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| | La relève des Carsington[R](16+) | |
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LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: La relève des Carsington[R](16+) Mar 14 Juin 2011 - 18:34 | |
| Voilà ma toute première fanfic, je pense pas que beaucoup d'entre vous (aucun...) ne connaitrons l'univers, et l'auteur... Mais c'est pas grave ! Vous n'en aurez pas besoin pour comprendre et apprécier le texte. Je m'inspire pour ce texte, de l'univers de Loretta Chase et de sa série : " The Carsington Brothers series" Dont j'ai lu les cinq tomes en VO quand je les ai trouvé dans la bibli de mon pote ricain (ouais, j'en profite pour crâner un peu, mdr) Ces tomes sont : Miss Wonderful (March 2004) Mr. Impossible (March 2005) Lord Perfect (March 2006) Not Quite A Lady (May 2007) Last Night's Scandal (August 2010) Ils ont également été publié en français, mais j'ai la flemme de chercher les titres xD (pardon). Je vous recommande leur lecture, même si, ils appartiennent évidement à un genre de littérature souvent mal vu (et souvent c'est vrai que c'est nul... mdr). Je parle du genre romantique. Mais cette auteur est géniale ! Et ces bouquins, surtout le deuxième tome, sont hilarant ! Et les personnages, très attachants. Bref, voilà ma fanfic : Ah ! Et j'oubliais : Disclaimer = Les personnages et l'univers des Carsington appartiennent à Loretta Chase (en tout cas pour la grande majorité, mdr). Et j'écris pour le plaisir de façon non lucrative. Et je jure de ne jamais gagner le moindre centimes avec ce texte ! xD EDITE : Je vous ai trouvé le début du tome 2 (chaque tome étant l'histoire d'un des frères Carsington, on peut les lire séparément). Lisez, c'est tout simplement génial : | Spoiler: | | | Résumé : Jeune veuve férue de hiéroglyphes, Daphné Pembroke doit se cacher pour mener ses travaux. La société anglaise du XIX siècle réprouve en effet les femmes savantes. Officiellement, c'est son frère Miles qui est un linguiste distingué. Lorsque celui-ci disparaît dans le dédale des ruelles du Vieux Caire, Daphné devine qu'on l'a enlevé pour le forcer à traduire un très ancien papyrus. Se heurtant à l'indifférence des autorités, elle se tourne alors vers un compatriote qui végète dans les prisons ottomanes. Ce Rupert Carsington n'a pas l'air très fiable. C'est une tête brûlée, un joli coeur au charme perturbant. Malheureusement, elle n'a pas le choix, il faut bien que quelqu'un l'aide. Il sera donc " les muscles " et elle " le cerveau " dans cette aventure qui les mènera aux confins du Nil, là où les attendent mille dangers...
Extrait : — C'est ton jour de chance, Ingleezi, lança le gardien. Regarde un peu ce que je t'amène. Pas une femme, mais deux ! Dans un cliquetis de chaînes, une silhouette se dressa. Une très haute et très sombre silhouette. Daphné ne distinguait pas ses traits dans l'obscurité. Entourée comme elle l'était, elle n'avait aucune raison d'avoir peur. Pourtant, son coeur se mit à battre plus vite. Elle avait la chair de poule et les nerfs à vif. — Monsieur Beechey, dit-elle d'une voix moins assurée qu'elle l'aurait souhaité, êtes-vous sûr que ce soit l'homme qu'il me faut ? Une voix masculine incroyablement grave, et qui n'était en aucun cas celle de M. Beechey, lui répondit en riant : — Tout dépend de l'usage que vous souhaitez faire de moi, madame. Rupert n'aurait jamais imaginé qu'il pourrait être aussi heureux d'entendre une voix anglaise - une voix de femme, de surcroît. Il commençait à s'ennuyer ferme et cette présence féminine raviva sa bonne humeur. Accoutumé qu'il était aux ténèbres, il sut tout de suite qui avait parlé. Les deux femmes étaient voilées, mais la plus grande était vêtue à l'européenne. Sa voix posée et mélodieuse - quoique un peu tremblante - et son accent cultivé lui apprirent non seulement que c'était une Anglaise, mais une dame de la bonne société. Il n'avait cependant aucun moyen de déterminer si elle était jeune ou vieille, jolie ou laide. Ce qu'il savait, en revanche, c'était qu'on ne pouvait se faire une idée précise de la silhouette d'une femme avant de l'avoir vue nue. Cela dit, si elle était parvenue à descendre ces centaines de marches, elle ne devait pas être trop décatie. — Madame, annonça Beechey, permettez-moi de vous présenter M. Rupert Carsington. Monsieur, voici Mme Pembroke qui a généreusement accepté de payer votre caution. — Vraiment, madame ? Voilà qui est diablement charitable! s'exclama Rupert. — Aucunement, répondit-elle d'un ton guindé. Je vous achète. — Ah oui ? J'avais entendu parler de la dureté des Turcs, mais je ne m'attendais pas à être vendu comme esclave. Eh bien, on en apprend tous les... — Ce sont vos services, que j'achète, rectifia-t-elle, glaciale. — Au temps pour moi. Quels services, au juste ? Il l'entendit prendre une brusque inspiration. Avant qu’elle ait le temps de répondre, Beechey intervint diplomatiquement. — Il s'agit d'une mission, monsieur. M. Sait vous dégage de vos fonctions consulaires ordinaires afin que vous puissiez aider Mme Pembroke à chercher son frère. — Si c'est un frère qu'il vous faut, je serai ravi de vous céder l'un des miens, repartit Rupert. J'en ai quatre, et ce sont tous des saints. Tout le monde vous le confirmera. Lui n'était pas un saint, et personne ne l'aurait pris pour tel. Sa visiteuse se tourna vers Beechey. — Êtes-vous sûr qu'il n'y a personne d'autre de disponible ? lui demanda-t-elle. — Comment vous y êtes-vous prise pour égarer votre frère ? s'enquit Rupert. À ma connaissance, c'est impossible. Où que j'aille, ils y sont. Sauf ici. