir, elle n'y songeait pas tellement. C'était juste qu'elle avait du mal à se concentrer sur quoi que ce fût.
    Inattentive, bien entendu, tandis qu'elle marchait, Teru ne remarqua pas la personne devant elle qu'elle bouscula. Sans même regarder cette personne dans les yeux – elle n'y arrivait pas -, elle se releva, marmonna des excuses puis s'éclipsa. Voilà qu'en plus d'être maladroite, elle en perdait ses bonnes manières. Mais pourquoi n'avait-elle pas réussi à lever les yeux vers cette personne ? Elle avait juste deviné qu'il s'agissait d'un homme de grande taille en le percutant, pourtant ce n'était pas une explication valable. C'était comme si son esprit l'avait empêchée de le regarder. Y aurait-il un lien avec ses soucis actuels ?
    Voyons voyons, elle en devenait paranoïaque. Il fallait sérieusement qu'elle se calme. Pourquoi se mettre dans des états pareils pour un accident aussi mineur ? Kurebayashi soupira longuement puis s'installa sur un coin d'herbe au soleil où elle déballa son sac contenant son repas. D'un geste vif, elle saisit ses baguettes puis mangea lentement son riz, espérant que ses pensées s'envoleraient bien vite.

    Tirant une bouffée de sa cigarette, l'homme suivit la jeune fille du regard. La casquette assortie à son uniforme masquait en partie ses yeux avec l'ombre produite. Il n'avait pas dit le moindre mot, n'avait assurément pas pu. Il resta de marbre au milieu de l'allée, ne pouvant la quitter du regard.
    Il ne savait pas comment réagir, il avait pensé que tout se passerait autrement. Il aurait dû être plus attentif et dégager le chemin. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombât sur elle ? Et comment devait-il interpréter sa réaction ? Ce n'était pas du tout ce qu'il avait envisagé. Il avait pensé que les choses se dérouleraient autrement. Durant cette année, que s'était-il passé ?
    Dans un élan de nervosité, il reprit une bouffée de la cigarette, sans se rendre compte qu'il l'avait finie. D'un geste rageur, il la jeta par-terre puis l'écrasa avant de rebrousser chemin. Il y avait forcément une explication. Elle ne l'avait même pas regardé, peut-être était-ce la raison.
    Pourquoi se cherchait-il des excuses aussi futiles ? Elle l'avait forcément reconnu. C'était obligé. Lui en voulait-elle encore, même un an après ? Elle en avait le droit. Après tout, c'était de sa faute... Il ne méritait pas d'être pardonné. Pourtant, elle lui avait terriblement manqué. Après avoir attendu, il était revenu. Il avait tant attendu cet instant qui ne s'était pas déroulé comme prévu. Il ne savait pas à quoi s'attendre.
    Elle n'avait absolument pas changé. Ses cheveux étaient un peu plus longs et il lui semblait bien qu'elle faisait un centimètre de plus, certes, mais en tous cas elle était toujours aussi plate.
    Il ne pouvait pas agir pour le moment. Il fallait qu'il retravaille son plan avant d'entrer en action. Pour le moment, mieux valait s'éclipser...

    A la fin des cours, les élèves se rendirent tranquillement dans leurs clubs afin d'y faire leurs activités du jour. Teru, ne participant à aucun d'entre eux, rangea calmement ses affaires en saluant ses amis d'un signe de la main. Les deux dernières heures de cours avaient été les plus difficiles. Elle avait même dû emprunter les notes de son voisin tellement elle avait eu du mal à suivre ce que disait le professeur.
    Il fallait sérieusement qu'elle se ressaisisse, elle se faisait peur à être aussi distraite. Elle aurait peut-être dû prendre une douche glacée ce matin, cela l'aurait bien réveillée. Elle vérifia sur son portable si Riko ne l'avait pas appelée pour prendre des nouvelles puis quitta la salle.
    Dans un coin de la cour, des élèves qu'on qualifierait aisément de délinquants juvéniles fumaient une substance quelque peu douteuse en se racontant des histoires censurées. Tout en riant de l'une de leurs précédentes idioties, l'un d'eux remarqua Teru qui se dirigeait vers la sortie et décida de s'amuser un peu. Après quelques signes échangés avec ses amis – s'il était possible de les nommer ainsi -, ils se dirigèrent d'un pas assuré vers l'adolescente qui ne se douta de rien avant de les apercevoir.
    Remarquer quatre adolescents suspicieux qui se dirigeaient dangereusement d'elle l'aida subitement à reprendre ses esprits. Teru détourna la tête et accéléra l'allure en direction de la porte menant vers la rue. Quoique si elle quittait le lycée, elle serait moins en sécurité. D'un autre côté, tous se trouvaient dans leur club, nul n'était en mesure de lui venir en aide.
    « Eh, tu viens t'amuser avec nous ? »
    Elle tenta de les ignorer et se concentra sur la sortie. Il lui suffirait de prendre le train, c'était une heure de pointe, ils n'oseraient pas l'aborder à ce moment-là. Elle revint subitement à la réalité lorsqu'elle sentit une main attraper fermement son bras. La brune, d'un geste vif, tenta de se défaire de son emprise lorsqu'un autre lui barra la route.
    Ils étaient dans l'enceinte de l'école, ils n'allaient pas essayer quelque chose... N'est-ce pas ? Et qu'est-ce qu'ils faisaient là, s'ils séchaient les cours ? L'un d'eux lui saisit l'autre bras, l'immobilisant ainsi. La peur s'empara soudainement d'elle ; n'y avait-il donc personne ? Et pourquoi fallait-il que cela lui arrive, à elle ? Elle n'avait rien fait pour le mériter. Elle tenta de se libérer de leur emprise, toutefois ils étaient plus baraqués qu'elle, bien évidemment, vu qu'elle ne pratiquait même pas une activité sportive régulière.
    Ils étaient au total quatre ; un de chaque côté. Leur regard ne lui inspirait absolument pas confiance. Bien qu'étant une âme innocente, elle se doutait parfaitement de leurs intentions et cela ne lui plaisait absolument pas. Sa journée était déjà assez pourrie comme ça, pourquoi fallait-il qu'elle finisse ainsi...
    L'un des deux qui la tenait se retrouva subitement à terre ; l'homme l'ayant neutralisé posait son pied sur son visage, l'air froid en tirant une bouffée de sa cigarette. Sa casquette recouvrait ses cheveux blonds, Teru avait du mal à apercevoir ses yeux. D'après son uniforme, il s'agirait du gardien de l'école.
    « On dirait que j'ai oublié de nettoyer ici. »
    L'inconnu porta une main à sa cigarette et bloqua de l'autre le coup de poing que tenta de lui asséner un autre des délinquants. En échange, il ne put qu'avoir sa main broyée et se laissa tomber à terre en poussant des cris de douleur. Les deux autres hésitèrent à l'attaquer, à en juger l'état des précédentes victimes ; cette fille valait-elle la peine qu'ils se blessent ? Absolument pas. Ils pouvaient en trouver une autre en claquant des doigts, et de toute façon, celle-là était complètement plate, et en conséquence pas très intéressante. Cela avait juste semblé amusant sur le coup.
    Les quatre jeunes délinquants déguerpirent plus vite que Teru ne l'aurait pensé, la laissant seule avec cet employé du lycée. Il faisait environ deux têtes de plus qu'elle et paraissait avoir une vingtaine d'années. Elle ne l'avait jamais aperçu avant, il devait être nouveau. Elle avait du mal à regarder son visage, mais il semblait posséder un physique avantageux, à tous les coups les filles des autres classes allaient flasher sur lui.
    Teru ne comprenait pas pourquoi elle se sentait si nerveuse, la raison pour laquelle elle éprouvait des difficultés à le regarder en face. Il fallait bien qu'elle le remercie, au moins. Elle se tripota les doigts, sans oser le regarder, anxieuse, comme s'il était sur le point de continuer le travail des autres jeunes en fonction de sa réponse.
    « Euh... M... Merci... »
    L'homme ne répondit d'abord pas, tira une bouffée de sa cigarette puis éclata d'un rire malsain qui ne lui inspira définitivement pas la moindre confiance. Sur qui était-elle encore tombée ? Son instinct lui indiqua de s'enfuir le plus vite possible, pourtant ses jambes ne l'écoutaient pas et restaient figées au sol. Le gardien de l'école planta ses yeux qu'elle put enfin apercevoir dans les siens puis esquissa un sourire quelque peu sadique.
    « Tu penses que les gens se satisferont toujours de petits mercis ? Le monde n'est pas aussi gentil que tu le crois. »
    Cela n'annonçait rien de bon. Teru sentait des gouttes de sueur lui couler le long des tempes, Le silence malsain qu'il imposait ne la rassurait pas du tout. Qu'allait-il lui demander en compensation ? De l'argent ? Ou bien... Non, quand même pas... Mais enfin, dans quel monde était-elle tombée ? L'odeur de cigarette atteignit ses narines qui ne l'acceptèrent pas avec joie tandis que l'homme blond reprenait la parole.
    « Si tu veux vraiment me remercier, paie avec ton corps. »




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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:25



    Le soleil se faisait de moins en moins imposant dans le ciel, disparaissant parfois derrière les nuages qu'il teintait de couleurs chaudes, tels que l'orange ou le rose. Les oiseaux terminaient leurs tâches de la journée afin d'en être débarrassés pour la nuit qui approchait. Teru, dans un coin de la cour, arrosait les fleurs, d'un air dépité. Elle n'avait certainement pas envisagé une telle situation, elle en venait à se demander comment elle en était arrivé à ce stade.
    Alors c'est ce qu'il voulait dire quand il parlait de payer avec son corps...
    Bien évidemment, la brune s'était attendue à bien pire avec une telle phrase. Enfin, d'un côté, il fallait être plutôt stupide pour utiliser une telle tournure dans ce cas de figure... En tout cas, elle était rassurée : elle préférait mille fois plus l'aider – si elle pouvait seulement employer ce terme – dans son travail plutôt que de faire ce à quoi elle songeait...
    Teru coula un regard vers l'homme blond : il était tranquillement assis sur une chaise longue avec un soda tout en jouant à un jeu de cartes sur son ordinateur. Il était stupide ou quoi ? Elle aimerait bien lui vider l'arrosoir dessus, tant qu'à faire. Sans s'en rendre compte, elle s'était brutalement approchée de lui alors qu'il ne semblait pas lui porter grande attention et s'apprêta à lui verser l'eau dessus sadiquement lorsqu'il tourna la tête, l'immobilisant sur place.
    « Au fait, dorénavant je suis maître Kurosaki, et tu me dois respect et obéissance. »
    La situation s'annonçait mal pour elle, elle était prise la main dans le sac. L'adolescente ne parvint pas à bouger ni répondre pendant quelques instants, sans qu'elle en comprenne la raison. Elle abaissa finalement l'arrosoir puis détourna la tête et lui donna son nom en bégayant. Et mince, pourquoi réagissait-elle ainsi ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à se comporter normalement ? Elle ne le connaissait pas, et c'est comme s'il l'intimidait... En fait, il lui faisait presque peur et en même temps pas du tout.
    Ne souhaitant pas continuer ce contact embarrassant, Teru retourna arroser les marguerites qu'elle trouvait très jolies en évitant de croiser à nouveau son regard. Elle ne se sentait pas du tout à l'aise. Pourquoi ? Elle sentait sa main qui tremblait alors qu'elle arrosait les fleurs. Son instinct lui criait de s'éloigner de cet homme et de ne plus jamais recroiser sa route, pourtant ses jambes restaient pétrifiées. Pourvu qu'il la libère vite...

    Alors c'est ça...
    Kurosaki l'espionna du coin de l'œil, notant sa nervosité. Il n'avait certainement pas songé à ce cas de figure. Elle agissait comme s'ils étaient de parfaits inconnus l'un pour l'autre, comme s'ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant... Sans doute était-ce la raison pour laquelle Daisy n'avait plus reçu aucun message provenant d'elle. Assurément était-ce la raison pour laquelle elle lui avait donné son nom.
    Énervé, il s'alluma une cigarette avec rage. Il n'avait jamais souhaité cela. S'il avait pu, il serait resté à ses côtés, or il avait été obligé de partir. Il était revenu une semaine plus tôt et n'avait pas osé entrer en contact avec elle avant aujourd'hui. Il l'avait espionnée de loin, étudiant ses moindres faits et gestes. Dans l'ensemble, elle paraissait mener une vie ordinaire, tranquille, plutôt heureuse, quoiqu'il avait noté sa mélancolie de ce jour-ci. S'était-il passé quelque chose ?
    C'était son comportement qui l'avait motivé à aller à sa rencontre cet après-midi, d'ailleurs une occasion en or s'était présentée avec ces quatre loubards. Un an auparavant, il n'avait pas pu la protéger et elle avait été blessée par sa faute. Il avait dû quitter la ville pendant douze longs mois, l'écartant ainsi de tout danger, néanmoins il était revenu pour diverses raisons.
    Tasuku se sentait obligé de rester à ses côtés afin qu'elle ne rencontrât pas d'ennuis, et aussi sans doute parce que c'était le meilleur moyen qu'il connaissait pour la protéger. Il voulait savoir ce qui s'était passé durant cette année, puisque Riko n'avait pas daigné lui donner la moindre nouvelle. Rester dans le noir avait été terrible, même s'il se disait que « pas de nouvelle, bonne nouvelle ».
    Et, bien entendu, même s'il ne l'admettrait à personne, Teru lui avait cruellement manqué. Après être restée auprès d'elle durant tous ces mois en la voyant presque tous les jours, cette rupture l'avait quasiment anéanti. Il se répétait constamment que c'était pour son bien, or le chevalier servant avait besoin de la princesse, qu'elle fût en danger ou pas, de manière à exister réellement.
    Mais cette situation l'attristait encore plus. Kurosaki aurait préféré qu'elle le haït, pourvu qu'elle se souvînt de lui. Il savait parfaitement quand elle mentait, et il voyait clairement qu'elle n'avait eu aucune arrière-pensée en lui donnant son nom. Il avait été effacé de sa mémoire. Comment cela s'était-il produit ? Était-ce à cause de l'accident ? Il n'était pas resté assez longtemps pour se renseigner sur son état après son réveil, une fois à l'hôpital, néanmoins le médecin avait spécifié un choc à la tête, quoi qu'il n'avait pas mentionné une possible amnésie. Était-elle temporaire ou bien permanente ?
    Aussi égoïste que cela pût paraître, il souhaitait qu'elle se souvînt de lui et que tout redevînt comme avant, or c'était complètement impossible. Il pourrait sans doute recréer des scènes similaires à celles qu'ils avaient vécues tous les deux, pourtant ce ne serait pas la même chose. Car elle ne se souviendrait pas.
    Tasuku porta une main à son visage, en tentant de supprimer ces pensées qui l'assaillaient. Si elle n'avait aucun souvenir de sa personne, alors peut-être était-ce pour le mieux. Un an plus tôt, il avait dû la quitter, à présent probablement était-ce à son tour de la laisser partir... Toutefois, il continuerait de la protéger, même de loin. Elle resterait à travailler pour lui, comme au bon vieux temps. Et il se comporterait tel un tortionnaire, comme il en avait l'habitude autrefois.
    Sôichirô était-il satisfait de sa situation actuelle, de voir à quel point il souffrait ? Le plus douloureux était de savoir qu'elle serait près de lui et à la fois si loin... Il ne pourrait jamais la toucher, il ne voulait même pas l'imaginer avec un petit-ami. Il n'avait pas envie de songer à ce genre de choses, tant qu'elles ne se produisaient pas encore... Mais il souhaitait ardemment que ce jour n'arrive pas.
    Kurosaki nota à quel point Teru semblait prendre soin des marguerites un peu plus loin et songea à la relation qu'elle avait entretenue avec Daisy ; depuis cet incident, tout échange avait disparu. L'avait-elle oublié, lui aussi ? Sans aucun doute, puisqu'après tout, Daisy était la plus importante personne pour elle. Ou peut-être pas, tout bien réfléchi : elle connaissait sa véritable identité, du coup, si elle avait été en colère après lui, elle l'avait probablement laissé de côté. Ou bien leur lien avait entraîné l'oubli de Daisy.
    Kurosaki soupira puis se dirigea vers Teru à qui il ôta la casquette qu'il remit sur sa tête. Il la congédia, estimant qu'il ferait nuit bien assez tôt et qu'il n'était pas sûr qu'elle rentre trop tard ; si Riko le savait, elle le tuerait. Quoiqu'elle le tuerait déjà pour être revenu. Peu importait ce qu'elle pensait, il était prêt à assumer les conséquences. En tout cas, une chose était certaine : si Riko s'en mêlait, il était un homme mort.

    Cette longue et fatigante journée était enfin finie, ce n'était pas trop tôt. Teru rentra tranquillement chez elle en marmonnant à quel point ce gardien de l'école était un rustre. Elle aurait dû agir plus vite lorsqu'elle portait encore l'arrosoir. Une bonne petite douche froide lui aurait rafraîchi les idées à cet idiot. Il avait tout fait pour l'exploiter au maximum ; elle était persuadée qu'il n'aurait même pas accompli en une journée la moitié de ce qu'elle avait fait en deux heures.
    Ce n'était pourtant pas le pire : il avait exigé qu'elle revienne le lendemain après les cours. Il se foutait d'elle ou quoi ? Quoique si elle se plaignait auprès de son professeur principal... Elle n'était pas sûre de ses chances de réussite, mais pourquoi ne pas essayer.
    Si au début elle avait eu du mal à se comporter normalement, avant qu'il la congédiât elle s'était sentie à l'aise, relaxée. Comme si elle se sentait protégée. Cela faisait un an qu'elle ne s'était pas sentie ainsi, aussi bien. Non, c'était impossible que ce fût à cause de ce Kurosaki. Plutôt crever que de l'appeler maître. Même s'il paraissait musclé et s'était débarrassé des quatre délinquants en moins de deux, elle ne se permettait pas de lui faire confiance. Jamais.
    En tous cas, c'était la première fois depuis longtemps qu'elle avait occupé son temps après les cours avec autre chose que des révisions... C'était plutôt... Agréable. Enfin, non. Il ne fallait pas oublier cet idiot.