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai sauté sur l'occasion quand mon père m'a proposé de m'envoyer en Égypte. J'avoue que ce fut un grand soulagement. Quand il m'a convoqué dans son bureau, je m'attendais qu'il me donne le choix entre la peste et le choléra. C'est ce qu'il a fait avec mon frère Alistair il y a trois ans : « Marie-toi ou prépare-toi à subir un sort pire que la mort », quelque chose de ce genre. Mais il n'en a rien été. J'ai eu droit à : « Tu ne veux pas aller en Égypte ? Si ? Comme c'est bien ! Tiens, tant que tu y es, tâche de trouver quelques pierres avec des dessins dessus pour ta cousine Tryphena. » Des pierres et... quoi d'autre, déjà? Ah, oui! Ces espèces de machins roulés marron. Des papiers russes ou quelque chose dans ce goût-là. — Des papyrus, corrigea la voix mélodieuse, un peu tendue. C'est un mot qui vient du grec ancien. Il s'agit d'un papier non pas russe, monsieur, mais fait avec des plantes de ce pays. Et ce ne sont pas des « espèces de machins », mais de précieux documents antiques. Elle s'interrompit avant de reprendre, d'une voix plus douce dans laquelle il décela de la surprise : — Vous avez dit Tryphena ? Se pourrait-il que vous parliez de Tryphena Saunders ? — Oui, ma cousine. Celle qui se passionne pour cette drôle d'écriture en forme de dessins. — Des hiéroglyphes, précisa sa visiteuse. Dont le déchiffrage est... Enfin, peu importe. Nul doute que je perdrais mon temps et ma salive à tenter de vous en expliquer l'importance. Elle tourna les talons dans un délicieux bruissement de soie et commença à s'éloigner. Beechey se hâta de lui emboîter le pas. — Madame, je suis confus de vous retenir dans ce lieu si désagréable. Il est naturel que vous soyez bouleversée. Cependant, je vous supplie de vous rappeler que... — Cet homme est un parfait imbécile, articula-t-elle d'une voix basse mais tout de même audible. — Certes, madame, mais nous n'avons que lui. — Je suis peut-être un imbécile, intervint Rupert, mais je suis irrésistiblement séduisant. — Seigneur! Et vaniteux, avec cela, marmonna- t-elle. — Et comme je suis un gros boeuf abruti, poursuivit-Il, je suis merveilleusement accommodant. Elle s'arrêta et regarda Beechey. — Vous êtes vraiment certain qu'il n'y a personne d'autre ? — Absolument. Personne d'ici à Philae. Ce devait être loin, songea Rupert. Sinon, cette dame n'en serait pas réduite à chercher de l'aide au fond des cachots du Caire. — Et je suis fort comme un boeuf, aussi, plaida- t-il d'un ton encourageant. Je pourrais vous soulever d'une main, et votre servante de l'autre. — Il est très gai, madame, souligna Beechey, désespéré. Accordez-lui au moins cela. N'est-il pas extraordinaire qu'il ait réussi à conserver sa bonne humeur dans un lieu aussi sinistre ? Obligeamment, Rupert se mit à siffloter. — À l'évidence, c'est par ignorance, riposta-t-elle. — Dans les circonstances présentes, insista Beechey, l'intrépidité est un atout essentiel. C'est une qualité que les Turcs respectent. La dame fit un commentaire entre ses dents. Puis elle se tourna vers le Turc qui les avait escortés - quelqu'un d'important, à en juger par la taille considérable de son turban - et s'adressa à lui dans l'une de ces invraisemblables langues orientales. L'homme au turban secouait la tête en faisant force ts ts. Elle continua de parler. Il ne semblait pas satisfait. Et ce manège se poursuivit. — Que dit-il? voulut savoir Rupert. Beechey répondit qu'ils parlaient trop vite pour qu'il puisse comprendre. La servante se rapprocha de Rupert. — Ma maîtresse est en train de vous marchander, expliqua-t-elle. Je suis désolée pour vous que vous ayez l'esprit si lent. En arrivant, elle était prête à payer quasiment le prix demandé, mais, maintenant, elle dit que vous ne valez pas tant. — C'est vrai ? Et combien demandaient-ils ? — Avec tous les pots-de-vin, on arrivait à trois cents bourses. Une jeune esclave blanche - c'est ce qu'il y a de plus cher, comme esclave - n'en vaut que deux cents. — Je n'ose espérer que vous sachiez ce que cela représente en livres, shillings et pence... — Cela fait plus de deux mille livres anglaises. Rupert émit un long sifflement. — C'est un peu raide, remarqua-t-il. — C'est ce qu'elle est en train de dire au cheik, confirma la servante. Elle prétend que vous ne valez pas grand-chose pour personne. Que votre tête au bout d'une pique pourrait divertir les Cairotes, mais qu'elle ne voit pas tellement à quoi d'autre vous pourriez servir. Qu'il y a autant de lords en Angleterre que de cheiks en Égypte. Que seul le fils aîné d'un lord a de la valeur, et que vous êtes un cadet. Et que votre père vous a envoyé ici parce que vous êtes idiot. — C'est incroyable, commenta-t-il en riant. Elle a deviné tout cela alors que nous venons tout juste de faire connaissance - et dans le noir, qui plus est. Quelle femme étonnamment intelligente ! L'enturbanné se lança à son tour dans une harangue. L'Anglaise haussa les épaules et fit mine de s'éloigner. Le prix demandé pour sa libération était ridiculement élevé. Son père lui-même refuserait de payer une telle somme. N'empêche que Rupert fut déçu de la voir partir. Chercher son frère aurait pu être amusant. Certainement plus, en tout cas, que de creuser le sable pour trouver des cailloux cassés ou d'arracher des papyrus aux doigts crochus de cadavres. Oui, il connaissait ce terme. Il avait dû entendre Tryphena le prononcer des milliers de fois. Il ne l'avait écorché que pour voir la réaction de Mme Pembroke - une réaction fort divertissante, ma foi. Hélas, maintenant, il ne saurait peut-être jamais à quoi elle ressemblait ! La servante l'abandonna pour suivre sa maîtresse. Beechey leva les mains au ciel, puis s'élança derrière elles. Rupert suivit du regard la plus grande des deux femmes jusqu'à ce que les ténèbres l'engloutissent. C'est alors que l'homme au turban cria quelque chose. Mme Pembroke sortit de l'ombre. Et Rupert sentit nettement son coeur faire un petit bond dans sa poitrine. Daphné ne resta pas pour assister à 1a libération de M. Carsington. Après avoir fixé le prix, elle laissa M. Beechey régler les détails et distribuer les pots- de-vin - les fameux «bakchichs » qui huilaient les rouages de la plupart des transactions dans l'Empire ottoman. Elle avait hâte de quitter cet endroit qui lui flanquait la chair de poule. Elle s'en voulait d'avoir marchandé si longtemps avec le cheik. Mais découvrir sur quel crétin ses espoirs reposaient, puis devoir négocier avec une brute qui ne savait sans doute même pas écrire son propre nom... Cela l'avait rendue presque folle. Son frère avait des ennuis. Il était perdu, blessé, peut-être - ou pire encore -, et tous les hommes qu'elle avait rencontrés jusque-là prenaient la chose à la légère, se moquaient d'elle ou cherchaient à contrarier ses plans. Elle en aurait pleuré de frustration. Mais, par-dessus tout, elle voulait s'en aller. S'éloigner au plus vite de cette citadelle, de ses cachots puants et de ces hommes sans coeur. Quand elle émergea enfin des profondeurs obscures de la forteresse dans la lumière, elle inspira à longues goulées l'air déjà brûlant du matin. — Vous savez pourquoi il est en prison, madame? lui demanda Leena en la rejoignant. — C'est évident. D'après M. Sait, M. Carsington est l'homme qui a attaqué le soldat turc hier. Ce n'est qu'un voyou sans cervelle et bagarreur. Elle pressa le pas. Les âniers les attendaient de l'autre côté des grilles de la citadelle. — J'espère sincèrement que les autres fils sont des saints, comme il le prétend, poursuivit-elle. Autrement, je plains sincèrement lord et lady Hargate... Elle s'interrompit en prenant conscience de la conclusion logique de sa tirade. — Ô mon Dieu, qu'ai-je fait ? Daphné s'arrêta si abruptement que Leena la heurta. — Il faut envoyer un message à M. Sait pour décliner les services de M. Carsington. — Mais vous venez de l'acheter, lui rappela Leena. — Je ne sais pas où j'avais la tête. Je n'avais pas les idées claires. Sans doute la puanteur. Sans parler des tentatives d'intimidation de ce cheik inculte elles provocations de M. Carsington. Autrement, je me serais rendu compte que personne n'était moins capable de m'aider que cet homme. Nous allons devoir affronter des bandits, j'en suis certaine. Ce genre d'entreprise requiert un esprit froid et calcu- lateur. En un mot, ce qu'il me faudrait, c'est un nouveau Belzoni : un homme qui sache quand employer la persuasion, voire la ruse, et quand faire appel à la force. — Quand nous sommes arrivés, et que M. Beechey vous a emmenée voir le cheik, j'ai entendu les gardiens discuter entre eux, lui apprit Leena. Ils disaient qu'aucune prison ne pourrait retenir l'Anglais. Il est rapide, astucieux et n'a peur de rien. C'est la raison pour laquelle il s'est retrouvé enchaîné dans le cachot le plus profond du Caire. — Quelqu'un qui n'a vraiment peur de rien doit être fou ou demeuré, décréta Daphné. — Vous, vous êtes assez intelligente pour six hommes, fit valoir sa servante. Vous n'avez pas besoin d'un homme très intelligent, mais d'un homme avec de gros muscles et beaucoup de courage. Daphné n'avait aucune idée de la taille des muscles de M. Carsington. Elle n'avait qu'entrevu sa haute silhouette sombre. En revanche, sa présence n'avait rien d'indistincte. Elle l'avait senti, là, tout le temps où elle marchandait avec le cheik. Elle avait entendu sa voix grave et rieuse - alors qu'il n'y avait vraiment pas de quoi rire. Elle avait entendu grouiller les rats. Elle avait senti la puanteur. Et elle savait à quel genre de geôliers il avait eu affaire. Tout en se disputant avec le cheik, elle avait songé au prisonnier à plusieurs reprises. Cela faisait vingt- quatre heures qu'il était enfermé ici, dans le noir au sens propre comme au sens figuré. Il n'avait aucune idée de ce qui allait advenir de lui. Il ne savait pas si ses ravisseurs allaient le fouetter, le torturer ou le mutiler, si ses amis allaient le retrouver ou s'il allait mourir ici, seul. Et Miles se trouvait peut-être dans une situation tout aussi désespérée. Elle sentit un noeud se former au creux de son estomac. — Je me sens sale, dit-elle. J'ai besoin de prendre un bain. Nous avons tout notre temps. M. Beechey et le cheik n'auront pas terminé leur rituel bureaucratique avant des siècles. Les bains étaient un luxe immoral dont Daphné avait fait la découverte dès le début de son séjour en Égypte. Entre les parois carrelées de l'établissement réservé aux femmes, le monde extérieur et ses difficultés n'existaient plus. On n'avait qu'à se laisser bichonner et écouter les autres femmes rire et échanger des commérages. Même en cette journée particulièrement difficile, la magie opéra. Elle ressortit plus calme, et l'esprit clair. Elle était parfaitement capable d'échafauder un plan pour retrouver Miles, se dit-elle en remontant sur son âne. Tout ce qu'il lui fallait, c'était un homme pour faire ce dont elle ne pouvait se charger. Dans ce cas, comme l'avait souligné Leena, plus il serait fort, mieux cela vaudrait. Or M. Carsington avait une tête de plus que pratiquement tous les hommes des environs. Et il devait être fort, pour avoir survécu à un affrontement avec les soldats de Mohammed Ali. Bref, tout ce qui lui manquait, c'était un cerveau. Et de cela, Daphné était amplement pourvue. Adroitement menées par les âniers, elles regagnèrent Ezbekiya en un temps record malgré la circulation. Elles mirent pied à terre devant la porte. Daphné confia à Leena le soin de payer les âniers et emprunta le passage ombragé qui bordait la cour. Elle allait atteindre l'escalier quand une haute silhouette se dressa devant elle. — Vingt livres? s'exclama une voix masculine qu’elle n'eut aucun mal à reconnaître. Elle s'arrêta net et son coeur manqua un battement. Malgré l'ombre, il ne faisait pas aussi noir que dans le cachot de la citadelle. Elle le voyait donc parfaitement, à présent, même à travers son voile de deuil. Il était grand, et large d'épaules, comme il lui avait semblé dans l'obscurité. Ce qu'elle n'avait pas distingué, en revanche, c'était la beauté de ses traits. Sourcils noirs, yeux bruns rieurs, nez insolent et sourire au coin de ses lèvres trop sensuelles : il était la séduction faite homme. Une onde de chaleur envahit Daphné, consumant le calme et l'assurance qu'elle avait eu tant de mal à retrouver, et la laissant, un instant du moins, aussi godiche qu'une gamine de quinze ans. Cependant, comme Virgil n'avait pas manqué de le lui faire observer à maintes reprises, elle n'avait jamais été aussi timide qu'il seyait à une femme de son rang. Aussi se risqua-t-elle à considérer le reste de sa personne. Sa redingote, son gilet et son pantalon étaient admirablement coupés, sa chemise et sa cravate d'un blanc immaculé. Ces quelques secondes lui suffirent pour graver dans sa mémoire l'image de ce corps mince et athlétique dont les vêtements ajustés ne faisaient que souligner la puissance. Sa bouche s'assécha et elle perdit l'usage de la raison. Soudain, plus rien n'avait de sens. Heureusement, cela ne dura pas. Elle reprit vite ses esprits. — Monsieur Carsington, dit-elle dès qu'elle put à nouveau parler, — Vingt livres, répéta-t-il. Trois bourses. Vous avez réussi à faire descendre le cheik Machin à vingt livres ! Aux bains, j'ai appris que c'était d'ordinaire le prix d'un eunuque! |