    Teru dormit bien cette nuit-là et ce fut avec l'esprit beaucoup plus clair qu'elle se réveilla le lendemain. Alors qu'elle se dirigeait de bonne humeur vers la cuisine afin de prendre son petit déjeuner, le visage de son exploiteur lui revint en mémoire, la coupant dans son élan. Voilà qu'il venait même l'embêter le matin... Elle ne savait pas si elle serait en mesure de réprimer ses pulsions meurtrières lorsqu'elle le verrait plus tard dans la journée. Il suffirait juste d'embaucher un nouveau gardien, ce n'est pas comme si c'était bien grave.
    L'adolescente mangea rapidement son petit-déjeuner avant de mettre son uniforme qu'elle avait lavé la veille – les fleurs c'était mignon, en revanche la terre moins. Elle avait recopié les notes qu'elle avait empruntées et les rangea dans son sac afin de ne pas les oublier puis prit le chemin de l'école. Si elle parvenait à ne pas penser à cet homme pendant cinq minutes elle se féliciterait en s'achetant un gâteau au supermarché en rentrant. Finalement cette journée pouvait se dérouler plutôt bien.
    En arrivant dans la classe, Teru salua ses amis puis s'assit à son bureau. La cloche sonnait d'ici quelques minutes, elle avait encore un peu de temps. Elle se dirigea vers le bureau du professeur pour voir s'il n'y avait pas des documents à distribuer lorsqu'elle entendit des camarades discuter et prononcer « gardien de l'école ».
    Non, Teru, tu te fiches de ce type, retourne à ta place.
    Elle l'aurait volontiers fait si elle n'avait pas entendu la suite qui lui glaça le sang.
    « Je suis formelle, c'est bien monsieur Kurosaki, qui était le gardien de l'école l'an dernier. Il est parti pendant un an mais apparemment il a repris son ancien poste depuis quelques jours. »
    Il avait travaillé ici un an auparavant ? Elle n'en avait pas de tels souvenirs. Enfin, il était vrai qu'elle ne faisait pas particulièrement attention au personnel du lycée, pourtant elle l'aurait forcément reconnu. Le gardien de l'école possédait cette particularité de croiser tous les membres de l'école, que ce soit les professeurs, les élèves ou bien les femmes de ménage. Pourquoi sa tête ne lui disait-elle rien ?
    Bah, cela ne devait pas être bien important, il avait peut-être travaillé un ou deux mois à ce poste et elle avait dû oublier rapidement son visage. Elle ne suivait pas au détail l'activité des gardiens de l'école et était totalement incapable de dire combien il y en avait eu depuis deux ans. Que ce fût un ou six, elle ne s'en serait pas rendue compte. Teru pensait que c'était le cas de tous, en revanche il semblerait qu'elle se fût trompée.
    D'un côté, elle devait admettre qu'il était plutôt beau, ce n'était donc pas étonnant que toutes les filles soient à sa botte. En avait-il seulement déjà exploitées, comme elle en ce moment ? Ou bien était-elle la plus malchanceuse de toutes ? D'un autre côté, Teru était persuadée qu'une minute à travailler pour cet homme dissuaderait toutes les élèves de cette école. Cette homme était un véritable cauchemar. Il faudrait qu'elle casse son ordinateur par « erreur», juste pour lui donner une bonne leçon. Il s'ennuierait tellement par la suite qu'il ferait son travail et la laisserait en paix.
    Elle était vraiment trop intelligente. Elle devrait franchement créer une secte où tous s'inclineraient devant sa supériorité. Après tout, ses excellents résultats n'étaient qu'une preuve parmi tant d'autre de son intellect au-dessus de la moyenne. Heureusement qu'elle était en mesure d'aller au lycée grâce à la bourse qu'elle avait obtenue grâce à…
    Hein ? Qui lui avait obtenu sa bourse ? Stupéfaite, Teru ne fit plus attention au monde extérieur. Quelque chose lui manquait. Un détail, aussi subtil fût-il. Peut-être était-ce un professeur qui l'avait mise sur la voie ? Après tout, tous les enseignants auraient trouvé cela dommage qu'une élève aussi brillante ne soit pas en mesure de continuer ses études, c'était une perte.
    Elle se rappelait très bien qu'elle n'avait pas eu les moyens de poursuivre ses études après la mort de Sôichirô puisqu'il ne lui avait pas laissé d'argent, juste… Un portable. D'ailleurs, où se trouvait-il ? Pourquoi utilisait-elle le portable que Riko lui avait donné un an plus tôt ? L'aurait-elle cassé ? Aucun souvenir de ce genre n'était disponible. Aurait-il été perdu ou volé ? Dans ce cas, pourquoi ne parvenait-elle pas à s'en souvenir ?
    Une certaine anxiété la gagna. Que s'était-il passé exactement ? Elle tenait énormément à ce portable, alors pourquoi avait-elle passé une année entière à en utiliser normalement un autre sans y penser ? Et pourquoi lui était-il impossible de se remémorer exactement ce portable ? Peut-être s'était-il cassé lorsqu'elle était tombée dans les escaliers ? D'ailleurs, elle ne se rappelait pas être tombée dans les escaliers…
    Même si le médecin lui avait dit qu'elle s'était cognée la tête – ce qui avait entraîné d'autres séquelles avec lesquelles elle devait vivre tous les jours depuis – et que le choc avait dû lui faire oublier cet accident qui s'était produit à la vitesse de l'éclair, elle ne pouvait s'empêcher de rester un peu dubitative quant à sa seule existence.
    Sans comprendre pourquoi, Teru se mit en colère. Penser à tout ceci l'énervait. Comme lorsqu'elle parlait trop de ce rêve avec quelqu'un. Une fois, elle avait cassé un verre avec sa main, depuis elle avait évité de parler de tous ces détails. Son portable n'avait rien à voir, alors pourquoi s'énervait-elle aussi ? Elle ne se savait pas aussi colérique. Elle n'était pas non plus une fausse calme. Son frère lui avait toujours dit qu'elle était facile à vivre et qu'elle savait prendre sur soi. C'était toujours le cas, sauf à ce sujet.
    Si elle demandait à Riko, elle saurait probablement lui répondre. Kurebayashi ne se souvenait pas de ce qu'elle lui avait dit en lui donnant ce téléphone portable, sans doute lui avait-elle annoncé que l'ancien n'avait pas survécu à la chute ? Teru ne savait pas très bien, mais elle le tenait certainement dans les mains à ce moment-là. Le seul objet qu'elle avait obtenu de son frère était parti… Il avait disparu, comme lui.
    Une vague de tristesse l'envahit. Voyons, ce n'était ni le lieu, ni le moment de se laisser aller ainsi. Teru se frotta les yeux avant de se mettre à pleurer, feignant un coup de fatigue du matin, lorsqu'elle entendit ses camarades continuer leur discussion sur le gardien de l'école.
    « On dirait qu'il refuse toujours de nous prendre comme servante, vous vous rappelez, l'an dernier il avait dit qu'il ne prenait que les filles moches et plates, comme… »
    L'adolescente fut interrompue par l'arrivée du professeur qui fit taire chaque élève. Teru retourna à sa place en se posant des questions. D'après ce qu'elle avait dit, cet exploiteur avait déjà maltraité une élève l'an passé. Étrange, elle ne se rappelait pas en avoir entendu parler. Ou bien il n'y avait pas eu beaucoup de rumeurs à ce sujet. Assurément les avait-il fait taire.
    S'il n'utilisait que les filles moches et plates, alors cela voulait dire… Elle mettait du A. Bon, elle savait pertinemment qu'elle n'était pas une beauté, mais elle ne s'était jamais considérée comme moche. Si elle avait le crâne rasé, elle aurait été d'accord, mais là elle était franchement vexée. Il se permettait de la traiter de moche parce qu'il n'était pas trop mal lui-même ? La prochaine fois qu'elle le verrait, elle ne garantirait pas sa survie. Ce fumier allait payer.
    Finalement, son ordinateur allait évidemment être cassé par accident bien plus vite que prévu… Il ne s'en sortirait pas comme cela. Les types comme lui étaient le pire qu'il soit. Voyons… Il devait avoir environ vingt-cinq ans, cela lui faisait un bon laps de temps pour torturer les filles moches et plates. Mais, pour une fois, il allait subir les conséquences de ses actes.
    Casser l'ordinateur ne lui paraissait pas être une bonne idée. Cela semblait trop simpliste. Non, il fallait quelque chose de plus recherché, dont il se souviendrait toute sa vie. Quelque chose qui lui rafraîchirait les esprits et lui ferait réfléchir à deux fois avant de l'exploiter en faisant passer cela pour un remerciement.
    Tandis que le professeur donnait son cours et que la plupart des élèves prenaient studieusement des notes, Teru n'y prêta pas la moindre attention, surtout qu'elle venait d'avoir une idée absolument parfaite. C'était exactement ce qu'il lui fallait. Si elle réussissait, il lui mangerait dans la main. Elle ne pouvait pas attendre de voir cela. Un sourire machiavélique se dessina sur son visage alors qu'elle réfléchissait au meilleur moyen d'exécuter son plan.
    Bientôt, Kurosaki serait chauve.




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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:28

Chapitre 3


Epica – Feint


    Le soleil était déjà couché depuis un bon moment, l'air était plus frais, aussi les passants se réjouissaient-ils d'avoir emporté une veste le matin en partant de chez eux. C'était une heure où les jeunes n'étant pas encore majeurs se devaient d'être dans leur maison et de ne pas traîner dehors, où ils pourraient gagner une mauvaise réputation. Car, après tout, la vie était différente la nuit. La lumière artificielle des lampadaires, des enseignes des magasins, des voitures ainsi que d'autres objets permettaient à chacun de se déplacer tranquillement.
    Kurosaki mangeait dans le petit restaurant de Masuda, silencieux. Cela faisait à présent plusieurs jours qu'il était entré en contact avec Teru et qu'ils revivaient en quelque sorte la même histoire que leur première rencontre, à l'exception que lui sentait la différence. Il était formel, elle l'avait complètement oublié. Il lui avait fait avouer quelques détails sur sa vie.
    Si, autrefois, elle était incapable de se taire au sujet de Daisy, pour l'instant elle ne l'avait pas évoqué une seule fois. Elle ne tripotait pas son portable, comme pour attendre un mail, comme elle avait l'habitude de le faire auparavant. Toutefois, elle paraissait apprécier particulièrement les marguerites plantées dans l'école et s'en occupait plus que les autres fleurs. Peut-être avait-elle conservé quelques traces de sa vie perdue, ou du moins le pensait-il.
    Teru lui avait brièvement raconté qu'elle vivait avec l'ancienne fiancée de son défunt frère et que celle-ci était actuellement absente. Cela laissait une marge à Tasuku avant d'être mis à mort. Une fois rentrée, Riko le massacrerait complètement, puisque bien évidemment Teru se plaindrait auprès d'elle de ce gardien qui l'exploitait. Il savait qu'elles se racontaient tout, ou presque.
    Kurosaki ne redoutait pas tant que cela sa future entrevue avec Riko, il y avait des choses dont il voulait lui parler. Comme ce qu'il s'était exactement passé un an plus tôt, comment avait été leur vie depuis l'accident jusqu'à son retour une dizaine de jours auparavant, si elle avait des nouvelles par rapport au problème. Elle allait d'abord le découper en morceaux avant de lui répondre mais cela ne le gênait pas, tant qu'il obtenait les réponses désirées. Il avait passé un an dans le néant, sans avoir la bonne nouvelle, il méritait bien d'être mis au courant.
    Riko connaissait parfaitement la raison pour laquelle il avait dû partir. En restant, Teru aurait été en danger. Les choses avaient l'air de s'être calmées, c'était l'une de ses justifications quant à son retour. Elle lui en voudrait certainement d'avoir pris le risque d'être revenu, néanmoins il était persuadé qu'au fond elle comprendrait et lui pardonnerait, même si ce ne serait pas facile de le lui faire accepter.
    Masuda, qui était en train de faire la vaisselle devant lui, était tout autant au courant. En fait, toute l'équipe savait, donc Andô était concerné. Kiyoshi avait été mis au courant de certains détails, mais pas tout. Juste suffisamment pour lui faire comprendre la situation.
    Riko lui avait assurément demandé de ne jamais évoquer Kurosaki ni Daisy devant Teru, et de mettre le groupe d'amis dans le coup, sans leur donner trop de détails qui seraient sans doute compromettants. C'était certainement la meilleure explication pour justifier la raison pour laquelle l'amnésique n'avait entendu parler d'aucun des deux durant cette année.
    Même s'il se faisait probablement de faux espoirs, Tasuku avait l'impression, parfois, de retrouver l'ancienne Teru. Elle avait repris sa vieille expression « Sois chauve » qu'elle répétait toujours lorsqu'elle était contrariée. Lorsqu'elle l'avait pour la première fois, il avait été si surpris qu'il n'avait pas pu réagir durant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'elle essayât de le faire revenir à la réalité. Même si cela semblait fou, il croyait de temps en temps retrouver leur ancienne complicité.
    Cependant, être conscient qu'elle n'était pas entièrement la Teru qu'il avait connue le rongeait de l'intérieur. Si seulement elle savait à quel point il regrettait de l'avoir impliquée. S'il s'était éloigné plus tôt, rien de tout cela ne serait arrivé. Il savait que l'ancienne Teru était amoureuse de lui, alors l'aurait-elle laissé partir ? Sans doute pas, et elle aurait cherché à le retrouver. Au final, il l'aurait blessée tout autant. Même si cela semblait égoïste, il préférait ce cas de figure à l'actuel. Elle n'avait pas souffert, or elle l'avait oublié. Il n'existait plus pour elle. Et c'était le plus douloureux.
    Pour une fois, Tasuku avait envie de ne penser qu'à lui-même et de faire en sorte qu'elle retrouve la mémoire, mais comment soigner une amnésie ? La sienne paraissait permanente, puisque cela faisait un an qu'elle ne se souvenait plus. Y avait-il seulement un moyen pour qu'elle se souvienne ? Peu importaient les sacrifices, tant qu'on la lui rendît…
    Toutefois, se lamenter sur son sort ne changerait absolument rien. Masuda ne put lui apporter aucune réponse, Riko avait vraisemblablement coupé les ponts avec tous ceux ayant connu Kurosaki ou bien Daisy, sans doute de manière à ce que Teru ne les rencontrât pas et se souvînt en conséquence de lui. Le patron lui assura tout de même qu'ils avaient été en contact quelques mois plus tôt et qu'elle lui avait assuré qu'elle continuait à travailler sur leur affaire.
    Riko était la clé de tout. Sur Teru mais aussi sur ce problème qui l'avait forcé à partir. Il était nécessaire qu'il la vît, sans cela il passerait son temps à patauger sur ces histoires. Puisqu'elle n'était pas en ville pour le moment, il lui faudrait attendre son retour. De toute manière, elle viendrait d'elle-même, il était inutile de la chercher.
    Kurosaki sortit du restaurant après avoir salué son ancien collègue puis marcha le long des rues. Il n'avait pas pris sa voiture, ayant décidé de marcher pour se calmer. D'un geste rageur, il fit une flamme avec son briquet quasiment vide afin d'allumer une cigarette. Depuis l'accident, il fumait beaucoup, sûrement à cause du stress. Il n'y pouvait rien, fumer semblait être la seule chose qui le calmait un tant soit peu. Et Teru aussi. Mais c'était une autre histoire qui n'avait pas sa place là.
    Il recracha une longue bouffée, en regardant le trottoir d'un œil distrait. Il n'avait rien prévu de spécial pour ce soir à part un détour chez Masuda. Et, franchement, il n'était pas motivé pour aller traîner dans un bar ou une boîte de nuit. Et puis il bossait demain. Vie quotidienne sans rien de particulier.
    Son regard fut soudain attiré par une silhouette située une dizaine de mètres devant lui. Il s'agissait là d'une personne qui lui était bien familière. Qu'est-ce que Teru faisait ici ? Il était tard, qu'une adolescente comme elle traîne dehors n'avait rien de sain… Elle portait une robe qu'elle n'aurait absolument jamais osé mettre un an plus tôt avec des... Talons.
    Se serait-il passé quelque chose durant cette année, qui l'aurait rendue ainsi ? L'idée qu'elle fût devenue ce genre de femmes l'enragea au plus haut point. Voilà ce qu'elle faisait lorsque Riko n'était pas à la maison ? Il accéléra le pas afin de l'atteindre, bien décidé à intervenir. Il ne pouvait définitivement pas rester les bras croisés, quand bien même elle ne se souvenait pas de lui. Alors qu'il se tenait juste derrière elle, Tasuku posa une main sur son épaule pour l'interpeller.
    « Eh, Teru, qu'est-ce que tu fous ici ? »
    L'interpellée se retourna afin de faire face à celui qui lui avait parlé, et ce fut ainsi que Kurosaki se rendit compte de son erreur. Devant lui se tenait une jeune femme d'une trentaine d'années qui ne paraissait pas comprendre de quoi il parlait. Surpris, il s'excusa, expliquant qu'il s'était trompé de personne puis s'éloigna.
    Il avait pourtant été certain que c'était elle. De dos, elles étaient identiques, même si l'inconnue avait paru plus élégante de par sa tenue et sa manière de marcher. En la voyant de face, il avait clairement remarqué que ce n'était pas Teru, même si leurs yeux étaient identiques, de même que la forme du visage. Et, il fallait le noter, cette femme ne mettait certainement pas du A.
    Kurosaki reprit une bouffée de sa cigarette, pensif. La ressemblance n'était pas frappante, mais il y avait un petit air... Bah, après tout, on pouvait trouver des similitudes partout chez n'importe qui. Il se prenait la tête pour rien. Il était en tout cas rassuré que ce ne fût pas Teru, cela l'aurait plus qu'inquiété. L'imaginer traîner dans les rues tard le soir avec une tenue qu'elle n'oserait jamais porter...
    Il ne savait pas comment il aurait réagi si cela avait été celle à laquelle il pensait sans cesse depuis bien longtemps. Il aurait sans aucun doute été d'abord profondément blessé. Il l'aurait raccompagnée chez elle en tentant de connaître ses raisons. Puis il se serait évidemment énervé. Imaginer que des porcs la touchent...
    Tasuku se passa une main sur le visage. Il s'inquiétait pour rien, la Teru qu'il connaissait ne ferait jamais une chose pareille. Elle était trop... Innocente. C'était le mot. Heureusement, cette terreur n'avait été que de courte durée. Si cette femme aimait marcher dans la rue tard avec une robe la mettant en valeur, c'était son problème. Elle avait l'air d'avoir une bonne trentaine d'années, et en conséquence devait s'assumer totalement. Cela ne le concernait pas.
    Le jeune homme jeta un coup d'œil sur sa montre. Il était déjà si tard ? Ce n'était pas qu'il était du genre très sérieux, mais il n'avait pas envie d'être fatigué le lendemain, surtout qu'il devait s'attendre à une visite musclée de Riko à tout moment. Il prédisait déjà le début : elle arriverait et lui mettrait un grand coup de poing ou de pied dans le visage avant de le sermonner.
    Son air se fit plus sérieux. Il fallait qu'il se renseignât sur les informations qu'elle avait obtenues. Dans cette affaire, elle était sa seule alliée, bien qu'une alliée particulière, étant donné qu'elle ne l'avait que peu contacté durant cette année, voire pas du tout. Si Teru avait perdu la mémoire après l'accident dont il était responsable, c'était normal qu'elle souhaitât prendre ses distances. La sœur de Sôichirô passait avant tout, c'était une règle qu'ils s'étaient fixée il y avait longtemps.
    Kurosaki termina sa cigarette qu'il jeta sur le trottoir avant de l'écraser avec sa chaussure puis pris la direction de son appartement afin de rentrer chez lui. Il avait le sentiment que demain serait une bien grosse journée, et dans ce genre de cas il avait rarement tord.