Dernière édition par Lucifuru le Mer 3 Aoû 2011 - 4:12, édité 6 fois |
|  | | LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La relève des Carsington[R](16+) Mar 14 Juin 2011 - 18:35 | |
| La relève des Carsington
Prologue : Dans la nuit du 22 au 23 aout 1814 en Angleterre, Charlotte Carsington, femme de Darius Carsington, dernier des 5 fils de Lord Hargate, accoucha de deux jumeaux parfaitement identiques, aux yeux et au cheveux dorés, couleur miel. Alors que la nuit du 22 aout n'était pas terminé, leur premier né leur paru tellement éclatant avec ses cheveux et ses yeux d'or pur, qui l'appelèrent Luc, du latin « lumière ». Quand au deuxième qui vint plus de trois heures plus tard, le 23 aout, et qui les prit par surprise, ils l'appelèrent Tom, qui signifie « jumeau ». L'accouchement fut difficile, mais fort heureusement, la mère survécu et bien qu'elle fut malade pendant de long mois après avoir mit ses fils au monde, elle finit par s'en remettre complètement. Il faut dire que les Carsington était une famille uni, et que Darius, fou de sa femme, fit appel à tout les meilleurs médecins. Les jumeaux eux, furent nourrit au sein d'une nourrice, ne manquèrent de rien, et devinrent vite de grands et robustes enfants plein de vitalités. Ils firent vite montre de deux caractères très différent : Luc, l'ainé, était extrêmement souriant, franc, et audacieux. Débordant de confiance en lui, il passait son temps à faire les quatre cent coups. Mais intelligent, loyal et généreux, personne ne pouvait résister longtemps à son charme. Tom, le cadet, était sage et responsable. Discret et consciencieux. Calme et posé, il faisait preuve d'une grande maturité, et d'un sens inné des responsabilités. Très vite et malgré le charme ravageur de Luc, tout le monde vint à regretter que Tom ne soit pas l'aîné, car il aurait fait un bien meilleur héritier pour gérer le domaine et les gens de son père. Tous craignait en effet, que Luc, qui était de toute évidence du genre à profiter à l'excès des plaisirs de la vie, ne se noie une fois adulte dans le luxe, la boisson, le jeu, et les femmes, comme cela arrivait si souvent aux jeunes aristocrates trop bien nés. Et si une telle attitude pouvait être supportable de la part d'un fils cadet, cela était intolérable de la part de l'aîné, sur qui repose normalement tout les devoirs. Luc lui même, regrettait d'être né en premier. Essentiellement parce que ses professeurs ne cessaient de lui répéter qu'il devait travailler plus que les autres car plus tard « tout le monde, les domestiques, les paysans, et sa famille, compteraient sur lui ! ». Il aurait vraiment préféré passer son temps à grimper aux arbres, à jouer avec les gosses du village, ou à nager et à pêcher dans le lac de la propriété. Et il détestait étudier le grec et le latin. Tom était quand à lui très studieux et avait un véritable don pour les langues étrangères que ses précepteurs se firent un plaisir d'exploiter. C'est ainsi qu'avant ses dix ans, il avait de bonnes bases en français, allemand, espagnol, grec et latin. On découvrit par contre avec stupeur, que Luc était un génie de la musique. En effet, quand Charlotte leur mère engagea un professeur de piano renommé, ce n'était que pour leur apprendre les bases afin qu'ils sachent jouer plus ou moins correctement. Comme d'habitude Tom se montra un élève irréprochable et pu vite faire tout ce qu'on attendait de lui avec un piano. Et comme d'habitude, Luc était un élève récalcitrant ne pensant qu'a aller jouer et triturant les touches de l'instrument le faisant émettre une véritable cacophonie. Si bien qu'un jour, leur père Darius s'énerva contre son fils aîné. Darius était un bon père qui aimait ses deux fils comme ils étaient, et qui essayait de ne pas leur demander l'impossible et d'être fier de leurs qualités respectives. Cependant ce jour là, excédé et de mauvaise humeur, il perdit la tête. _ Tu es un bon à rien mon fils ! Incapable de jouer trois notes correctes ! Lamentable ! Quelle épouvantable erreur à fait la sage femme en te tirant du ventre de ta mère en premier ! Quel pitoyable lord tu feras ! Je n'ai jamais rien entendu d'aussi horrible que le son que tu sors de ce pauvre piano ! Tu ne sais décidément rien faire ! Tu n'as aucun don ! Tu es un incapable ! Que Dieu nous préserve du futur car tu ne feras rien de bon de ta vie ! Luc était devenu rouge cramoisi et était monté s'enfermer dans sa chambre en claquant violemment toutes les portes. Puis il n'en était pas ressortit pendant 5 jours. Son père éprouvait de la culpabilité, mais ne se résignait pas à aller s'excuser... Puis, les Carsington organisèrent un bal, toute la famille au grand complet y était présente. Il y avait notamment les 4 frères aînés de Darius, et leurs femmes, ainsi que leurs parents à toutes et à tous, et une grande partie du beau monde. Au beau milieu de la représentation, le pianiste qui jouait des valses, fit une pause. Et c'est alors qu'entra Luc Carsington. Du haut de ses neuf ans, il n'était pas autorisé à être là, mais il avait une expression tellement déterminé et farouche sur le visage que personne n'osa l'arrêter. Et ses parents qui ne l'avaient pas vu sortir de sa chambre depuis cinq journées étaient trop étonnés et intrigués pour faire quoique ce soit. Luc se dirigea résolument vers le piano au centre de la salle, et dans un silence totale, sous les yeux ébahit de toute les personnes présentes, il joua avec brio trois morceaux de François Frédéric Chopin pendant plus de quinze minutes avec une dextérité sauvage qui ne faiblit pas tout du long de sa représentation. De plus, il apporta aux compositions des variantes et des improvisations de son cru, qu'un grand pianiste renommé dans toute