    La matinée était déjà bien avancée et la ville était bien animée. La plupart des habitants de la ville étaient à leur travail, l'effectuant correctement en espérant obtenir une prime. Cela n'empêchait pourtant pas l'autre partie d'être dans les rues ou chez eux. Parmi ces gens, une femme de trente-cinq ans filait comme une flèche sur les trottoirs. Elle avait une affaire de la plus haute importance à régler.
    Elle était rentrée la veille dans la matinée et avait attendu sa colocataire jusqu'au soir, s'étonnant de son retard. Sa première idée avait été qu'elle s'était trouvé un petit-ami. À cette pensée, elle ne pouvait s'empêcher de songer à lui, qui serait profondément blessé s'il était mis au courant. Quelle avait été sa surprise lorsqu'elle avait appris la véritable raison de son retard.
    Kurosaki était de retour.
    Qui plus était, il avait repris Teru sous son aile en recommençant à l'exploiter.
    Elle s'absentait une semaine, et voilà ce qui se passait. Sur le moment, elle avait fait de son mieux pour masquer son trouble, ne souhaitant pas lui mettre la puce à l'oreille. Mais à quoi pensait-il ? C'était comme lorsqu'il avait décidé de ne plus être seulement Daisy un an et demi auparavant. Pourquoi était-il de retour si tôt ? N'avait-il pas songé aux conséquences ? Et si Teru était impliquée à nouveau ? Elle ne le laisserait pas faire, s'il la blessait encore une fois elle emporterait Teru loin avec elle, quelque part où il ne les trouverait jamais.
    Son retour n'avait pas l'air d'avoir évoqué de souvenirs marquants chez Teru, même si elle lui avait confié qu'elle souhaitait le rendre chauve pour se venger. Même si elles étaient futiles, des traces de sa vie oubliée resurgissaient. Que se passerait-il si elle se souvenait de la totalité des événements avec Kurosaki ?
    Après son accident, en se réveillant à l'hôpital, Teru n'avait d'abord pas demandé où se trouvait Kurosaki, ce qui avait été plus que surprenant. Riko avait tenté d'aborder le sujet lorsque Teru lui avait demandé qui était cette personne. Par la suite, celle-ci n'avait jamais évoqué la moindre fois Daisy et n'avait pas semblé avoir remarqué que son portable était cassé. Riko ne lui avait donc pas transmis la lettre et l'avait précieusement gardée sans oser la lire.
    Avec Kurosaki disparu quelque part dans la nature pour son bien, le mieux avait été qu'elle conservât cette amnésie. Riko n'aborda plus jamais le sujet, fit en sorte que rien ne l'y fît penser. Tant que c'était pour le bien de la précieuse sœur de son défunt fiancé, elle était prête à tout.
    Parfois, elle se demandait comment aurait été la vie si Sôichirô n'avait jamais péri à cause de ce cancer. Même si elle était plus âgée de quatre ans, elle l'aimait réellement. Leur différence d'âge n'était rien, comparée aux huit ans entre Tasuku et Teru. Les deux se seraient forcément rencontrés, Sôichirô aurait accepté leur relation bien évidemment. Auraient-ils été plus heureux s'il était resté parmi les vivants ?
    Une larme coula le long de son visage et elle s'empressa de l'essuyer. Cela faisait déjà trois ans, cependant il lui manquait vraiment. Elle ferait tout pour le ramener à la vie, pour changer le cours des choses. Elle n'en voulait pas à Kurosaki, ce n'était pas de sa faute. En aucun cas il n'était responsable. Pourtant, il continuait de se blâmer pour sa mort, de porter ce fardeau seul alors que d'autres personnes se trouvaient là pour l'aider.
    Riko savait parfaitement que Sôichirô ne lui en voulait pas le moins du monde, puisque c'était son propre choix s'il ne s'était pas soigné. S'il lui avait dit des paroles aussi horribles à l'hôpital, elle avait sa théorie à ce propos ; dire qu'il ne lui en voulait pas n'aurait rien changé, Kurosaki aurait continué à s'en vouloir. Il avait compris qu'il ne pouvait rien changer à sa situation, alors il avait transmis cette mission à Teru, à son insu.
    Devenir le Daisy de Teru avait paru être un moyen de se racheter, or ce n'était pas du tout le cas. Échanger des messages les rendrait proches, puis, un jour, le moment venu, Teru serait capable de le sauver. Sôichirô était conscient qu'elle ne le blâmerait pas et qu'elle comprendrait la situation ; ainsi, elle lui ferait comprendre que ce n'était pas de sa faute. Et, enfin, son cœur trouverait la paix. Il cesserait de se tourmenter.
    Si tel était son plan, il prenait du temps. Surtout à cause de cet accident qui avait entraîné sa disparition ainsi que l'amnésie. Toutefois, un jour, Riko en était persuadée, tous leurs efforts porteraient leurs fruits. Teru ôterait ce poids du cœur de Kurosaki. Elle le sauverait, puisqu'elle était la seule à en être capable.
    Dans ce cas, l'amnésie n'était plus requise. Si Teru retrouvait la mémoire, il serait là. Ce n'était pas comme si elle s'était rappelée durant l'année, alors qu'il se trouvait on-ne-savait-où. Elle souffrirait certainement, pourtant il serait là afin de la supporter. Néanmoins, cette affaire n'était pas réglée. Et si elle se trouvait à nouveau impliquée en retrouvant sa mémoire ?
    Et si elle était une fois de plus blessée, comme elle l'avait été durant l'accident ? Elle subissait des séquelles qu'elle garderait à vie et que nul ne souhaiterait avoir. Riko avait cherché en vain un médecin, or tous lui avaient affirmé que sa blessure était incurable, peu importait l'argent qu'elle fournissait. Teru devrait continuer à vivre de cette manière.
    Elle ne s'était d'ailleurs jamais plainte. C'était elle-même qui lui avait demandé d'arrêter de chercher, puisqu'elle s'épuisait et gaspillait de l'argent pour rien. Riko avait pourtant voulu continuer, certaine qu'une solution se présenterait enfin à elle, cependant rien ne s'était produit. Même avec ses contacts elle n'avait rien obtenu.
    Si Kurosaki venait à être mis au courant, il s'en voudrait plus que tout et répéterait ses actes qui ne changeraient absolument rien. Teru devrait de toute façon apprendre à vivre avec ce handicap, même si cela paraissait déjà être le cas.
    Riko ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à Tasuku d'être de retour. Les choses semblaient s'être calmées, mais sans doute était-ce le calme avant la tempête, ils ne pouvaient par conséquent pas se permettre de prendre un tel risque. À quoi pensait-il, en se rapprochant ainsi de Teru ? Bien évidemment, il avait dû y réfléchir durant bien longtemps, néanmoins c'était beaucoup trop risqué. Et si elle venait à être blessée encore une fois, il ne se le pardonnerait jamais.
    Il fallait qu'ils discutent sérieusement. C'était bien pour cela qu'elle se dirigeait vers le lycée, afin de venir à sa rencontre. Elle n'y travaillait plus depuis un an, depuis ce jour-là, toutefois elle avait gardé contact avec Kiyoshi qui se révélait être un excellent informateur. Elle l'avait chargé d'empêcher leurs amis d'évoquer Kurosaki ou bien Daisy, afin qu'elle ne se souvînt pas. Elle était vraiment chanceuse de posséder un contact pareil, il était extrêmement utile, sans lui elle n'aurait jamais pu masquer entièrement son existence.
    Riko fit un pas dans l'école. Elle y était. À présent, elle avait des affaires à régler, mais, avant, un petit défoulement était de mise. En se faisant craquer les doigts, elle aperçut sa victime qu'elle comptait bien prendre par surprise.




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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:29



    Il n'était pas encore midi, en conséquence les élèves étaient encore confinés dans leur classe en attendant ardemment que le cours se terminât enfin. Si les plus studieux ne voyaient pas le temps passer tandis qu'ils écoutaient le professeur en prenant des notes, les autres laissaient leur esprit vagabonder le plus discrètement possible.
    Kurosaki n'avait jamais le temps de s'ennuyer. Cette école était un gouffre sans fond au niveau de l'entretien ainsi que des travaux. Il n'avait, malheureusement ou heureusement, aucune occasion de se laisser aller. Il accomplissait ses tâches sans se soucier du monde extérieur, puisqu'il ne faisait attention qu'à elle. Et elle était actuellement en cours.
    Alors qu'il rassemblait tranquillement les feuilles mortes dans la cour, un coup de pied phénoménal dans la joue le ramena à la réalité et l'envoya valser un peu plus loin. Il ne lui fallut que quelques instants pour identifier son agresseur. C'était celle qu'il attendait depuis plusieurs jours.
    « Tiens, Riko, ça fait un bail ! »
    L'intéressée mit l'un de ses poings dans son autre main en le regardant d'un air meurtrier. Il voulait jouer au plus idiot ? Elle fit craquer ses doigts en le défiant du regard. Ils savaient tous les deux quel était le but principal de cette conversation. Elle lui soutint un regard avant de prendre la parole, en s'adressant à lui pour la première fois depuis un an.
    « Pourquoi es-tu revenu ? »
    L'air de Kurosaki se fit plus grave. Avant de lui demander ce qu'il désirait savoir, il était de mise qu'il assumât ses actes. Il ne regrettait pas son retour, malgré les risques entrepris, il était en mesure de veiller à nouveau sur elle, même si les circonstances étaient différentes, à présent... Il ne pouvait pas passer son temps à se morfondre, il fallait qu'il allât de l'avant et prît la situation en main.
    Alors il lui expliqua. Que les choses avaient l'air de s'être calmées et qu'en dépit des risques, il avait voulu revenir. Il n'avait évidemment pas pris cette décision à la légère, jamais il n'aurait osé, puisque cela la concernait. Riko savait ce qu'il ressentait à l'égard de Teru et devait le comprendre. L'abandonner un an plus tôt avait été la décision la plus difficile qu'il avait jamais prise.
    Tandis qu'il parlait, Riko examinait ses expressions faciales. Elle ne savait pas ce qu'il avait fait durant cette année, et ne souhaitait de toute façon pas le savoir, néanmoins elle avait conscience du manque qu'il avait dû ressentir avec l'absence de Teru. Elle avait longuement hésité à lui parler de Daisy et de sa véritable identité, en espérant que sa mémoire revînt, or au final elle n'avait pas osé. Elle ne savait même pas s'il comptait revenir un jour, mieux valait la laisser dans l'ignorance plutôt qu'avec un cœur brisé.
    Tasuku semblait si passionné lorsqu'il parlait, son regard se perdait dans le vide, la jeune femme comprenait tout ce qu'il avait enduré, et à quel point il avait dû souffrir en se rendant compte qu'elle l'avait oublié. Elle ne pourrait jamais lui en vouloir. Elle ne le considérait pas comme responsable de la mort de Sôichirô et ne désirait que son bonheur, que seule Teru pouvait lui apporter. Jusque là, il continuerait de souffrir.
    Dans sa situation, elle serait sans doute aussi revenue. Son fiancé lui aurait bien trop manqué, comme maintenant. Sauf qu'à la différence de lui, elle ne pouvait pas le retrouver, quand bien même elle le souhaitait plus que tout. Kurosaki pouvait encore changer le cours des choses et faire en sorte d'être heureux, enfin.
    Tasuku fit une pause puis leva ses yeux bleus qu'il planta dans ceux de Riko. Il avait une question, qui paraissait sans doute évidente, toutefois il désirait entendre la réponse de vive voix. Il la connaissait déjà, mais souhaitait confirmer ses doutes. Ce détail le poursuivait.
    « Tu ne lui as pas donné la lettre, n'est-ce pas ? »
    Riko secoua la tête. Il avait laissé cette lettre sur la table dans la chambre de l'hôpital avant de partir, alors que Teru ne s'était pas encore réveillée. En se rendant compte qu'il avait été effacé de sa mémoire, elle n'avait pas osé la lui donner, alors elle l'avait gardée puis, de retour à l'appartement, l'avait cachée, de telle sorte qu'elle ne la trouvât pas. Tout était organisé de telle sorte que rien ne lui rappelât cet homme.
    Tasuku hocha la tête puis la détourna quelques instants, avant de planter à nouveau son regard dans le sien. Il était temps de passer aux choses sérieuses, de régler cette histoire qui lui avait pris ce qui lui était cher : la mémoire de Teru, une année qu'il aurait pu passer auprès d'elle, bref, sa vie prospère. Les coupables ne s'en sortiraient pas ainsi, il leur ferait payer.
    Au moment où il planta à nouveau ses yeux dans les siens, Riko sut immédiatement de quoi il comptait parler. Après son départ, elle avait cherché à en savoir plus de manière à lui venir en aide. Malheureusement, elle n'était pas une aussi bonne hackeuse que lui et n'avait pas trouvé grand-chose qui puisse leur servir. Elle s'en voulait de ne pas être utile. Elle n'était capable de protéger personne, même pas les Kurebayashi, les principaux impliqués dans cette histoire.
    « Le patron m'a dit que tu avais repris l'affaire dans ton coin. »
    La discussion sérieuse débutait. Kurosaki alluma une cigarette ; elle fut tentée d'en faire autant mais avait décidé d'arrêter de fumer après l'accident ; c'était un détail minime, or probablement que la cigarette aurait pu lui ramener des souvenirs en mémoire. Elle n'allait assurément pas craquer maintenant, après tous ces efforts pour arrêter.
    Riko soupira un bon coup puis lui raconta les quelques détails qu'elle était parvenue à rassembler ; vraisemblablement, ce n'était qu'un petit groupe de personnes, une dizaine au grand maximum, certainement membres d'une petite société qui ferait fortune s'ils parvenaient à leurs fins. Le nombre d'entreprises dans ce secteur ne faisant pas un gros chiffre d'affaires était plutôt élevé, ce qui brouillait toutes les pistes. Elle n'avait aucun nom, par conséquent aucun moyen de les retrouver.
    Kurosaki essayait de mettre tout de bout en bout. Ce que lui révélait Riko était totalement logique et correspondait parfaitement à la situation. Il était vrai que cela convoitait moult gens, le terrain était bien vaste, or ce qu'elle venait de lui confier diminuait un tant soit peu le champ d'action. Il avait lui aussi cherché, mais en vain. Il reprit une bouffée de sa cigarette lorsque la voix de Riko attira son attention. Elle était plus que sérieuse, pour un sujet différent qu'il devinait aisément.
    « Si tu refais souffrir Teru, je l'emmènerai loin, là où tu ne pourras plus la trouver. »
    Tasuku l'écouta silencieusement, conscient du poids qui reposait à présent sur ses épaules. Il devait être plus qu'attentif, prudent. Si elle était à nouveau blessé par sa faute, il savait parfaitement qu'il ne se le pardonnerait jamais. Il souhaita lui demander si Teru avait conservé des séquelles de l'accident autres que cette amnésie, cependant il n'osa pas. Il esquissa un sourire triste puis la regarda.
    « Je ferai tout pour que cela n'arrive pas. Même si elle ne se souviendra jamais de moi... »

    Riko marchait à vive allure sur les trottoirs. Les expressions faciales de Kurosaki et ses paroles concernant Teru toujours en mémoire. Elle téléphonait, réclamant un rendez-vous dans l'urgence. Après qu'on lui avait assuré qu'elle pouvait se rendre tout de suite à la clinique, elle raccrocha violemment puis rangea son téléphone dans son sac.
    Depuis sa discussion avec Kurosaki le matin même, elle avait beaucoup réfléchi. Comment pouvait-elle prétendre qu'elle souhaitait son bonheur si elle ne faisait rien à ce sujet ? Comment pouvait-elle désirer qu'ils soient heureux si elle continuait d'être aussi hypocrite ? Elle n'allait pas rester les bras croisés alors qu'elle pouvait sans doute trouver une solution pour l'amnésie de Teru.
    Cette fameuse amnésie. Elle n'avait pas dit la vérité à la concernée ni à Tasuku concernant l'origine de cet oubli permanent. Elle n'avait pas envie de prendre de risques pour le regretter plus tard. Toutefois, elle voulait changer le cours des choses. Kurosaki avait assez souffert, il méritait sa part de bonheur, lui aussi.
    Si Teru retrouvait la mémoire, elle souffrirait certainement, cependant il serait là, à ses côtés, afin de la soutenir. Elle n'avait plus besoin de l'occulter, maintenant qu'il était de retour, et assurément pour de bon. Riko avait envie d'y croire, de penser que tout finirait bien. Elle prenait les devants en tentant de trouver un remède à cette amnésie qui lui avait demandé maints efforts afin de la conserver.
    Elle avait mis plusieurs personnes sur le coup, comme Kiyoshi ou ce docteur, lui demandant de ne pas révéler la véritable origine de cette amnésie. Elle lui avait fait croire à un tout autre accident que celui de la voiture, afin de n'éveiller aucun soupçon ; ainsi, avec le docteur, ils s'étaient mis d'accord sur cette histoire de chute dans les escaliers qui avait entraîné ces séquelles qu'elle ne pourrait jamais guérir...
    Riko arriva enfin devant la clinique où elle se devait d'avoir un entretien de la plus haute importance avec ce médecin... Peut-être pourrait-il lui fournir un remède, car, après tout, ce n'était pas une simple amnésie.
    En réalité, Teru avait occulté.
    Elle avait certes reçu un coup au niveau de la tête qui avait entraîné ces blessures incurables, néanmoins cette amnésie n'était pas due à cela. Apparemment, elle avait eu un choc émotionnel de la plus haute importance, qui l'avait forcée à occulter. Riko s'était souvent demandé ce qui avait provoqué chez elle un tel effroi. Teru seule connaissait la réponse, Kurosaki était inconscient à ce moment-là et s'était réveillé à l'hôpital avant elle puis était parti sur-le-champ.
    Riko avait quelques hypothèses, mais rien de précis. Sans doute que la vision de Tasuku blessé l'avait terrorisée, ou bien elle avait dû penser qu'il était mort. À part cela, elle ne savait pas trop, c'étaient les seules idées qu'elle avait trouvées. Quoi qu'il en fût, cela n'allait pas forcément l'aider à retrouver la mémoire. Elle préférait en discuter avec un professionnel.
    La jeune femme poussa la porte du bâtiment puis se dirigea vers le cabinet du médecin qui l'attendait sûrement...

    Le docteur Higurashi avait toujours été un homme honnête et droit. Il traitait ses patients avec respect et prenait soin d'écouter chacune de leurs plaintes en les réprimandant s'ils ne suivaient pas correctement leur traitement. Il était reconnu comme étant un médecin compétent et à l'écoute de ses patients, qui savait s'organiser afin de les recevoir tous comme il le fallait, leur consacrant le temps qui était nécessaire.
    Mais jamais auparavant il n'avait été confronté à un cas comme celui de Kurebayashi. Au départ, son dossier avait semblé banal ; victime d'un accident de voiture, elle venait de sortir de l'hôpital et se faisait suivre pour surveiller d'éventuelles séquelles, en plus de celle déjà présente, de même elle avait une jambe cassée qu'il fallait garder à l'œil. Il avait lu attentivement son dossier, sans y prêter plus d'attention que les autres, jusqu'à la venue de sa tutrice, Riko Onizuka. Une femme d'une bonne trentaine d'années assez imposante.
    Sans même avoir rencontré sa future patiente, cette femme lui avait exposé certains faits : la jeune Teru Kurebayashi avait vraisemblablement perdu la mémoire, bien que cela ne fût pas signifié dans son dossier, de plus elle souhaitait qu'il changeât l'origine de son accident et lui fît croire qu'elle était tombée dans les escaliers.
    Le docteur avait bien entendu tenté de connaître ses raisons, néanmoins elle lui avait juste signifié qu'elle agissait de la sorte uniquement pour la protéger. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait fini par accepter, sans doute en voyant la détresse de cette femme. Cette adolescente l'avait consulté fréquemment par la suite, et il avait tenté pour le mieux de lui venir en aide en cachant ce fait, même s'il considérait que cela ne l'aidait aucunement.
    Puisque les médecins de l'hôpital n'avaient pas décelé l'amnésie, assurément était-ce parce qu'elle n'était pas due à un choc physique. Il mena son enquête de son côté puis finit par découvrir qu'elle souffrait d'une névrose post-traumatique. De nombreux critères correspondaient : tout d'abord, elle s'énervait lorsque la période oubliée était beaucoup trop évoquée. Teru lui avait raconté ses colères inexpliquées lorsqu'elle songeait trop à certains faits, dont ce fameux rêve.
    Ce rêve d'un accident de voiture, en noir et blanc, où un homme sans visage était inconscient, voire même mort, et seul son sang était de couleur. Il était particulièrement récurrent et il en avait déduit qu'il provenait de sa période oubliée, même qu'il s'agissait la clé de son amnésie. Parfois, elle souffrait de troubles du sommeil, principalement à cause de ce songe. La jeune Kurebayashi lui avait confié que la journée suivant ce rêve, elle était particulièrement renfermée.
    Tous ces symptômes n'étaient pas anodins. Le docteur Higurashi avait tenté d'en savoir plus sur cet homme dans le rêve auprès de sa tutrice, or elle ne lui avait rien confié, à part qu'il était la personne la plus importante dans la vie de la jeune fille. Il se demandait quelle était la nature de cette relation – amoureuse, familiale, d'amitié... Mais n'obtenait jamais la moindre réponse.
    Il se sentait mal de mentir à cette jeune fille qui n'avait rien demandé et semblait si innocente. Elle lui avait confié son histoire, ses pensées, ce qu'elle pensait de ses séquelles, à quel point elle en souffrait mais n'osait le dire à Riko qui s'inquiétait déjà suffisamment. Avec cette patiente, il ressentait quelque chose qu'il n'avait pas éprouvé depuis bien longtemps. L'impuissance.
    L'homme avait toujours été en mesure de venir en aide à ses patients, toutefois il se sentait totalement impuissant face au cas de cette adolescente à qui il était obligé de mentir, soit disant pour son bien. Il avait tenté de lui avouer ce qu'il savait, néanmoins il n'en savait pas suffisamment pour la mettre au courant, de plus cela n'avancerait rien. Elle ne pouvait se raccrocher qu'à Riko, en conséquence lui faire perdre la confiance qu'elle portait à sa tutrice ne ferait qu'empirer les choses.
    Il avait menti durant toute cette année, et, tout d'un coup, ce soir même, voilà que Onizuka l'appelait en réclamant un rendez-vous d'urgence. Allait-il enfin connaître le fin mot de cette histoire ? Il ne pouvait nier à quel point il était intrigué par cette visite précipitée. Il ne savait pas comment interpréter son appel et ne pouvait que l'attendre dans son cabinet en formulant moult théories.
    On frappa soudain à la porte. Il annonça qu'on pouvait entrer et sa secrétaire se présenta à lui en le prévenant que la femme en question était arrivée. Il acquiesça puis lui demanda de se retirer en laissant la nouvelle arrivante entrer qui s'installa sur un siège devant lui, l'air grave. La situation semblait plus complexe, avec de nouveaux éléments. Riko s'excusa de ce rendez-vous subit puis entra dans le vif du sujet.
    « Avez-vous un remède pour l'amnésie de Teru ? »
    Dire que le docteur Higurashi avait été surpris n'était rien. On lui avait demandé de mentir durant tous ces mois, et, voilà que, d'un coup, Riko débarquait pour lui demander comment guérir sa névrose post-traumatique ? On aurait cru rêver. Il l'examina de longs instants, s'assurant qu'il avait entendu correctement.
    « Pendant un an vous me demandez de mentir sur son accident et ce qui lui arrive réellement, et maintenant vous me demandez le contraire ? Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais j'espère que vous savez ce que vous faites. »
    Riko s'était attendue à des réprimandes. C'était prévisible, après tout elle avait abusé de la gentillesse de cet homme en lui demandant de mentir à Teru, il avait toutes les raisons de la sermonner. Elle ne lui avait fourni aucune réelle réponse valable, lui demandant de lui faire confiance. Tout lui expliquer serait trop long. Néanmoins elle assumait ses actes et ne reviendrait pas sur cette décision, aussi ferait-elle tout pour la guérir, dût-elle se rendre à l'autre bout de la planète. Pourvu qu'ils pussent être heureux, au final...
    Le docteur la fixa longuement, en silence, en réfléchissant. Il avait une idée à ce sujet, toutefois il ne savait pas si elle serait en mesure d'appliquer ce remède. Après tout, il pouvait toujours le lui donner et elle agirait en conséquence. Mais il espérait sincèrement ne pas faire d'erreur...
    « Son amnésie est due à un choc émotionnel. Le meilleur moyen pour elle de retrouver la mémoire serait de subir un autre choc émotionnel, psychologique... Quelque chose qui la choquerait. »
    Riko resta silencieuse, méditant sur ces paroles. Un autre choc pour annuler le premier. L'idée en soi paraissait plutôt logique, même évidente. Néanmoins, elle était satisfaite, au moins le docteur était en mesure de lui fournir un remède. Il ne lui restait plus qu'à méditer dessus.
    Elle remercia le médecin puis quitta la salle après qu'il lui eut demandé de lui raconter cette histoire en détail la prochaine fois. Elle l'avait complètement laissé dans le noir, il était normal qu'il ne comprît rien, ni même pourquoi il mentait vraiment. Elle lui fournirait toutes ces réponses, bientôt.
    En attendant, elle se voyait confier une mission de la plus haute importance. Elle comptait bien rendre à Teru sa mémoire, néanmoins elle avait une dernière chose à régler auparavant. Provoquer un tel choc auprès de quelqu'un était quasiment impossible, il lui faudrait revivre une mort en direct quasiment, or Riko ne comptait pas agir de la sorte.
    En effet, elle connaissait quelque chose, un fait qui la choquerait suffisamment. Teru la haïrait sans aucun doute si elle venait à être au courant. Pourtant, c'était la seule solution qu'elle avait trouvée. Tant qu'elle et Kurosaki finissaient par être heureux, elle était prête à tout.
    Car, après tout, elle possédait le remède à son amnésie.




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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:32



    Tout était calme. Ce fut la première chose qu'il remarqua en reprenant conscience. Ses yeux étaient toujours fermés, il ne se sentait pas la force de les ouvrir. Il ne se rendait pas encore compte de sa situation, ni comment il en était arrivé là. Son esprit était tout embrouillé, et son mal de tête ne l'aidait en rien.
    Il prit conscience de ce calme lorsqu'il réalisa que son mal de tête n'était pas engendré par des bruits intempestifs. Pourtant, cela lui faisait un mal de chien. Ses idées étaient encore emmêlées, il ne pensait même pas à réfléchir. Il était un être sans conscience à cet instant précis, entre l'état d'éveil ainsi que celui de sommeil. Il désirait rester ainsi, comme un enfant qui redoutait de se lever dans le but de se rendre à l'école. L'école… Il y travaillait, d'ailleurs… Avec…
    Kurosaki ouvrit les yeux. Autour de lui, tout était blanc. D'un blanc pur et propre. Où se trouvait-il ? Que faisait-il donc ici ? Son mal de tête l'élança, aussi y porta-t-il sa main pour se rendre compte qu'il avait un bandage. Encore ? Que s'était-il passé ?
    Des images resurgirent dans son esprit. Il conduisait sa voiture et Teru se trouvait juste à côté de lui. Ils étaient sur une route de campagne lorsqu'un véhicule leur était rentré dedans. Après cela, plus rien. Il avait vraisemblablement perdu connaissance.
    Teru, où était-elle ? Il balaya la salle du regard, or il ne la vit pas, ce qui l'inquiéta au plus haut point. L'accident avait été brutal, et si… Non, il ne pouvait pas se permettre d'y songer un seul instant. Elle n'aurait pas pu mourir. Quand bien même, une certaine terreur l'envahit.
    Il poussa violemment le drap qui le recouvrait, puis mit un pied au sol avant de se lever et de sentir sa tête tourner. Tasuku s'agrippa à une barre de son lit, en se tenant la tête d'une autre main. Il n'avait pas de temps à perdre dans cette chambre, il fallait s'assurer qu'elle allât bien. Si elle était… Non, il ne pouvait pas l'envisager ne serait-ce qu'une seule seconde.
    Sa blessure n'était rien. S'il avait survécu à la chute d'un bureau et d'une chaise, alors cet accident de voiture n'était rien du tout et même totalement insignifiant. C'était particulièrement pour Teru qu'il s'inquiétait. Elle était si fragile, paraissait si frêle… Elle était forcément dans une autre chambre, il ne pouvait en être autrement.
    Décidé à la retrouver, Kurosaki lâcha son appui et marcha tant bien que mal vers la porte. Il remarqua au passage qu'il faisait jour, le soleil était haut dans le ciel. Depuis quand était-il ici ? Ils se trouvaient en voiture en fin d'après-midi. Avait-il passé la nuit dans les vapes ? Et si Teru était déjà réveillée ?
    Des malades, des médecins, des visiteurs passaient dans le couloir, sans lui prêter la moindre attention, ce qui l'arrangeait, d'un côté. Il n'avait certainement pas envie qu'un médecin arrive et lui ordonne de rester allongé à attendre. Il arrêta une infirmière et lui quémanda le numéro de la chambre de Teru Kurebayashi, en espérant ardemment qu'elle se trouvât là.
    « Ah, l'adolescente victime d'un accident de voiture ? Elle est dans la chambre 307. »
    Elle était vivante. Teru était vivante. Il crut que ses jambes ne pourraient plus le porter tellement il était soulagé par cette nouvelle. Il se sentait ôté d'un poids sur son cœur. Si elle n'avait pas survécu, il n'aurait pas su quoi faire. Il ne l'aurait jamais supporté, il aurait été responsable de la mort du frère de même que de la sœur Kurebayashi. La culpabilité aurait été trop forte et l'aurait sans aucun doute emporté.
    Mais Teru était vivante. Kurosaki posa une main contre le mur de manière à ne pas perdre l'équilibre puis examina les numéros sur chaque porte. 297, 298… Elle se trouvait au fond du couloir. Sans plus écouter les plaintes de son corps, le jeune homme blond s'élança en direction de cette salle. Il voulait la revoir plus que tout, la serrer fort dans ses bras afin de s'assurer qu'elle se trouvait bien là, devant lui.
    Sans même frapper, Tasuku entra. Teru était allongée, encore endormie, à sourire telle une idiote, comme à son habitude. Hormis le bandage qui entourait son front, elle avait l'air saine et sauve. Il sentit le reste du poids sur son cœur s'envoler et il se laissa tomber sur une chaise. Elle allait bien. Tout allait bien.