l'Angleterre qui était dans la salle qualifia de « brillante envolées » et « d'ajouts d'une exceptionnelle pertinences ». Ce fut un choc. En quelque jours la rumeur avait parcourut tout le pays. Le fils aîné de Darius Carsington était un génie de la musique ! Darius et Charlotte Carsington en furent les plus étonnés, mais aussi les plus heureux. Luc expliqua sous les oreilles ahurit de ses parents qu'il avait passé ces cinqs journées à s'entrainer sur un piano invisible dans sa chambre... Sidérant ! Ils ne l'auraient jamais cru.... Et pourtant, ils durent se rendre à l'évidence, Luc avait bien apprit tout seul, enfermé dans une chambre, à jouer du Chopin au piano, sans piano ! Des nobles vinrent du pays entier pour écouter Luc Carsington. Qui joua une fois ou deux, avant de refuser de recommencer. Ses parents le prièrent plus d'une fois de jouer pour leurs invités. Mais il refusa encore et encore : _ Je ne jouerai plus jamais pour ces gens ! disait Luc. Ses parents, ayant la volonté de ne pas forcer leur enfants, abandonnèrent. Après tout leur fils était capable de jouer du piano avec brio, n'était-ce pas suffisant ? Tant pis s'il ne voulait guère en faire profiter les autres... Cependant, ils découvrirent un jour que Luc continuait tout seul et inventait même ses propres morceaux ! En effet ils trouvèrent de nombreuses partitions écrites de sa main dans la chambre de leur fils aîné, et le surprirent parfois en pleine nuit jouant du piano seul et à la chiche lumière d'une ou deux chandelle. Charlotte et Darius Carsington prirent alors l'habitude de descendre au son du piano en pleine nuit afin d'écouter leur fils en cachette. Et ils appréciaient beaucoup sa musique, parfois douce et mélancolique, et parfois rapide et enjouée, ou encore guerrière. Luc et Tom Carsington étaient par ailleurs des frères proches et solidaires. Ils s'aimaient beaucoup et avait chacun énormément de respect pour l'autre. Tom admirait le courage, la spontanéité et la bonne humeur de Luc, tendit que Luc admirait lui la stabilité et la loyauté à toute épreuve de son frère Tom. Et personne ne comprenait mieux l'imprévisible Luc, que le constant Tom. En effet, Tom devint vite un expert pour comprendre ce qui passait par la tête de son insaisissable frère aîné. Luc, dont la famille contenait quelques spécimens de femmes aux caractères particulièrement bien trempés, ne pensait pas, comme il l'aurait dut à son époque, que la gente féminine était inférieur à celle de l'homme. En effet, il adorait discuter et jouer avec sa cousine Olivia, de 12 ans son aîné, qui parlait comme un homme, combattait comme homme, jurait comme un homme, courrait comme un homme, chevauchait comme un homme, trichait aux cartes comme un homme... etc... Si bien que Luc Carsington, qui avait aussi une tante fanatique de l'Egypte ancienne qui partait écumer des tombeaux et décrypter des hiéroglyphes, ne comprenait pas qu'on puisse en toute légitimité dirent que les femmes étaient des petites choses fragiles et écervelés. Tom, lui, comprenait que sa famille était « spéciale », et qu'il en allait autrement dans le vaste monde. Cependant, Luc était bouché, les femmes n'étaient pas inférieures aux hommes ! Point ! Il fallait être débile pour penser le contraire après avoir vu Olivia ou Daphné Carsington ! C'est ainsi que Luc, dès l'âge de 7 ans, prit l'habitude gênante de frapper et d'insulter quiconque tenait des propos méprisant sur les femmes à la portée de ses jeunes oreilles. _ C'est un tas de bêtise ! disait-il quand ses parents le disputait d'avoir encore « insulté un lord respectable de la plus horrible des façons qui soit ». _ Comment peuvent-ils dirent des âneries pareilles ? Comment pouvez vous les laisser dire de telles bêtises ! se révoltait Luc. Et ses pauvres parents avaient bien du mal à punir leur fils, car tout les deux savaient au fond de leurs coeurs que Luc avait raison. En effet, même si Darius Carsington rigolait ouvertement quand il entendait un lord se moquer du seul intérêt de sa femme pour les ruban sur les chapeaux, en fait, Darius Carsington, dans son fort intérieur ne méprisait pas les femmes. Il avait même pour un certain nombre d'entre elles une grande admiration, et qui n'était pas - contrairement à celle de certain de ses contemporain - qu'une admiration de leur physique, mais bel et bien de leur esprit et de leur force de caractère ! En effet, sa propre femme, Chalotte Carsington, était une personne peu commune. Elle avait eu un premier fils hors mariage, encore adolescente, Philip, avec un jeune idiot qui était mort à la guerre contre les français. Elle avait du abandonner son fils à 17 ans pour ne le retrouver que dix ans plus tard, juste avant son mariage avec Darius. Charlotte Carsington avait gardé sa première naissance secrète pendant des années avec l'aide de sa belle mère. En effet, de 17 ans à 27 ans, tout le monde pensait que Charlotte était une innocente vierge. Et Charlotte avait fait de son mieux pour que personne n'apprenne la vérité. Seulement voilà, Charlotte, fille unique de son père, était donc une riche héritière et par conséquent un beau partie. Et nombreux était ses soupirants. Mais Charlotte ne pouvait pas se marier. Car une femme se devait d'arriver vierge à la nuit de noce, ce qu'elle n'était pas... Aurait-elle le courage de nier quand elle serait découverte ? Charlotte avait préféré ne pas se retrouver acculé dans une telle situation, et avait donc, pendant dix ans, employé tout ses efforts à faire reculer ses prétendants. Elle était en effet devenue experte à l'art de repousser un homme en toute discrétion... Et elle y était toujours parvenue jusqu'au jour où elle était tomber amoureuse de Darius Carsington. Darius se moquait que sa femme ne soit plus vierge. Darius se moquait que sa femme ait eu un enfant à dix-sept ans. Car Darius, aimait sa femme, et à ses yeux, c'est tout ce qui importait. Il décida même d'élever Philip comme son fils une fois qu'ils eurent retrouvé sa trace – il était en apprentissage chez un maçon - et lui donna même en héritage tout les bien appartenant à la famille de Charlotte, qui après tout, lui revenait de droit. Bref, dans le