    Trop plongé dans son univers, il n'avait pas remarqué la présence de Riko qui le fixait intensément. Ce n'était pas fini. Cette histoire ne faisait que commencer réellement, ce qui s'était produit auparavant n'était qu'un échauffement. Cet accident était la preuve qu'ils étaient véritablement entrés en action, et ils ne pouvaient en conséquence pas se permettre de se reposer sur leurs lauriers.
    Non seulement avaient-ils provoqué cet accident, mais une fois les deux inconscients, ils avaient fouillé la voiture de fond en comble. Riko savait ce qui s'y trouvait, et tous les documents avaient été volés. Le portable de Tasuku aussi. Ils espéraient sans le moindre doute y trouver ce qu'ils recherchaient. Fort heureusement, elle savait parfaitement qu'il ne l'avait pas caché là, il y avait des limites à l'idiotie.
    Elle avait discuté avec le docteur qui les avait pris en charge. Kurosaki avait simplement eu un choc à la tête qui guérirait sans problème. Teru avait été moins chanceuse, son cerveau avait été touché dans une zone qui inquiétait fortement l'homme, de plus l'une de ses jambes était cassée. Il fallait cependant attendre son réveil afin d'examiner les éventuelles séquelles, qu'elle ne préférait pas évoquer devant Tasuku.
    Ils se retrouvaient face à un dilemme : Kurosaki était pris pour cible, et Teru avait été impliquée à ce moment-là en raison de sa présence. Les deux étaient constamment ensemble, la situation devenait par conséquent plus que problématique. S'ils attaquaient à nouveau, elle risquait d'être à nouveau blessée et aucun des deux adultes ne le souhaitaient.
    Malheureusement, face à cette situation, Riko ne voyait qu'une seule solution. Cette dernière ferait souffrir le « couple », néanmoins elle n'avait pas d'autres idées. Celle-ci paraissait être la meilleure. Et le mieux était d'agir avant le réveil de Teru, qui compliquerait tout. Elle s'opposerait fermement à cette décision qui était pourtant pour son bien.
    « Tasuku, tu sais pourquoi tu as eu un accident, n'est-ce pas ? »
    L'intéressé ne s'était pas encore rendu compte que la fiancée du défunt Sôichirô se trouvait là jusqu'à ce qu'elle prît la parole, ce qui le surprit. Il était resté dans son monde, à n'écouter que son soulagement quant à l'état actuel de Teru. Il avait eu si peur durant ces quelques instants sans la voir…
    Toutefois, la question, qui était plutôt une affirmation, de Riko le fit brutalement retomber sur terre. Il avait des doutes, mais il savait. Qui d'autre aurait pu leur rentrer dedans, si ce n'était ces hommes qui convoitaient ce qu'il lui avait transmis ?
    Elle n'avait pas besoin d'en dire plus, il comprenait parfaitement la situation. S'ils avaient tenté une fois de les blesser, voire de les tuer – ce qui ne serait néanmoins pas à leur avantage -, ils recommenceraient. Teru avait déjà été impliquée, il ne supporterait pas qu'elle le soit à nouveau. Son rôle était, avait été et serait toujours de la protéger, peu importaient les sacrifices…
    Kurosaki leva ses yeux bleus vers Riko. Ils pensaient assurément à la même chose. Il s'était juré de tout faire pour elle, tant qu'il était en mesure de la protéger. S'il mettait son plan à exécution, il la protégerait, cependant ce serait à Riko de veiller sur elle, puisqu'il ne pourrait rien faire de plus. Et cela lui était plus que douloureux rien que d'y penser.
    Il n'avait pourtant pas le choix. Que donnerait-il afin de conserver sa vie paisible avec Teru… À la traiter comme son larbin, certes, mais en continuant de passer du temps précieux en sa compagnie. Il n'aurait jamais songé qu'il serait forcé de la quitter de la sorte. C'en était douloureux…
    « Je ne veux plus qu'elle soit impliquée…
    - Alors agis en conséquence. »
    Le regard perçant de Riko le traversa tout entier en le faisant frémir. Elle savait être terrifiante lorsqu'elle le désirait. Il savait. Il savait, bon sang ! Le jour où Sôichirô lui avait confié Teru ainsi que ses travaux tant convoités, il savait qu'arriverait un jour où il ne pourrait plus associer les deux. Viendrait un jour où il devrait se séparer de l'un au profit de l'autre. Et il avait choisi ses fichiers.
    Toutefois, la situation était plus complexe qu'elle ne le paraissait. Ce n'était pas qu'il avait envie de délaisser Teru pour ces travaux, c'était qu'il ne pouvait pas les abandonner aux mains de ces types. Sôichirô n'avait pas entièrement terminé, aussi lui en avait-il confié la finition. Par la suite, il pourrait revendre ce programme cher en donnant l'argent à Teru afin qu'elle ne se retrouvât jamais dans le besoin. C'était l'héritage qu'il ne lui avait pas légué.
    De plus, s'il leur donnait les travaux maintenant, ils en profiteraient pour s'enrichir, et Teru ne serait pas gagnante. Le mieux dans ce cas était de s'exiler afin de le terminer, peu importait le temps que cela prendrait. Puis, il reviendrait et aviserait après l'avoir mise au courant. Il espérait seulement ne pas craquer avant…
    « Rien ne lui arrivera tant que je serai loin d'elle, n'est-ce pas ? »
    En effet, ils savaient déjà que Teru ne possédait rien, puisqu'ils avaient entrepris de fouiller son téléphone ainsi que son appartement. Elle était hors de danger. S'il faisait en sorte d'être introuvable, peut-être finiraient-ils même par abandonner, même si c'était beaucoup trop espérer.
    Kurosaki ne pouvait pas seulement disparaître ainsi, Teru se lancerait immédiatement à sa recherche. Il ne pouvait pas la laisser faire cela. Il la dissuaderait. Il demanda faiblement à Riko de quoi écrire. Il ne pourrait pas la revoir à son réveil afin de la prévenir, or il pouvait toujours écrire.
    La jeune femme lui tendit une feuille ainsi qu'un crayon puis s'éclipsa, estimant qu'elle ne ferait que déranger, il avait besoin d'être seul en sa compagnie, et cela elle le comprenait parfaitement. Sôichirô ne lui avait rien donné avant sa mort, même pas une lettre comme le faisait Kurosaki en ce moment. Il avait tout transmis au couple qui n'en était pas officiellement un. Mais elle, elle n'avait rien eu.
    Tasuku regarda longuement le visage assoupi de Teru qui paraissait si paisible… Il ne pouvait plus se permettre de la mettre en danger. Il la protégerait, à sa façon. Peu importait à quel point il souffrait, ce qu'il ressentait n'était pas important, pourvu qu'elle fût heureuse. La prochaine fois, il ne se pardonnerait pas.
    Sa main tremblante tenait le stylo. Il ne savait pas comment débuter cette lettre, ni qu'écrire exactement. Quels mots employer, comment éviter de la blesser encore plus ? Il aurait bien voulu une cigarette de manière à se calmer, cependant il se trouvait dans un hôpital, fumer était par conséquent interdit. Il posa la pointe sur le papier puis écrivit ce qui lui passa par la tête.

    Teru,
    Lorsque tu liras cette lettre, je ne serai plus là. Sache que si tu as été impliquée dans cet accident, c'est de ma faute. J'ai été lamentable, je n'ai pas pu te protéger. Je m'en veux. Je te regarde alors que tu es sur le lit d'hôpital, avec un bandage autour de la tête, et je me dis que sans moi tu serais mieux. Tu ne te trouverais pas dans cet hôpital, tu ne serais pas blessée.
    Comment comptes-tu être mon larbin dans cet état ? J'espère bien que tu continueras à travailler correctement dans tes études, parce que je te libère. À présent, je n'ai plus aucun lien avec toi. Alors n'essaie même pas de me chercher ou je te garantis que tu le regretteras. Je ne sais même pas où je vais, et je ne tiendrai certainement pas Riko au courant. Alors abandonne.
    J'espère que tu m'oublieras et que tu continueras tranquillement ta vie. Je ne peux même pas te garantir que je reviendrai.

    Kurosaki


    Il n'avait pas été des plus délicats dans cette lettre qui était plutôt concise. Il n'avait jamais été très doué pour écrire en tant que Kurosaki, seul Daisy en était capable. Au final, il était bien minable sans son alter ego.
    Il ne fallait pas s'attarder sur des détails, l'heure courait, Teru pouvait se réveiller à n'importe quel moment. Tasuku ne pouvait plus rester ici. Il devait partir, maintenant. Riko se chargerait de tout le reste. Il posa la lettre sur la table à côté puis s'approcha d'elle, le cœur serré en songeant qu'il ne la reverrait probablement jamais.
    Kurosaki se pencha puis l'embrassa doucement sur le front avant de se diriger vers la porte. Au moins, Teru serait vivante et en bonne santé. Il pouvait la confier entre les mains de Riko, qui était tout à fait capable de prendre soin d'elle. C'était pour le mieux. C'était ce qu'il se disait sans cesse.
    Étant donné qu'elle savait qu'il était Daisy, il attendrait qu'elle fît le premier pas. Si elle ne lui envoyait rien, cela signifierait qu'elle ne voudrait plus lui parler du tout. Elle allait assurément le haïr. Pourtant, le temps effacerait les traces de leur période ensemble. Elle pourrait aller de l'avant. Et aussi douloureux cela fût-il, il en ferait de même, quand bien même il ne s'en sentait actuellement pas capable.
    Kurosaki sortit de la pièce sans se retourner en prenant soin de bien refermer la porte. Il passa une main sur son visage avant d'entendre les talons de Riko résonner dans le couloir. Il la retira puis posa ses yeux bleus sur elle. Ils se regardèrent longuement, avant qu'elle ne hochât la tête en signe de compréhension. Elle prendrait soin de Teru, coûte que coûte.
    Tasuku se dirigea vers la sortie, en lui murmurant un merci au passage. Puis, il disparut.

    Riko resta immobile dans le couloir encore quelques instants, avant d'entrer à nouveau dans la chambre. Elle se sentait mal de l'avoir en quelque sorte forcé à partir. Teru en souffrirait, même si elle serait à ses côtés pour surmonter cette épreuve. Quand bien même, elle n'était pas Kurosaki.
    L'ancienne fiancée du frère de la victime remarqua la lettre posée sur la petite table puis chercha son portable afin d'effacer à distance les traces du téléphone de Kurosaki qu'ils avaient volé. Elle possédait quelques bases de hacking, elle était au moins capable de faire cela. Il ne fallait pas que ces personnes cherchent dans ses contacts pour ensuite attaquer des innocents. C'était le moins qu'elle pût faire.
    Des gémissements attirèrent son attention. Teru se réveillait. Riko ne savait pas vraiment comment réagir. Elle n'avait pas encore prévu quoi dire à son réveil, cela lui paraissait si soudain. Elle la laissa reprendre ses esprits, jusque là elle avait le temps de finir d'effacer son répertoire. Il y avait eu bien assez de victimes.
    Après avoir accompli sa tâche, Onizuka reporta son attention sur Teru qui ouvrit lentement les yeux en les clignant. Puis, soudain, sans crier gare, elle porta ses mains à sa tête en gémissant. Le docteur avait signifié qu'elle s'était bien cognée et qu'elle aurait mal encore un moment.
    « Teru, tu vas bien ? Réponds-moi !
    - Ri-Riko ? »
    Teru ouvrit à moitié ses yeux verts avant de les écarquiller en regardant furtivement autour d'elle pour finir avec ses mains qu'elle semblait fixer d'un air terrifié. Sa réaction inquiéta son aînée. Était-ce les séquelles que le docteur avait évoquées ? Que lui arrivait-il ?
    « Mes… Mes yeux… »
    Riko se précipita dans le couloir à la recherche d'une infirmière, d'un docteur, n'importe qui, qui serait en mesure d'aider l'adolescente blessée. Qu'arrivait-il à ses yeux ? Elle se posa la question maintes fois dans sa tête tandis qu'un docteur l'examinait. Et le détail de son état qu'il lui transmit lui glaça le sang. Surtout quand il l'informa que c'était irréversible.
    Après que le docteur fut parti, Teru semblait essayer de s'adapter à sa nouvelle situation, avec ces yeux blessés. Riko resta là en silence lorsqu'elle se souvint de la présence de la lettre. Était-ce le moment de la mettre au courant ? De toute façon elle finirait par le savoir, elle ne faisait qu'écourter l'instant. Il ne servait à rien de le cacher. Alors, elle se lança.
    « Teru, Tasuku a lai…
    - Qui est Tasuku ? »
    Riko la regarda, les yeux écarquillés. Elle plaisantait, n'est-ce pas ? Cela ne pouvait pas se produire… Teru la fixa quelques instants, avant de détourner la tête et d'examiner la chambre dans laquelle elle se trouvait. Cet environnement quelque peu nouveau ne semblait pas la mettre à l'aise. Dans les éventuelles séquelles, le médecin n'avait pas cité une amnésie potentielle. Cependant, elle préférait vérifier.
    « Te souviens-tu de ce qui t'est arrivé ? »
    Teru secoua la tête de manière à lui signifier que non. Riko s'approcha doucement et prit la lettre de telle sorte qu'elle ne s'en rendît pas compte puis la glissa dans son sac. Si elle avait oublié Kurosaki, elle ferait en sorte qu'il en reste ainsi. Elle n'avait pas besoin de souffrir inutilement. Dans sa tête, elle s'excusa infiniment auprès de lui pour ce qu'elle comptait faire. Elle avait l'intention de remodeler ses souvenirs, de tout faire pour qu'il n'eût jamais existé.
    « Tu es tombée dans les escaliers. »
    Pardon, Tasuku, Teru…




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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:36