fond, Darius Carsington était comme son fils Luc : Un esprit marginal qui n'avait que faire des « préjugés » en vogue dans la haute société. Pensez vous ! Il avait reconnu et éduqué le bâtard de sa femme ! Pour beaucoup des pairs de son royaume, il le savait, cela aurait été impensable... Seulement, Darius lui, était discret. Et gardait son avis pour lui. Pas son fils.... Garder quoique ce soit pour lui n'était pas dans la nature de Luc. La sienne étant plutôt en effet, de crier sa pensée sur les toits. Luc était donc un « phénomène », dont les frasques, malgré son jeune âge, étaient bien connu de la bourgeoisie et de la noblesse anglaise qui adorait se repaître de ce genre de ragots. Il avait par exemple un jour, cravaché un duc, qui avait osé faire de même un peu trop fort sur une jument que Luc avait prit en pitié. Et ce n'est qu'un des multiples exemple de ce dont était capable Luc Carsington... Luc, qui n'avait parfois aucun scrupule pour aller s'amuser, réussissait à convaincre son frère Tom de se faire passer pour lui, afin que lui même, puisse disparaître. En effet, en tant que cadet, Tom bénéficiait d'une plus grande liberté de mouvement. Ce que lui enviait Luc. En contre partie donc, Tom, qui avec sa nature scrupuleuse se sentait coupable vis à vis de son frère, acceptait de prendre un certain de nombre de « leçon réservé à l'héritier » à la place de son frère. Certes, Tom et Luc ne se ressemblaient absolument pas de caractères, mais ils étaient physiquement identiques, et heureusement, tout les deux de bons acteurs. Si bien, qu'ils se faisaient souvent passer l'un pour l'autre avec succès. Du moins, jusqu'à ce que Luc craque, et finisse par faire quelque chose de tellement digne de lui, que cela le démasquait invariablement... Les domestiques expliquaient la différence de caractère entre les deux frères par le fait que Luc était né un 22 aout, sous le signe du lion, alors que son frère était né un 23 aout, sous le signe de la vierge. Un jour, durant la saison londonienne, alors que Tom suivait une leçon destiné à l'aîné à la place de son frère, Luc lui se promenait anonymement, dans des frusque qu'il avait emprunté au fils du valet de pied de son père, sur les quais de la capitale, en jouant avec les enfants des pêcheurs et des marins, quand les choses décidèrent de mal tourner. En effet, c'est le jour que choisirent des pirates pour recruter quelques mousses. Et par « recrutement », il fallait plutôt entendre « enrôlement forcé ». Vous avez compris, il eu lieu un drame, les pirates envahirent les quais de façon éclair et kidnappèrent quelques enfants de marins qui étaient sensés connaître leur affaire. Et dans le lot, évidement, ils enlevèrent Luc Carsington alors âgé de 11 ans. Ils comprirent vite que le petit n'était pas un fils de loup de mer, non seulement il ne connaissait rien aux navires mais en plus il avait un accent aristocratique et il savait lire ! Seulement, le bateau était déjà partie, et de toute façon, ils avaient besoin de mousses. Ils trouvèrent d'ailleurs très vite de nombreux moyen d'employer ce petit rejeton de la noblesse anglaise... Quand les parents de Luc et de Tom rentrèrent du bal où ils avaient été invité, et qu'ils constatèrent que Luc était en fait Tom, et que le vrai Luc avait disparut, ils réunirent évidement tout les gens qu'ils purent afin d'organiser une gigantesque battu dans les rues de Londres. Ils prévinrent la police, ils prévinrent toutes leurs connaissances, ils fouillèrent toute la ville, des quartiers les plus huppés au plus misérables, ils offrirent des récompenses, collèrent des affiches... Mais hélas, jamais ils ne retrouvèrent la piste de leur fils aîné. Tout les Carsington furent terrassé par le chagrin. En 11 années, Luc avait su leur ravir leur coeur à tous... Cependant, Tom était encore là, lui. Et la vie devait continuer. La vie continua, donc, et Tom devint l'héritier du domaine. Jusqu'au jour de noël, 12 ans plus tard, où un domestique affolé et essoufflé rentra en courant dans la salle à manger, en hurlant aux convives qui y était réunit que « Lord Luc était revenu ! ». Ici pour laisser un commentaire svp |
|  | | LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La relève des Carsington[R](16+) Dim 24 Juil 2011 - 15:07 | |
| Chapitre 1 : Douze longues années après la disparition de Luc, il y avait là, en ce réveillon de noël, en plus de Charlotte, Darius, Tom, et Phlip Carsington, les parents de Darius et ses 4 frères aînés, leurs femmes, et leurs enfants. Il y avait d'abord Lord Hargate, père de Darius, grand père des jumeaux. Tyran qui terrorisait encore et toujours ses cinq fils bien que ceux ci fut adultes depuis longtemps. Il y avait aussi sa femme, la seule qui ne le craignait pas... Il y avait le fils aîné, Benedict, aussi appelé « Lord Rathbourne », du nom du domaine dont il avait hérité, et « Lord Perfect » de la part des mauvaises langues de la haute, car il n'avait jamais rien fait de travers de toute sa vie, à par peut être son mariage avec sa fidèle épouse Bethsabée, descendante de la mauvaise branche des scandaleux « Horrible De Lucey », qui disait-on n'avait jamais produit que des pirates et des bandits de grands chemins . Il y a avait la fille de Bethsabée, Olivia, et le neveu de Benedict, Peregrine, qui s'étaient mariés il y a peu. Il y avait également Alistair, deuxième fils de lord Hargate, sa femme Mirabel et leur descendance. George, troisième fils de lord Hargate et toute sa petite famille. Et enfin, Rupert quatrième fils de la fratrie Carsington dont le caractère insupportable lui avait valu le surnom de « Lord Impossible », son intrépide femme - Daphné la passionnée de l'Egypte -, et leurs rejetons. _ Calmez-vous voyons ! Calmez-vous ! ordonna Lord Hargate au domestique de sa voix tellement gorgé d'autorité qu'il n'avait jamais eut besoin de crier pour se faire obéir. _ Qu'avez-vous dit ? balbutia Darius Carsington, certain d'avoir mal comprit. _ Lord Luc est à la porte ! répéta le domestique. Il y eut un long moment de flottement, ou chacun se regardait les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, avant que Lady Charlotte n'ose enfin demander : _ Êtes vous certain que c'est bien lui ? _ C'est le portrait craché de Lord Tom en tout cas ! assura le domestique. _ Mon Dieu ! s'exclama Charlotte, soudain livide. _ Ne vous évanouissez pas ! implora Rupert, effrayé, en se dressant au dessus de la table. En effet, rien ne terrifiait plus l'intrépide Lord Impossible qu'une femme s'évanouissant, à part peut être, une femme fondant en larme. _ Personne ne va s'évanouir ! ordonna Lord Hargate, certain comme toujours que tout le monde lui obéirait. Et alors que personne ne savait quoi faire, Tom se leva. Tom avait maintenant 23 ans, et cela faisait 12 ans qu'il se reprochait ce qui était arrivé à son frère jumeau. « Si seulement j'avais refusé de prendre sa place pour qu'il aille jouer dans les rues de Londres ! » se répétait-il tous les jours. _ Il me ressemble dîtes vous ? demanda Tom d'une voix un peu chevrotante au domestique. _ Si je ne vous avez pas su ici en train de réveillonner, dit l'employé de maison, je l'aurais prit pour vous, Lord Tom ! Vous êtes identiques ! _ Seigneur ! C'est lui ! s'exclama Darius, d'un ton pourtant incrédule. _ Eh bien ! fit grand père Hargate au domestique, qu'attendez vous pour lui dire d'entrer ? Le domestique ne se le fit pas dire deux fois, et courut chercher le visiteur. Moins deux minutes après – qui s'était écoulées dans un silence anxieux -, les portes de la grande salle s'ouvrirent, laissant rentrer un homme adulte. Il était habillé très simplement, avait des cheveux dorés, couleur miel, épais et indisciplinés. Sa peau était trop bronzé pour être celle d'un aristocrate, et il était un peu trop mince. Légèrement émacié même. Et le regard de ses yeux d'ambres semblait bien trop vif, comme s'il voyait bien au delà des simples apparences. Mais cet homme, même s'il leur semblait bien loin du petit garçon extrêmement souriant dont ils se souvenaient tous, cet homme était indéniablement Luc Carsington. Charlotte Carsington fut la première à reprendre vie et à approcher son fils. Des larmes pleins les yeux, elle se jeta dans ses bras. Luc la reçut sans un mot, et la pressa gentiment contre lui. _ Que s'est-il passé ! demanda-t-elle quelques minutes plus tard, une fois sa crise de larmes apaisée. _ Voyons ! Laisse le respirer ! dit Darius Carsington. Nous aurons tout le temps d'entendre son récit plus tard, n'est ce pas mon fils ? Luc, à qui s'adressait ces paroles, ne répondit pas. Il sembla pendant un moment, être sur le point de le faire, mais il y renonça visiblement. Peu importe, son père le prit à son tour dans ses bras. _ Nous avons fouillés tout Londres à ta recherche mon fils ! dit-il. Et ensuite, tout l'Angleterre ! Mais où étais tu donc ? _ Je n'étais pas en Angleterre... dit Luc d'une voix légèrement rauque, et ce fut les premiers mots qu'il adressa à sa famille en douze années. Comme Luc se taisait ensuite, avec une boule visiblement coincé dans la gorge, on le traina jusqu'à la table et le repas reprit sans qu'on lui demanda plus d'explications. Les Carsington firent tout pour mettre Luc à l'aise. Ils le traitèrent avec une familiarité taquine, comme s'il n'était jamais partit, et animèrent la conversation de nombreux traits d'humour. Tom était cependant mal à l'aise. Son frère, Luc, ne lui avait pas adressé un regard, pas un mot... Lui en voulait-il ? Tom était légèrement vexé de cette attitude visant manifestement à l'ignorer, mais surtout, il était triste et mal à l'aise, tellement, qu'il ne cessait de se dandiner sur sa chaise, et participait peu à la conversation. Luc sourit plusieurs fois durant le repas, mais ce n'était pas le sourire franc et débordant de joie de vivre malicieuse que lui connaissait ses proches. C'était un petit sourire qui même quand il semblait honnête, transpirait légèrement, soit le cynisme, soit la tristesse. Alors, sans en discuter, et d'une commune connivence, les Carsington essayèrent un par un de provoquer sur le visage de Luc ce vrai sourire dont ils se souvenaient tous. Ils multiplièrent donc les bouffonneries, et parvinrent plusieurs fois à un succès mitigé. Ils obtinrent en effet quelques sourires plus convainquant, mais qui n'étaient pourtant que l'ombre de ceux dont Luc était coutumier avant sa disparition. Néanmoins, ce fut un soulagement parmi les Carsington, Luc était toujours capable de sourire, et c'était toujours ça ! Luc mangea par ailleurs d'un excellent appétit, il déclara même qu'il n'avait pas mangé comme ça depuis des années ! Cette déclaration peina évidement tout les convives. Luc Carsington aurait dut, selon eux, manger comme ceci tout les jours ! De quoi d'autres avait-il été privé ? Qu'avait-il vécu ? Dans quel état psychologique leur revenait cet enfant de leur sang ? Ils voyaient déjà tous que le corps de Luc était fermement musclé, bien plus que ne l'était celui de son frère. Il avait du travailler dur. Et en extérieur, comme l'indiquait sa peau légèrement orangé. Il était aussi plus mince que son frère Tom, sans doute à cause d'une alimentation moins riche. Sinon, par ailleurs, les deux frères étaient toujours aussi identiques. Deux bonnes heures plus tard, quand tout les plats furent presque vide, et que Luc arrêta enfin de dévorer à pleine dents, on apporta quelques alcools, les hommes – et Olivia Carsington - fumèrent, et les discutions se firent moins animés et plus intimes, en petits groupes. Charlotte, Darius, Philip et Tom, en profitèrent pour se resserrer autour de Luc, et Darius osa reposer la question qui était sur toutes les lèvres. _ Que t'est-il donc arrivé durant toutes ces années mon fils ? Je t'en prie, raconte nous, demanda-t-il. Le silence se fit alors complet et tout les regard convergèrent vers Luc, qui lui, faisait bien attention à ne fixer que le vide. Puis Luc se leva et dit : _ Je ne vais pas vous raconter. Je vais vous montrer. Et Luc enleva sa chemise, dévoilant ainsi son torse dénudé. Il y eut des hoquets de surprises, puis des exclamations choqués. Luc était beaucoup trop musclé pour un aristocrate. Ses muscles étaient nerveux, tendus, et secs. Ils étaient déliés et semblaient interminables. Mais surtout, Luc était couturé de cicatrices diverses et variés. Des coups de