    Une éternelle journée suivait son cours. Comme les précédentes et les suivantes, le soleil se levait de bonne heure le matin pour ensuite se coucher le soir. Les élèves, après avoir ardemment attendu la fin des cours, en réprimant quelques bâillements pour certains, furent à moitié libérés une fois les heures passées dans les classes terminées, puisqu'il fallait par la suite se rendre dans leurs clubs respectifs.
    Certains élèves en étaient dispensés, pourvu qu'ils fournissent une autorisation spéciale, ce qui était le cas de Teru Kurebayashi, même si depuis quelques jours, elle se trouvait elle aussi occupée au sein du lycée l'après-midi. Ce n'était, malheureusement pour elle, pas une activité comme les autres. Elle était condamnée à pourvoir le poste de servante du gardien de l'école.
    Si elle se plaignait sans cesse de cet homme égoïste qui l'exploitait sans vergogne, elle ne pouvait nier le fait qu'elle se sentait relaxée auprès de lui, ce qui ne s'était pas produit depuis son accident, lorsqu'elle se trouvait à ses côtés. Quand bien même elle se souhaitait, elle ne parvenait pas à le haïr. Cet homme était tout à fait détestable, pourtant.
    Néanmoins, elle avait parfois l'impression qu'il n'était pas méchant au fond. L'autre jour, alors qu'elle ne se sentait pas très bien, il lui avait pris le balai qu'elle tenait dans ses mains et l'avait littéralement forcée à rentrer chez elle. Sa manière d'agir n'était pas très délicate, cependant elle se plaisait à croire qu'il s'inquiétait pour elle.
    Il ne fallait toutefois pas se faire d'idées. Teru n'était pas et ne serait jamais amoureuse de cet homme. Elle n'était pas stupide au point d'aimer un type pareil, qu'est-ce que cela lui apporterait de toute façon ? Eh puis qu'elle tombât amoureuse de lui relevait de l'impossibilité : il était méchant, égoïste, égocentrique, faignant, et faisait tout pour éviter de travailler.
    Même si elle était tombée sous son charme, Kurosaki ne la verrait de toute manière jamais comme une femme mais éternellement comme une gamine, et sa petite taille ne l'aidait pas dans cette situation. En plus, pour lui elle n'était qu'une fille plate et moche, il avait explicitement signifié que seules des élèves telles qu'elle-même pouvaient devenir ses servantes.
    Enfin, c'était ce qu'elle avait entendu de la bouche des filles de sa classe, qui rêvaient toutes d'être à son service – Kurebayashi se demandait parfois si elles n'étaient pas complètement folles. Qui voudrait travailler pour un homme pareil ? Bon, d'accord, il était plutôt beau, mais seules les idiotes tentaient tous les moyens pour approcher un homme rien que pour son apparence, sans se soucier du reste.
    Teru méprisait les personnes dans ce genre ; se préoccupant simplement de l'extérieur en se moquant éperdument de l'intérieur. Il ne fallait pas s'étonner si les couples ne duraient que peu de temps actuellement. Après s'être rendu compte que l'intérieur comptait beaucoup plus que l'extérieur, ils se séparent.
    Peut-être était-ce la raison pour laquelle Teru n'avait pas forcément envie de se mettre en couple avec quelqu'un. Certainement craignait-elle de se faire des illusions et d'avoir le cœur brisé par la suite. C'était compréhensible, ou du moins elle l'estimait. Eh puis, elle n'aimait personne de toute façon.
    Quoi qu'il en soit, ses pensées ne relevaient pas de cet ordre-là à ce moment précis. Alors qu'elle balayait la cour, elle songeait à une phrase qu'on lui avait dite un peu plus tôt dans la journée dans les couloirs. Après être entrée au service de Kurosaki, elle avait reçu des remarques de jalousie, ce dont elle se moquait éperdument. Pourquoi y faire attention, cela n'en valait pas la peine.
    Toutefois, ce qu'avait prononcé cette élève se répétait en boucle dans son esprit. Elle ne savait pas exactement comment l'interpréter, et lui paraissait totalement invraisemblable, car il n'était pas logique.
    « Alors, Kurebayashi, ça ne te suffisait pas avant, il fallait que tu recommences à coller Kurosaki. »
    Cette fille sous-entendait qu'elle connaissait déjà le gardien de l'école auparavant. C'était une erreur de sa part, elle ne l'avait jamais rencontré jusqu'à une semaine plus tôt. Et pourquoi l'aurait-elle connu ? Et comment, surtout ? D'après ce qu'elle avait dit, ils auraient été plutôt proches, s'ils étaient souvent ensemble.
    Teru secoua la tête. C'était inutile de penser à tout cela, cette fille était totalement stupide et sortait n'importe quoi, dans l'espoir de la blesser moralement. Quoiqu'elle avait entendu parler rapidement de cette fille qui avait été une précédente victime un an auparavant. Était-ce elle-même ? Avait-elle été cette fameuse servante ?
    Mais enfin, à quoi songeait-elle ? Si elle avait été au service de Kurosaki autrefois, elle s'en serait souvenu, toutefois, elle avait beau y réfléchir, sa tête ne lui était même pas familière. Il était donc impossible qu'ils se fussent rencontrés avant. Justement, le fait que sa tête ne lui disait rien l'intriguait un tant soit peu. Il était le gardien de l'école un an plus tôt, ils avaient donc dû se croiser. Quoiqu'elle se moquait bien de l'identité du personnel du lycée.
    C'était inutile d'y penser plus longtemps, toutefois Teru ne pouvait s'en empêcher. Y avait-il anguille sous roche ? Admettons qu'elle eût oublié cette période de sa vie. Elle aurait été au courant, Riko lui en aurait parlé, et lui aurait le plus de détails possible. Ou pas ?
    À cet instant, elle se détesta pour ses pensées. Comment pouvait-elle seulement douter de Riko qui avait pris si soin d'elle ? Et elle n'aurait jamais fait une chose pareille. D'ailleurs, pourquoi lui cacher cette partie de sa vie, en supposant qu'elle l'avait oubliée ?
    Teru coula un regard vers Tasuku qui nettoyait les gouttières en fumant, comme toujours. Fumer était dangereux pour la santé, elle devrait lui dire. Enfin, ce n'était pas comme si elle s'en souciait vraiment. Elle retourna à son travail lorsqu'elle l'entendit jurer à cause d'un morceau de verre.
    « Qu'est-ce qu'il y a, tu t'es coupé ? »
    L'homme blond ne répondit pas puis descendit de son échelle en grognant. Ce n'était qu'un simple morceau de verre, voyons... Teru tourna la tête afin de lui proposer de se rendre à l'infirmerie afin de prendre un pansement, en estimant être trop gentille, lorsqu'elle se pétrifia à la vue qu'elle eut de la scène.
    Son sang était rouge. Rouge sang.
    Rouge dans ce monde sans couleurs.
    Ce n'était pas possible, pas lui... Il était... Vivant ? Elle était en train de rêver, ce qu'elle voyait ne pouvait pas s'avérer vrai.
    Comme prise de nausées, Teru détourna la tête en mettant une main sur sa bouche, les yeux écarquillés. Elle ne s'était pas trompée, ses yeux ne l'auraient pas induite en erreur pour ce détail majeur. Elle-même ne parvenait pas à y croire. Comment cela se faisait-il ? Que se passait-il réellement ? Pourquoi ne comprenait-elle rien ? Comment en était-elle arrivée là ?
    Elle ne le sentit pas venir près d'elle, trop perdue dans ses pensées, coupée du monde extérieur. Ce qu'elle venait de voir... Comment cela était-ce seulement envisageable ? Pourquoi sentait-elle que quelque chose lui échappait ? Pourquoi avait-elle le sentiment d'être seule, que nul n'était en mesure de l'aider ?
    « Tu te sens bien, Teru ? »
    Alors qu'il était sur le point de poser sa main sur l'épaule de l'adolescente, celle-ci se décala violemment, comme s'il portait la peste. Elle ne se sentait pas capable de lui faire face. Pas maintenant. Elle sentait qu'elle allait faire une bêtise. Il lui fallait partir, vite.
    « Il... Il faut que j'y aille. »
    Sans lui laisser le temps de répondre, Teru déguerpit à toute allure sans demander son reste. Elle ne pouvait même pas lui parler correctement. Elle ne se sentait pas le courage de rester là-bas, à faire comme si de rien n'était. Il lui fallait s'éloigner, jusqu'à ce qu'elle ait les idées claires.
    La brune ne se rendit même pas compte qu'elle avait laissé tous ses effets personnels au lycée. Ce n'était pas bien grave, elle les récupérerait le lendemain, si elle s'en sentait le courage. Et s'il n'était pas trop égoïste, peut-être que Kurosaki les lui remettrait dans son casier.
    Tasuku Kurosaki. Connaissait-elle donc cet homme ? Lui avait-on menti, depuis tout ce temps ? Riko lui aurait-elle caché une partie de sa vie ? Pourquoi ? Que s'était-il exactement passé un an auparavant ? Était-elle réellement tombée dans les escaliers ? Oui, bien sûr, il ne pouvait en être autrement.
    Si, d'après son rêve, elle avait été victime d'un accident de voiture, son médecin le lui aurait dit. Il lui aurait signifié sa perte de mémoire et l'aurait aidée à se rappeler. Si elle avait déjà rencontré Kurosaki, il aurait réagi différemment et se serait comporté comme il l'aurait fait avec une ancienne connaissance. Et ses amis, Kiyoshi, Haruka, Rena ainsi que les autres lui en auraient parlé.
    Un détail lui échappait. Quelque chose qui l'aiderait à tout comprendre. Mais quoi ? Que se passait-il réellement ? Tout le monde lui aurait-il menti ? N'était-elle entourée que de menteurs ? Ne pouvait-elle faire confiance à personne ? Comment en était-elle arrivée à ce point-là ? Comment un tel secret avait-il pu être conservé jusqu'à maintenant ?
    Vraisemblablement, Kurosaki était parti durant un an. Pourquoi ? Où s'était-il rendu ? Pourquoi était-il revenu ? Cela avait-il un lien avec sa situation actuelle ? Était-il cet homme qui conduisait la voiture ? Lui mentait-il depuis le début, lui aussi ?
    Teru ne pleurait pas. Elle n'y arrivait pas, même si elle ne le souhaitait pas. À cet instant précis, elle se sentait atrocement seule. Si une personne venait la voir en lui assurant qu'elle pouvait lui accorder son entière confiance, elle ne la croirait pas. Elle se sentait totalement perdue. Qui croire ? Pourquoi l'avaient-ils tous trahie ? Y avait-il un secret encore plus profond dont elle ne parvenait pas à se remémorer ?
    Elle voulait des réponses. Maintenant. Si on lui cachait une partie de sa propre vie, il était de mise qu'elle fût au courant. Elle souhaitait connaître la ou les raisons pour lesquelles elle n'avait jamais eu vent d'un tel épisode dans sa vie, et pourquoi tous agissaient comme si de rien n'était.
    Teru releva la tête, le regard décidé et confiant. Peu importait ce qui arrivait, elle comptait obtenir les réponses qu'elle désirait, dut-elle devenir une personne méchante et détestable. Et une personne pouvait les lui fournir. Quelqu'un qu'elle empêcherait de se défiler ou de détourner la conversation. Elle obtiendrait ce qu'elle désirait. Riko ne la tromperait plus jamais. Elle lui ferait cracher le morceau.

    Kurosaki n'avait pu que la regarder partir en courant sans parvenir à bouger tout en criant son nom à plusieurs reprises. Son regard à ce moment-là le hantait. Il avait simplement voulu s'assurer qu'elle allait bien, or elle l'avait évité comme si elle s'était brûlée. Et ses yeux avaient reflété un tel effroi... Comme s'il était devenu un monstre prêt à lui faire tout le mal du monde.
    Il émit des hypothèses expliquant sa réaction. Après son accident, elle avait probablement développé une phobie exacerbée du sang. Son comportement était poussé à l'extrême pour une coupure si mineure, pourtant il ne pouvait songer à une autre explication. Il ne voulait pas se faire de faux espoirs. Surtout qu'il ne voyait pas en quoi un peu de sang pouvait lui rendre sa mémoire perdue.
    Tasuku resta immobile plusieurs instants, fixant la sortie où elle avait disparu, puis porta son attention sur sa main blessée, comme en espérant y trouver des réponses. Il savait que Teru était amoureuse de lui auparavant, même si ces sentiments avaient à présent disparu. Mais il n'aurait jamais osé penser qu'elle le trouverait aussi... Repoussant. Elle n'avait déjà pas l'air de beaucoup l'apprécier, si en plus elle se mettait à l'éviter de la sorte...
    Il n'avait jamais désiré un tel retour. Il aimerait lui dire qu'il n'avait jamais voulu partir. Que, plus que tout, il voulait rester auprès d'elle. Mais la réalité n'était pas aussi clémente et il avait dû la quitter. En revenant, il avait été conscient que ce ne serait pas facile, toutefois il n'aurait jamais songé que la situation prendrait une telle envergure.
    Kurosaki posa son dos contre le mur en soufflant une longue bouffée de sa cigarette avant de passer sa main non blessée sur son visage. Il ne savait même plus quoi faire. Il finirait par arriver à bout, l'un de ces jours. Il n'obtiendrait jamais une petite part de ce gâteau nommé bonheur à cause de tous ses pêchés qu'il tentait en vain d'expier. Il avait tout foutu en l'air depuis le début.
    Il savait pertinemment que jamais il n'obtiendrait ce qu'il désirait le plus, c'est-à-dire Teru à ses côtés. Quand bien même il le souhaitait, elle lui resterait toujours inaccessible, maintenant plus qu'avant. Car il avait tout gâché. Le petit bonheur qu'il avait entretenu un an plus tôt s'était envolé pour toujours.
    « Tu ne te souviendras pas, peu importe combien je le souhaite, n'est-ce pas, Teru ? »

    Cela faisait environ deux heures que Teru était immobile, assise dans la cuisine, les mains posées sur la table. Elle attendait sans bouger le retour de Riko. Elle entendait bien entretenir une discussion sérieuse avec elle à laquelle elle n'échapperait pas.
    Elle ne s'ennuyait pas. Elle réfléchissait. Elle mettait ses idées au clair depuis deux heures qu'elle se trouvait là. Il y avait plein de choses auxquelles penser. Elle se posait des questions sur Kurosaki. S'ils se connaissaient, quelle relation entretenaient-ils ? Était-ce seulement un lien de maître à servante ?
    Si son rêve était réel, cela signifiait qu'elle n'était pas tombée dans les escaliers, ce qui expliquait pourquoi elle n'en avait aucun souvenir. On ne lui avait pas seulement caché son amnésie, on lui avait menti sur son accident qui avait entraîné toutes ces séquelles.
    Au fond d'elle-même, Teru était soulagée de savoir qu'il n'était pas mort. Pourtant, elle était persuadée de ne pas avoir senti sa respiration. S'était-elle trompée à ce moment-là ? Peu importe, il était vivant. Il était vivant... Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentait ôtée d'un énorme poids. Elle se sentait plus légère quant au fait de ne plus avoir de mort sur la conscience.
    L'adolescente se demandait quand même quelle avait été sa relation avec cet homme. Elle avait entendu dire qu'il avait vingt-cinq ans, ce qui leur faisait huit ans d'écart. Si elle se fiait à son rêve, elle pouvait jurer être, ou du moins avoir été amoureuse de lui. C'était assez surprenant pour elle de l'admettre. Toutefois, étaient-ils seulement en couple à ce moment-là ?
    Elle avait beau y réfléchir, aucun souvenir ne resurgissait. Peu importait à quel point elle fouillait dans sa mémoire, rien ne lui semblait familier. De plus, cette colère récurrente l'avait toujours dissuadée d'aller plus loin.
    Toutefois, à ce moment précis elle se moquait bien à quelle point elle s'énervait, pourvu qu'elle découvrît la vérité. Elle comptait bien aller le plus loin possible, tant pis si elle finissait enragée. Cela ne comptait pas maintenant.
    Teru avait toujours été reconnaissante envers Riko pour avoir pris soin d'elle alors que son frère ne lui avait pas laissé d'argent et lui avait simplement légué un téléphone. Seulement, la question était, pourquoi juste un téléphone ? Il était un informaticien compétent, il avait de l'argent de côté qui avait disparu. Avait-il caché ses travaux dans ce téléphone qui avait été cassé dans l'accident ?
    Sôichirô, à sa connaissance, ne lui en avait jamais parlé. L'avait-il fait à son insu afin que quelqu'un le récupérât plus tard, le moment venu ? Si c'était le cas, alors son plan était tombé à l'eau, à présent que le téléphone avait probablement été jeté et qu'elle ne l'avait de toute façon plus revu depuis l'accident.
    Teru sentait qu'elle se trompait, sans pouvoir expliquer pourquoi. Voyons, un téléphone, à la base, servait à contacter d'autres gens. Lui avait-il confié le numéro d'une personne à contacter en cas de besoin ? Comme Riko ? Ou bien quelqu'un d'autre ? Quelqu'un qu'elle n'aurait jamais vu ? Aurait-il demandé à quelqu'un de prendre soin d'elle ? Avait-elle...
    Ses pensées furent interrompues par la porte d'entrée qui venait de se refermer. Riko était de retour. Comme d'habitude, elle allait regarder le courrier en marchant jusqu'à la cuisine où elle l'attendait de pied ferme.

    Depuis sa visite chez le docteur la veille, Riko avait beaucoup réfléchi. En révélant la vérité à Teru, elle allait sans aucun doute possible attirer sa haine. Elle l'éviterait certainement, en se sentant trahie. Surtout qu'elle n'était pas la seule à le lui avoir caché. Sôichirô en était à l'origine et le lui avait caché toutes ces années durant. Il aurait dû emporter le secret dans sa tombe mais le lui avait confié de son vivant.
    Son ancien fiancé allait probablement lui en vouloir lui aussi, si elle mettait Teru au courant. Toutefois, elle assumerait les conséquences. Si Sôichirô lui en avait parlé, peut-être sous-entendait-il en même temps qu'elle pourrait le lui révéler le moment venu. Et cet instant était arrivé.
    En l'apprenant, Teru souffrirait. Néanmoins, Kurosaki serait présent à ses côtés de manière à la soutenir et l'aider à aller de l'avant. Elle était prête à disparaître de sa vie si elle le lui demandait, si ses mensonges l'avaient trop dégoûtée, au point qu'elle ne voulût plus jamais la voir. Tant que Tasuku était là, elle accepterait tout. Tant qu'ils pussent enfin être heureux, tous les deux.
    Toute la journée, Onizuka avait cherché la personne principalement concernée par ce secret. Cette dernière ne s'était pas attendue à ce que cette histoire refît surface après toutes ces années et Riko avait eu du mal à lui parler, même si elle avait simplement souhaité discuter de Teru – dont elle ignorait d'ailleurs le nom, et lui sous-entendre que le passé refaisait toujours surface.
    Riko regarda distraitement les lettres lorsqu'elle entra dans la cuisine où se trouvait Teru, assise droite, l'air grave. Cette situation ne lui inspirait rien de bon, cependant elle ne dit mot, la laissant engager la conversation si elle avait quelque chose à annoncer. Teru leva ses yeux verts qu'elle planta intensément dans les siens.
    « Que s'est-il exactement passé il y a un an ? »
    La jeune femme écarquilla les yeux. Elle ne s'était pas attendue à une telle question. La brune se souvenait-elle de cette partie de sa vie oubliée ? À bien y réfléchir, certainement pas. Elle avait dû entendre des rumeurs au sein de l'école, vu que son histoire avec Kurosaki s'y répétait. Quel idiot, n'avait-il donc pas songé à ce détail ?
    Tout cela avait dû lui mettre la puce à l'oreille et elle se posait des questions en conséquence. Riko examina la situation : elle allait finalement devoir lui révéler ce secret plus tôt que prévu. Ce n'était certainement pas plus mal, elle avait songé à maints scénarios, sans savoir où trouver la force de lui avouer la vérité.
    « Teru... Avant ça, il faut que je te parle de quelque chose...
    - Non, j'en ai assez ! Qu'est-ce que vous me cachez tous ? Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas d'une partie de ma vie ?! Pourquoi est-ce vous m'avez tous trahie ?! Je veux des réponses, je...
    - Teru, ta mère est vivante. »




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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Jeu 22 Déc 2011 - 10:38



    Pourquoi rester avec des parents avec lesquels il est impossible de s'entendre ? Pourquoi vivre dans cet enfer quotidien alors que le monde est si grand ? Elle avait des ailes et ne souhaitait que les étendre afin de s'envoler au loin...
    Ce fut ce que Kaoru fit. Elle ne s'était jamais très bien entendue avec ses parents, et avait fini par prendre sa décision un jour de ses seize ans. Après avoir rassemblé quelques affaires et récupéré une certaine somme d'argent, elle sortit de chez elle, une nuit, pour ne plus jamais revenir.
    Elle avait planifié son départ pendant des mois, avide de s'en aller, de ne plus jamais revoir ces êtres qui l'avaient conçue mais qui ne l'aimaient pas suffisamment. Une sorte de haine mutuelle s'était établie entre les trois ; il était clair que l'un d'entre eux devait partir, et c'était elle qui se dévouait, non sans soulagement.
    Ses journées se rythmaient par des reproches incessants, des hurlements de rage pour trois fois rien et l'impossibilité d'entretenir une conversation décente. Ses amies ne pouvaient pas la comprendre, ne vivant pas cela chez elle. Kaoru n'avait d'ailleurs prévenu aucune d'entre elles, elle ne leur faisait pas assez confiance pour garder ce secret et elles finiraient par cracher le morceau.
    Peut-être que ses parents la rechercheraient. Elle n'en savait rien. Toutefois, s'ils essayaient, ce serait juste pour l'apparence. Si elle faisait marche arrière et retournait dans cette maison, tout serait encore pire. Et elle désirait plus que tout éviter cette vie puis s'en construire une autre.
    N'ayant que seize ans, Kaoru avait tout fait pour avoir l'air plus adulte afin qu'on la laissât en paix. Elle avait mis des vêtements plus féminins en évitant de ne pas trop attirer l'attention non plus, s'était coupé les cheveux et avait mis une dernière touche de maquillage. Malheureusement pour elle, elle n'était pas bien grande, mais, heureusement, sa forte poitrine l'empêchait d'être confondue avec une collégienne.
    L'adolescente marcha jusqu'à la gare où elle acheta un billet pour le premier train, impatiente de partir. Elle n'avait pas prévu de destination précise, où on risquerait de la retrouver. Elle souhaitait simplement disparaître. Qu'on la laissât tranquille. Cela arrangerait tout le monde.
    Kaoru avait pris suffisamment d'argent pour vivre environ un mois, le temps de trouver un travail. Si elle mentait sur son âge, elle ne devrait pas avoir de soucis. Une fois arrivée, elle se mettrait à la recherche d'un endroit où dormir ; un petit studio serait l'idéal. Elle n'aurait certes pas un emploi très qualifié, néanmoins au fil du temps elle gravirait des échelons, elle en était persuadée.
    Tant que personne ne se mettrait en travers de sa route, tout irait bien...
    Son voyage en train dura trois heures, le soleil commençait à se lever lorsqu'elle arriva à destination. Kaoru était complètement lâchée dans la nature. Elle ne trouverait assurément pas de studio dans la journée et serait forcée d'aller dans un hôtel pour quelques jours. Mais cela ne l'empêchait tout de même pas de rechercher un travail.

    Plus d'un an passa. Si Kaoru était partie plutôt optimiste, elle avait compris que tout n'était pas simple. Elle avait enchaîné plusieurs petits boulots, ses employeurs finissaient toujours par devenir méfiants quant à son âge et il lui fallait encore attendre un petit peu plus de trois ans avant d'avoir vingt-et-un ans. Lorsqu'on commençait à lui poser trop de questions, elle partait.
    Trouver un logement ne s'avéra pas être une tâche facile. Les studios étaient prioritairement pour les étudiants, ce qu'elle n'était et ne serait jamais. Par chance, Kaoru avait fini par en trouver un en banlieue. Il était petit et plutôt délabré, cependant elle ne pouvait pas se permettre un loyer plus cher.
    Ses fins de mois étaient difficiles, il lui arrivait de ne pas beaucoup manger afin de ne pas se faire expulser. Si elle perdait son appartement, elle tournerait mal. Elle finirait à la rue, on la renverrait. Et, cela, elle ne pouvait pas le permettre.
    Toutefois, pour rien au monde Kaoru ne retournerait chez ses parents qui n'avaient même pas essayé de la retrouver. Elle avait sa propre fierté et ne comptait pas se rabaisser à ce niveau. Elle ne leur manquait absolument pas, en fait, ils devaient même être soulagés qu'elle fût partie. En conséquence, elle se refusait de songer à ces êtres sans cœur. Ils n'avaient jamais été en mesure de la comprendre, ils ne méritaient pas sa tristesse.
    S'ils l'avaient souhaité, ils l'auraient retrouvée immédiatement. En effet, elle avait conservé son nom de famille puisqu'elle ne pouvait pas le changer. Son loyer était au nom de Kaoru Takashi, ses employeurs le connaissaient aussi. Peut-être l'avait-elle inconsciemment gardé de manière à ce qu'ils tentassent de la retrouver et de faire la paix, même si elle ne l'admettrait jamais.
    Sa vie sociale était néanmoins très limitée ; elle n'avait pas le temps de sortir et n'était pas une étudiante, ce qui l'empêchait de fréquenter essentiellement des jeunes de son âge. Kaoru aurait pourtant voulu juste un ami qui pourrait l'écouter.
    Surtout après la plus grosse bêtise de sa vie.
    Pour une fois, il lui restait un peu d'argent de côté, et, après avoir traîné un moment dans les rues en se demandant quoi faire, elle était tombée sur un bar qui n'avait pas l'air trop glauque. L'adolescente n'avait presque jamais bu d'alcool, sans doute son ignorance à ce sujet l'avait-elle poussée à tenter de boire un verre. Puis un autre. Pour ensuite faire quelque chose qu'elle regretterait le restant de ses jours.
    Kaoru n'avait que de vagues souvenirs de cette soirée. Elle avait discuté avec l'homme à côté d'elle qui paraissait être un habitué, et, ce dont elle était sûre, c'était qu'ils ne s'étaient pas quittés de la soirée. Personne n'avait besoin de dessin pour comprendre ce qui arrivait généralement avec deux personnes saoules de sexe opposé.
    Le lendemain matin, Kaoru eut sa première expérience de gueule de bois qui la garda dans les vapes pendant une bonne demi-heure après son réveil. Ce ne fut qu'au moment de se lever qu'elle se rendit compte qu'elle ne portait rien sur elle. Ce détail la réveilla immédiatement, en la faisant paniquer au passage. Que s'était-il passé ?
    Elle regarda autour d'elle pour se rendre compte qu'il n'y avait personne. Ses vêtements, cependant, se trouvaient un peu partout par-terre. Elle se doutait de ce que cela signifiait, néanmoins elle n'osait pas y penser, ne le voulait sûrement pas. Même si son corps lui fournit plus d'informations qui l'empêchaient de nier la vérité.
    Kaoru fourra son visage dans ses mains, se demandant s'il ne s'agissait pas là tout simplement d'un mauvais rêve, même si elle savait pertinemment que c'était faux. Elle ne connaissait même pas l'identité de cet homme, elle ne se souvenait même pas de son visage ! Il lui semblait bien qu'il était nettement plus vieux, mais c'était tout. Pourquoi se souciait-elle seulement de qui il était ? Elle n'avait aucune intention de le revoir, ah, ça, non !
    Elle attendit de se calmer puis sortit de son lit en se pressant d'avaler une aspirine, espérant que cet affreux mal de tête passerait bien vite. Elle ramassa machinalement ses vêtements éparpillés un peu partout puis remarqua qu'il y avait quelque chose dans l'une des poches de son pantalon.
    Intriguée, Kaoru y plongea sa main puis en ressortit une carte de visite. « Haruse Kurebayashi » lisait-on dessus, avec une adresse ainsi qu'un numéro de téléphone. Elle connaissait à présent l'identité de cet homme. Elle fixa ce qui était écrit un moment avant de froisser le papier puis de le balancer par-dessus son épaule. Elle n'en avait rien à faire, puisqu'elle ne le reverrait plus jamais.
    Si seulement elle savait à quel point elle se trompait.
    Un mois plus tard, le verdict tomba. Elle était enceinte. La nouvelle l'avait totalement démolie, elle avait cogné les murs jusqu'à en avoir les mains en sang. Qu'avait-elle fait pour mériter un sort pareil ? Pourquoi elle ? Et pourquoi ce n'était pas l'homme qui portait l'enfant, pour une fois ?
    Kaoru avait dès lors envisagé plusieurs solutions. L'avortement était hors de sa portée au niveau financier, de plus elle n'était même pas majeure, et une présence parentale était obligatoire. Jamais de la vie elle ne retournerait auprès de ses parents en rampant de la sorte. Elle se débrouillerait seule.
    S'infliger des blessures physiques ne garantissait pas la mort du bébé, de plus elle risquait de se faire plus mal elle-même et d'avoir des séquelles plus graves. Elle ne pouvait demander de l'aide à personne, puisqu'elle n'avait aucune connaissance. Elle était livrée à elle-même.
    Il ne lui restait plus qu'une solution : garder l'enfant.
    Néanmoins, elle ne comptait pas le conserver après la naissance. Elle pourrait le faire adopter, de nombreux couples dans l'incapacité d'enfanter se battraient pour l'avoir. En tous cas, il était hors de question de l'élever elle-même. Comment s'en sortir financièrement ? Surtout qu'elle ne voulait pas d'enfants.
    Kaoru réfléchit quant à sa situation actuelle : elle travaillait dans une société de téléphonie et restait assise toute la journée, elle pourrait donc continuer à travailler le plus tard possible, puisque ce n'était en rien éprouvant. Étant donné qu'elle ne garderait pas l'enfant longtemps, elle comptait bien reprendre le travail le plus vite possible. Négocier deux ou trois semaines de repos ne devrait pas compromettre son poste.
    Les mois s'écoulèrent. Lorsque la jeune femme fut sur le point de contacter un organisme d'adoption, une autre idée lui vint à l'esprit : donner l'enfant au père. Après tout, il avait sa part de responsabilité dans cette histoire. Elle possédait son nom ainsi que son adresse, mais lui ne savait sûrement rien d'elle. Il ne pourrait pas tenter de lui rendre le bébé.
    Cette idée lui plut fortement. Elle paierait jusqu'à la naissance, puis le père prendrait le relais. Elle ne pouvait de toute manière pas se permettre de garder un enfant dont elle ne voulait même pas. Le père pourrait lui raconter ce qu'il souhaitait, puisqu'elle ne serait qu'un fantôme inexistant dans leur vie.
    Huit mois passèrent, Kaoru se retrouva forcée d'accoucher. Elle était soulagée de se libérer de ce fardeau. Elle avait entendu dire que les accouchements étaient douloureux, cependant elle n'avait pas imaginé souffrir à ce point. Elle avait été dans l'incapacité de bouger pendant quelques jours après.
    Lorsqu'on lui proposa de porter le bébé après sa naissance, elle refusa. Après l'avoir considéré comme ce qui avait gâché sa vie durant toute sa grossesse, elle ne souhaitait prendre le risque de s'attacher à ce petit être. De toute façon, comment pouvait-elle seulement aimer un enfant après le manque d'amour que lui avaient porté ses parents ? Elle ne pouvait pas être mère.
    C'était une fille. Elle pleurait fort. Kaoru la regarda de loin, incapable de la prendre dans ses bras. Elle ne savait pas pourquoi, néanmoins elle avait envie de pleurer. Sans doute parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait jamais aimer ce bébé innocent qui grandirait sans sa mère sans n'avoir rien demandé. Mais c'était mieux ainsi.
    D'ici quelques jours, elle donnerait l'enfant au père et n'entendrait plus jamais parler de cette histoire de toute sa vie. Il lui fallait juste tenir bon le temps de récupérer et de transmettre la petite fille. Puis, comme toujours, elle continuerait sa vie. Le père l'aimerait mieux qu'elle-même. Il avait probablement déjà des enfants. La petite aurait des frères et sœurs avec qui jouer. Elle serait heureuse avec lui. Après tout, Kaoru avait hérité de l'absence de cœur de ses parents.
    Kaoru sortit de la maternité une semaine plus tard. Elle ne prit même pas la peine de passer par chez elle et se dirigea vers la maison du père. Il ne se souvenait probablement plus d'elle, cependant elle s'en moquait bien. Il allait élever le bébé, c'était tout. Elle n'avait même pas pris la peine de la nommer. Plus que tout, elle avait évité de la prendre dans ses bras.
    La jeune mère âgée de dix-huit ans sonna à la porte puis découvrit un homme d'une bonne quarantaine d'années. Elle n'avait pas besoin de confirmation, elle était persuadée que c'était le père. Elle tendit le maxi-cosi où se trouvait le bébé.
    « Voici votre fille. Faites-en ce que vous voulez, moi je n'en veux pas. »
    Sans même attendre une réaction quelconque de la part de l'homme, Kaoru la posa par-terre puis s'éclipsa, en se persuadant qu'elle était débarrassée de ce problème dont elle n'entendrait plus jamais parler de sa vie...

    Depuis la mort de sa femme, Tomoe, trois ans plus tôt, il était fréquent pour Haruse de boire un peu trop. Il laissait leur fils Sôichirô, qui avait onze ans lors du décès de sa mère, seul pendant parfois deux jours, jusqu'à ce que la police le retrouvât dans la rue, complètement ivre. Élever les enfants, c'était le rôle de la mère. Haruse ne voulait pas s'ennuyer avec cela.
    Le père et le fils ne communiquaient que peu. Sôichirô avait appris à se débrouiller seul et était bien plus mature que les jeunes de son âge. Il avait à présent quatorze ans et vivait sa vie indépendamment de celle de son père. Ce dernier ne ramenait jamais de femme à la maison et, aussi surprenant cela paraissait-il, il s'était rarement réveillé dans le lit d'une autre.
    En réalité, cela s'était produit trois fois. Haruse ne connaissait l'identité d'aucune d'entre elles, cependant il donnait toujours sa carte de visite – une habitude qu'il avait conservée après s'être fait renvoyer de son travail en raison de l'alcool.
    Aucune d'entre elles n'avait cherché à le revoir, jusqu'à celle-là. C'était la deuxième, s'il se souvenait bien. Il n'avait conservé que quelques vagues images d'elle. Elle avait paru bien jeune et peu habituée à l'alcool. Lui-même avait déjà bu quelques verres, ce qui avait favorisé le contact. Ensuite, le lendemain matin, il s'était réveillé dans un lieu inconnu puis s'était éclipsé.
    Toutefois, Haruse ne s'était jamais attendu à une telle visite. Il regarda le petit enfant qui dormait encore. C'était sa fille ? La bonne blague ! Il tenta de rattraper la jeune femme, pourtant elle avait déjà disparu de son champ de vision. Il ne connaissait même pas son nom. Cependant, il ne comptait pas s'embarrasser avec un bébé.
    Haruse saisit la petite fille puis se dirigea vers la chambre de son fils dans laquelle il entra sans prendre la peine de frapper. Sôichirô, surpris de sa visite surprise, et encore plus de l'invitée, le fixa avec des yeux ronds, attendant une explication.
    « Voilà ta sœur. Occupe-t-en, je n'ai pas que ça à faire. »

    Si on lui avait dit qu'il aurait un jour une petite-sœur, Sôichirô n'y aurait jamais cru. Il avait déjà quatorze ans et avait compris ce qui s'était passé l'une de ces nuits où son père était ivre. Déjà qu'il n'appréciait pas son père, là il le détestait. Ce n'était rien qu'un lâche. Il l'avait délaissé totalement après la mort de sa mère et ne prêtait pas la moindre attention à ce nouveau-né.
    L'adolescent regarda le bébé qui dormait. Il avait donc une sœur ? Il approcha un doigt et caressa sa petite joue. Elle était si minuscule... Il avait rarement vu de bébés, il ne savait pas vraiment comment faire. Il remarqua un sac contenant de la poudre pour le lait ainsi que quelques couches.
    Et la mère dans cette histoire ? Qui était-elle ? Pourquoi n'avait-elle pas gardé le bébé ? Tout fut clair dans son esprit : aucun des parents ne voulait de ce bébé. Qu'avait-elle fait pour mériter un sort pareil ? Il les détesta tous les deux. Avaient-ils seulement songé à cette petite ?
    Le nourrisson se mit à chouiner. Sôichirô, pris au dépourvu, se demanda comment la prendre dans ses bras. Doucement, il la souleva pour passer une main dans son dos puis porta l'autre derrière sa tête – il avait entendu dire qu'il fallait toujours la supporter -, puis la serra délicatement contre lui. Le bébé pleura un peu sous l'effet du réveil puis se calma bien vite.
    Possédait-elle seulement un nom ? Son père ne lui avait rien précisé. Sôichirô chercha dans le sac s'il y avait le moindre papier, or il ne trouva rien. Il ne connaissait même pas la date exacte de naissance. Si nul ne portait la responsabilité, alors il choisirait.
    « Coucou, Teru, je suis ton grand-frère, Sôichirô. »
    Dès lors, Sôichirô fut le seul à s'occuper de Teru. Haruse n'avait même pas l'air de se rendre compte de son existence et continuait de vivre comme à son habitude, traînant dans les bars. Teru ne méritait pas de tels parents. Il prit la fâcheuse habitude de lui mentir. Il lui fit croire qu'ils avaient la même mère, Tomoe Kurebayashi.
    Cette dernière était morte trois ans avant la naissance de Teru, néanmoins il lui fit croire qu'elle était décédée juste après avoir donné naissance. Haruse, de son côté, finit par connaître les conséquences désastreuses de l'alcool et mourut lorsque Teru avait trois ans. Au moins, elle n'aurait pas le temps de se souvenir d'un père aussi déplorable.
    Teru n'avait pas besoin de parents qui ne voulaient pas d'elle. Son grand-frère était suffisant. Sôichirô adorait sa sœur. Il était le seul à l'élever et veillait sur elle à chaque instant. Il voulait lui offrir la meilleure vie possible, une vie où elle n'aurait pas à se soucier de ces parents indignes. Si la mère biologique tentait de la récupérer un jour, il l'en empêcherait.
    Jusqu'à son dernier instant, Sôichirô prit soin de Teru, la confiant ensuite à celui qu'il considérait comme un frère. Tasuku n'était au courant de rien, il n'avait confié ce secret qu'à une personne, celle qu'il aimait. Il savait que si elle le révélait un jour, ce serait pour la bonne cause. Car, il lui faisait confiance...




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Resha Tsubaki
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MessageSujet: Re: Juste trop tard [13+]   Lun 16 Jan 2012 - 11:22



    Teru, pétrifiée, fut incapable de répondre pendant quelques instants. Mais de quoi parlait-elle ? Sa mère était morte à sa naissance, il était impossible qu'elle fût vivante. Et pourquoi lui parlait-elle de cela, tout d'un coup ? En quel honneur ? Pourquoi n'avait-elle pas répondu à sa question ? Que se passait-il ?
    L'idée que sa mère qu'elle n'avait jamais connue fût en vie quelque part ne lui avait évidemment jamais traversé l'esprit. Et si c'était le cas, pourquoi Riko était-elle au courant alors qu'elle-même n'en savait rien ? Et Sôichirô, dans cette histoire ? En avait-il connaissance alors qu'il était vivant ? Mais que lui cachait-on au fond, bon sang ?! Et quel était le lien avec son accident ?
    « Que... Quoi ? Mais...
    - Teru, il faut que tu m'écoutes. C'est très important. »
    Leurs voix tremblaient. Teru ne comprenait plus rien. Riko, de son côté, tenta de lui raconter cette sombre histoire du mieux possible. Sôichirô lui avait tout confié quelques années avant sa mort. Lorsqu'il avait commencé à bien maîtriser l'informatique, il avait recherché l'identité de cette femme. Il avait hacké les systèmes informatiques des maternités, à la recherche des certificats de naissance délivrés à une période donnée.
    Il avait noté les noms puis cherché leur statut actuel. La quasi-totalité était en vie, certains étaient décédés quelques années plus tard, d'autres avaient été adoptés ou mis dans des orphelinats après le décès des parents.
    Cependant, un dossier attira son attention. Une jeune femme, Kaoru Takashi, n'avait pas mis le nom du père. Et en cherchant dans ses informations actuelles, il ne trouva aucune trace d'enfant, comme si elle n'avait jamais accouché. Il découvrit seulement un congé de trois semaines qui correspondait à la période de la naissance de Teru.
    En voyant la photographie de la jeune femme, il n'eut aucun doute : il s'agissait bien là de la mère de sa petite-sœur, alors âgée de six ans seulement. Elles possédaient les mêmes yeux ainsi que la même forme de visage. Kaoru n'avait elle-même que vingt-quatre ans. Ainsi, son père préférait les plus jeunes ?
    Sôichirô n'entra pas en contact avec cette femme, mais conserva tout de même son dossier. Elle avait pris sa décision six ans plus tôt en leur confiant le bébé sans même lui avoir donné de nom. Elle n'avait même pas tenté de prendre contact avec eux afin de prendre des nouvelles de Teru. Elle était sans cœur. Sans l'avoir rencontrée, il la détestait déjà. Il protégerait sa sœur de cette femme.
    S'il avait confié Teru ainsi que ses travaux à Tasuku, il avait donné à Riko son plus gros secret. Tout dépendait d'elle. Il n'avait pas favorisé son meilleur ami au détriment de sa petite-amie, il ne se le serait pas permis. Car, après tout, il l'aimait énormément, même si son monde avait tendance à tourner autour de Teru.
    Riko le comprit à cet instant. Elle s'était toujours sentie délaissée, notamment lorsqu'il avait transmis ce qui lui était quasiment de plus précieux à Kurosaki. Elle-même n'avait rien hérité. Sôichirô avait vraisemblablement prévu qu'elle entrât dans la vie de Teru tôt ou tard, et que viendrait un jour où elle devrait certainement choisir de révéler ce secret.
    Elle se moquait bien d'être haïe par Teru par la suite. Elle venait de se rendre compte que Sôichirô ne l'avait pas laissée de côté. Elle avait pu protéger ce qu'il avait de plus précieux à sa façon. Il lui était bizarre d'imaginer qu'une femme du même âge qu'elle était la mère de cette adolescente. Si elle pouvait, elle la remplacerait, car Teru était aussi devenu l'une des choses qu'elle chérissait le plus.
    Riko ne s'attendait pas à être pardonnée pour avoir caché un tel secret. Teru allait se sentir affreusement trahie, d'autant plus que son frère avait modifié l'histoire de la famille afin qu'elle n'eût pas le moindre soupçon. Sôichirô s'était réellement dévoué corps et âme pour son bien, elle espérait qu'elle le comprendrait un jour.
    Elle faisait cela pour son bonheur. Peu importait si elle la détestait par la suite, tant qu'elle était en mesure d'être heureuse avec Tasuku. Tous deux avaient assez souffert, il était grand temps d'alléger le poids qu'ils portaient sur leurs épaules. Elle tâcherait de faire en sorte qu'il n'oubliât pas qu'il avait une dette envers elle à présent.
    Le visage de l'adolescente s'assombrit et avait toutes les raisons de l'être. Teru écoutait le récit de Riko sans la regarder dans les yeux, comme si elle fixait le vide, d'un air sombre. Elle ne prononçait mot tandis qu'elle apprenait cette histoire qu'on lui avait caché tant d'années. Elle avait du mal à réaliser l'importance de cette information.
    Sa mère était vivante.
    Durant toutes ces années, alors qu'elle croyait que sa mère était une autre femme, elle était en vie quelque part dans le monde, probablement au Japon. Assurément tout près d'elle... Et pendant tout ce temps, elle n'avait rien su. Elle n'avait pas pu rencontrer sa véritable mère.
    On lui avait menti... Toutes ces années de mensonges de la part de tous... On lui avait fait croire qu'elle était la fille d'une femme morte trois ans avant sa naissance, et elle avait tout gobé. Elle n'avait même pas vérifié sur un papier si elle était bien décédée ce jour-là. Et Sôichirô... Comment avait-il pu lui mentir ?
    « Alors... Pendant toutes ces années, mon frère m'a menti... »
    Sa voix était grave. Teru ne parvenait pas à pleurer et n'en avait pas envie. Si Sôichirô lui avait menti, alors c'était aussi le cas de Riko. Tout le monde lui avait menti. On l'avait trahie. Elle ne pouvait faire confiance à personne. Nul ne pouvait être entièrement cru, même pas celui qui lui était le plus cher, son frère...
    Riko ne répondit pas à sa remarque et continua son histoire d'un ton plus attristé. Teru, de son côté, se posait des questions. Qui était sa mère ? À quoi ressemblait-elle ? Pourquoi ne l'avait-elle jamais revue ? Pourquoi l'avait-elle laissée chez son père pour ne plus jamais revenir ? Comment s'appelait-elle ? Sôichirô l'avait déjà rencontrée ? Complotaient-ils, tous les deux ? Et son père, dans cette histoire ? Était-il bien son père biologique, lui, au moins ?
    Une partie de ses réponses fut répondue par celle à qui elle pensait pouvoir faire confiance. Teru ne savait même pas quoi dire, que répondre, trop d'émotions l'assaillaient. Mais, plus que tout, elle se sentait trahie. Affreusement trahie. Elle sentait qu'elle ne pouvait plus croire qui que ce fût, puisqu'au final ceux près d'eux s'avéraient être les pires des traîtres. Sôichirô...
    « Teru, je veux que tu saches une chose. il ne pensait pas à mal. Tout ce temps, il a tenté de te protéger. Je sais que c'est dur, mais, je t'en prie, ne lui en veux pas... Pardonne-lui... »
    Riko fixait Teru d'un regard suppliant que celle-ci ne pouvait que deviner, puisqu'elle ne regardait pas son aînée. Avec ces mots, elle ne songeait pas seulement à Sôichirô, mais aussi à Tasuku. Ces paroles s'appliquaient aux deux. Les deux hommes s'étaient démenés de manière à la protéger, Riko espérait sincèrement qu'elle finirait par le comprendre.
    Riko avait presque envie de pleurer, sans savoir pourquoi. Elle se sentait triste. Peut-être compatissait-elle avec Teru ? Elle comprenait ce qu'avaient ressenti ces trois personnes si liées. Le dévouement des deux hommes, le sentiment de trahison de Teru. Elle sentait bien que cette dernière ne lui parlerait certainement plus, après l'avoir trahie de la sorte, en cachant ce secret.
    « Pourquoi... Me raconter ça maintenant ? Pourquoi toi ? Pourquoi pas Sôichirô ? Pourquoi après tant d'années ? »
    Teru leva enfin les yeux vers Riko. Sa voix était encore plus grave et tremblait. Son regard suppliait qu'elle répondît à ses questions sans lui masquer la vérité. La jeune femme resta muette quelques instants, jugeant bon de ne pas tout lui révéler directement, elle devait retrouver la mémoire par elle-même. Pendant un moment, elle avait oublié que c'était là son objectif principal.
    « Il y a... Une personne qui t'aimait plus que tout. Elle a dû partir pour ton bien et en souffre. Tu ne t'en rends peut-être pas encore compte, mais elle est prête à tout pour ton bien. Alors, pour cette personne, je t'en prie, ne lui en veux pas. Pardonne-lui, elle ne mérite pas ça. »
    Teru écouta ces paroles silencieusement. Parlait-elle de sa mère ? De qui d'autre pouvait-elle parler, en même temps, avec ce sujet de conversation... Son esprit bouillonnait, elle ne savait même plus quoi penser, comment interpréter ce qu'elle venait de lui dire.
    L'adolescente ne voulait plus voir Riko. Si elle restait près d'elle, elle allait dire quelque chose qu'elle regretterait toute sa vie, et elle ne le souhaitait pas. Teru se leva subitement puis se dirigea vers sa chambre où elle s'enferma. Elle avait beaucoup à réfléchir, si bien qu'elle ne savait pas par où commencer.
    Elle s'assit par-terre, le dos contre le mur, en entourant ses jambes ramenées à la poitrine de ses mains. Elle avait envie de rester là, sans bouger, que le monde se figeât. Elle se repassa la conversation dans la tête en réalisant un élément important. Pourquoi ne l'avait-elle pas immédiatement compris ? Elle avait réalisé pourquoi elle avait été abandonnée chez son père.
    Sa mère ne voulait pas d'elle.
    Elle n'était qu'une erreur, quelque chose qui n'aurait jamais dû arriver. Elle était une nuisance, le monde se porterait mieux sans sa présence. Teru éclata d'un rire nerveux qui se transforma progressivement en pleurs. Elle laissa couler une larme qui s'en suivit par une autre, et encore d'autres.
    Elle avait raison, elle ne pouvait réellement faire confiance à personne. Même sa mère l'avait abandonnée parce qu'elle dérangeait. Son frère qu'elle adorait lui avait menti toutes ces années. Depuis sa naissance elle était victime de trahisons.
    Teru se sentait horriblement seule, comme si elle était le dernier survivant sur Terre. Le monde extérieur ne comptait plus, il grouillait de traîtres au visage innocent. Même sa propre famille lui avait menti. Ceux sur qui elle pensait pouvoir compter avaient disparu. Elle était toute seule.
    La brune repensa à sa mère qu'elle ne connaissait même pas. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander qui elle était réellement, à quoi elle ressemblait... Et, surtout, pourquoi elle l'avait abandonnée. Si elle n'était qu'une erreur, elle aurait pu avorter. Si elle n'était que quelque chose de dérangeant, elle aurait pu choisir de ne pas la mettre au monde... Au moins, elle aurait moins souffert. Elle n'aurait pas connu cet endroit horrible.
    Même si cette femme l'avait abandonnée, Teru souhaitait quand même savoir quel genre de personne elle était. Riko ne lui avait rien dit sur son nom, son âge, son occupation... Elle ne savait rien. Si elle la rencontrait dans la rue, elle ne la reconnaîtrait probablement pas. Et elle, la reconnaîtrait-elle ? Il était dit qu'une mère reconnaissait toujours son enfant...
    Teru se demandait pourquoi elle s'embêtait à y songer. Si sa mère avait souhaité la revoir, elle serait allée à sa rencontre. Sôichirô l'en avait-il empêchée ? Toutefois, il était mort depuis trois ans, elle aurait pu prendre contact avec elle depuis tout ce temps...
    Il fallait bien regarder la vérité en face. Sa mère ne désirait aucun contact. Elle ne la considérait sûrement pas comme sa fille et avait dû l'oublier depuis longtemps. Elle s'était sans doute mariée et avait probablement eu des enfants de son côté.
    Quelle ironie, pendant trois ans elle avait cru qu'elle n'avait plus aucune famille, et voilà qu'elle apprenait que c'était faux. Si cela se trouvait, elle avait des petits-frères et des petites-sœurs qui, eux non plus, n'étaient pas au courant de son existence. Seule la mère savait tout.
    Un nouveau rire nerveux, très faible cette fois, s'échappa de sa gorge. Elle releva la tête qu'elle appuya contre le mur. La brune ne savait même plus quoi penser de cette situation. Devait-elle quand même aimer sa mère, pour la seule raison qu'elles partageaient le même sang ? Cette justification lui parut stupide.
    Teru ferma les yeux un moment, tentant de se calmer. Pourquoi s'énerver pour cette personne qui n'en valait même pas la peine ? Pourquoi se sentir triste pour quelqu'un qui se fichait éperdument de ce qui pouvait lui arriver ? Ces pensées ramenèrent de nouvelles larmes. Celle-ci se frotta les yeux, bien décidée à ne pas craquer. Cependant, le pire, dans cette histoire, était qu'elle ne pourrait plus jamais faire confiance à qui que ce fût.
    « Aide-moi, Daisy... »
    Son corps se pétrifia. Hein ? Qui était Daisy ? Devenait-elle folle ? Qu'est-ce que cela pouvait bien faire, de toute façon... Le monde se moquait bien que la misérable personne qu'elle était devienne folle. Elle n'avait personne sur qui s'appuyer, dorénavant. Ses amis la trahiraient certainement bientôt à leur tour.
    Cette pensée la stupéfia. Avec cette nouvelle, elle en avait oublié son but principal lorsqu'elle était revenue ici. Comment avait-elle pu laisser Riko la détourner de son objectif ? Pourquoi lui avait-elle raconté ce secret à la place ? Que cachait-elle encore ? Elle était forcément au courant de ce qui lui était arrivé un an plus tôt.
    « Il y a... Une personne qui t'aimait plus que tout. Elle a dû partir pour ton bien et en souffre. Tu ne t'en rends peut-être pas encore compte, mais elle est prête à tout pour ton bien. Alors, pour cette personne, je t'en prie, ne lui en veux pas. Pardonne-lui, elle ne mérite pas ça. »
    Ces paroles résonnèrent dans sa tête. Il y avait anguille sous roche, sa réponse cachait quelque chose de plus gros, elle en était certaine. Teru ne savait pas pourquoi, mais elle sentait qu'elle ne parlait ni de son frère, ni de sa mère. Mais, dans ce cas, de qui ? Qui ? Qui était cette personne ? Que lui cachait-elle encore ?
    Teru porta ses mains à sa tête qui commença à lui faire mal. Elle avait beau réfléchir, elle ne trouvait pas de réponse. Tout était lié à son accident un an plus tôt, elle le sentait. Mais pourquoi son cerveau ne répondait-il pas à ses attentes ? Lui cachait-il aussi des informations vitales ? Pourquoi ne parvenait-elle donc pas à se souvenir ?
    L'adolescente regarda distraitement l'une de ses mains, en repensant au sang rouge qu'elle avait vu plus tôt. Les rumeurs qui circulaient au sein de l'école avaient commencé à éveiller des soupçons chez elle, qui avaient été confirmés par le sang qu'elle avait vu. Il lui manquait un détail qui l'aiderait à tout comprendre, mais lequel ?
    Teru repensa à son rêve. Elle avait émis la folle hypothèse que l'homme en sang était Kurosaki. À partir de là, elle avait songé à diverses théories. Était-il cette personne dont Riko avait parlé ? Se connaissaient-ils donc réellement auparavant ? Dans ce cas, pourquoi était-il parti ? Comment cela avait-il pu la protéger ? De quoi ? De qui ?
    Son mal de tête la relança. Comme si elle avait besoin d'avoir affreusement mal à la tête à cet instant précis, alors qu'elle en avait besoin pour réfléchir. À chaque fois qu'elle approchait de la vérité, c'était comme si on la remettait au point de départ. Qu'est-ce qu'on lui cachait ?
    Ce n'était pas uniquement les autres, c'était aussi elle-même, comme si son corps refusait de se rappeler. Pourquoi avait-elle oublié ? Était-ce l'une des séquelles ? S'était-elle cognée la tête si fort qu'en plus de ses yeux, sa mémoire en avait pâti ?
    Teru tenta de respirer profondément tandis que son mal de tête s'accentuait. Il fallait qu'elle se calme. Si Kurosaki avait fait partie de sa vie et que ses amis le lui avaient caché, peut-être y avait-il une raison. Elle dramatisait sûrement trop. Cependant, concernant Riko, elle ne parvenait pas à envisager une telle solution. Elle ne pourrait pas lui pardonner si aisément.
    En quoi sa mère était-elle liée à sa perte de mémoire ? Elle ne parvenait à effectuer aucune relation. Comment lui révéler ce secret pouvait-elle l'aider à se souvenir ?
    Plus elle réfléchissait, plus sa tête lui faisait mal. Teru gémit en serrant sa tête dans ses mains de plus en plus fort, comme si cela pouvait l'empêcher de souffrir. Comme si la douleur pouvait disparaître aussi facilement. Sa conscience s'estompa progressivement et elle perdit connaissance.

    S'il y avait une chose dont Teru était certaine, c'était qu'il ne s'agissait pas encore de son rêve. Pourtant, elle voyait l'homme qui était dedans de dos. Elle avait beau courir, il restait intouchable, au loin. Elle tenta de l'appeler, or aucun son ne sortit de sa bouche. L'univers qui les entourait était tel du néant, il n'y avait rien autour.
    Les larmes coulaient le long de ses joues tandis qu'elle le suppliait de ne pas partir, de ne pas la laisser toute seule. Teru ne se contrôlait pas dans ce rêve. C'était comme si quelqu'un avait pris possession de son propre corps et qu'elle n'était qu'une simple spectatrice.
    L'homme ne réagit pas à ses pleurs. Teru ne parvenait pas à déterminer son identité, pourtant il paraissait familier malgré son apparence mystérieuse. Elle hurla un nom dont elle ne se rappela pas qui força l'homme à se retourner.
    Il était blond. Et grand. Avec des yeux bleus. Il semblait souffrir. Pourquoi ? La Teru de son rêve parut soulagée qu'il se fût retourné et parvint subitement à s'approcher de lui avant de se jeter dans ses bras.
    « Kurosaki... »




« Я хотел показать ему душу карт, но я терял ! Это уже не легко показать душу человека, тогда душу карта... »
© Joueur du Grenier
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Juste trop tard [13+]

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