couteaux, des impactes de balles, côtoyaient des brulures qui se partageaient toute la surface de son torse. Puis, Luc se retourna et il y eut alors des haut-le-coeur chez les Carsington. Le dos de Luc avait été impitoyablement fouetté, les marques étaient atroces, profondes, laides, et indélébiles. Et elles laissaient sans problème imaginer à quel point la correction avait dut être sévère, et la souffrance infini... Chaque Carsington, de tout sexe et de tout âge, ressentit une virulente colère. Les poings se serrèrent, les mâchoires se contractèrent, certain se mordirent même les lèvres. _ Qui t'as fait cela mon fils ? demanda implacablement Darius Carsington d'une voix d'outre tombe. _ Lorsque j'ai disparu, commença Luc Carsington toujours torse nu, en reprenant sa place à table, je jouais avec des enfants de marins et de pêcheurs sur les quais. J'avais emprunté des vêtements du commun, et des pirates m'ont enlevé en ignorant mon identité... Les Carsington prirent quelque secondes pour digérer cette information, puis Charlotte, en avalant difficilement sa salive, demanda à son fils : _ Tout ce temps, tu étais donc sur un bateau pirate ? Luc Carsington confirma d'un hochement de tête, puis expliqua : _ En pleine mer, un navire est une véritable prison. Je n'avais aucun moyen d'aller nulle part... Et lorsque nous faisions des arrêts dans un port, ils prenaient toujours soin de m'enchaîner dans la cale. Sur ces mots horribles pourtant prononcés calmement, Luc montra ses poignets, mutilés pour toujours par les longues heures où ils avaient été attachés par du métal froid et mal dégrossit. _ Comment es-tu revenue ? questionna alors Tom. _ Je me suis évadé, dit tout simplement Luc. J'ai réussi à convaincre un homme de ne pas m'attacher lorsque le bateau s'est arrêté à Vancouver. Et après m'être faufiler hors du navire, j'ai fait le trajet jusque ici comme j'ai pu... _ Mon Dieu ! soupira Darius Carsington. Puis Luc remit sa chemise, et les conversations redevinrent plus normales. Cependant, au bout d'un long moment, Luc se tourna enfin vers son frère, et le regardant pour la première fois depuis son l'enlèvement, il lui dit seulement : _ Ce n'était pas ta faute. Et Tom Carsington, qui n'avait pas manqué de culpabiliser pendant douze ans, ne put s'empêcher d'en soupirer de soulagement. Luc alors, eut le sourire le plus proche de ceux dont sa famille se souvenait, et déclara : _ J'étais certain que tu t'en voudrais encore depuis tout ce temps. N'importe quoi. Ce n'était pas ta faute, c'est évident... Quelle cruche tu fais décidément ! Et là, se furent tout les autres qui ressentirent un immense soulagement. En effet, Luc avait dit environ exactement la même chose à son frère – trop scupuleux - de multiples fois dans le passé, et tous se réjouissaient soudain que certaines choses, ne changent jamais. Tom, pendant ces douze années s'était effectivement sentit énormément coupable. Et pas uniquement parce qu'il n'avait pas été un petit garçon modèle en acceptant de prendre la place de son frère. Non, s'il s'en voulait terriblement c'est surtout parce qu'il avait l'impression d'avoir volé la vie de son frère. En effet, après la disparition de Luc, Tom était devenue l'héritier, et avait mené en tout point la vie qui avait été réservé à son frère. Et la vérité, c'est que Tom se sentait comme un usurpateur depuis douze ans. Hors, Tom pensait enfin pouvoir s'autoriser à respirer. Son frère était revenue, et ils allaient chacun reprendre leurs place respectives. Et il ne serait plus un voleur. Seulement voilà, c'était sans compter ce que désirait Luc... Trois semaines s'écoulèrent, et l'Angleterre ignorait encore le retour de l'aîné des Carsington. Luc, avait demandé à toute sa famille, ainsi qu'aux quelques domestiques au courant, de garder le silence sur sa réapparition. « J'ai besoin de temps avant de pouvoir faire mon grand retour sur la scène publique et je compte sur votre discrétion. » avait-il dit. Et bien qu'ils eurent accepté, ses parents et sa famille étaient d'avis d'organiser une grande partie de campagne dans leur domaine et d'y inviter le beau monde au grand complet, afin d'y présenter Luc et de faire savoir à toutes et à tous que le fils prodigue était de retour ! Et ils attendait uniquement l'accord de Luc, avant de tout mettre en branle. Seulement voilà, depuis ce jour, Luc n'avait plus reparlé de faire connaître son retour. Et c'est par une belle matinée de janvier, que Tom, décidé à parler sérieusement avec son frère, trouva Luc avachi dans un fauteuil de la bibliothèque, un livre à la main, et une bouteille de whisky écossais de contrebande aux pieds. _ Luc... commença Tom. _ Me dérange pas, le coupa celui-ci, j'en suis à la scène de sexe. Tom soupira et pinça les lèvres, agacé. _ Tu lis encore un de ces romans d'amour pour bas-bleu ? _ C'est très intéressant, tu sais, se contenta de rétorquer Luc, sans lever les yeux de son livre. On en apprends beaucoup sur l'esprit féminin... Tom soupira encore une fois, et regarda son frère un long moment en silence, avant de déclarer d'une voix forte : _ C'est toi l'héritier, Luc ! _ Nan, je veux pas, répondit distraitement ce dernier toujours sans perdre de vue sa lecture. _ Tu n'as pas le choix ! cria Tom. C'est toi l'aîné ! Luc referma son livre en le faisant claquer, et se tourna vers son frère. _ Je suis l'aîné de trois heures Tom ! Trois fichu malheureuses petites heures ! Et tu as reçu l'éducation réservé au prochain comte du domaine depuis douze ans ! _ Et toi tu as été éduqué pour cela depuis ta naissance ! rétorqua Tom. _ Oui, mais entre temps j'ai été pirate ! Réveille toi bon sang Tom ! Tu m'as entendu quand j'ai renversé mon verre hier ? Tu imagines un comte capable de sortir autant de jurons ? _ Personne n'a besoin de savoir quels jurons tu connais Luc ! fit valoir Tom. Luc se leva brutalement et fit face à son frère. _ Je ne peux être comte, Tom ! Ouvre les yeux ! Je devrais aller à tout un tas de soirées mondaines, avec des ducs, des princes, tous tellement oisifs, et imbus d'eux même, qu'ils me donneront envie de les tuer ! Et tu sais comment cela finira ! L'un d'eux fera une remarque comme quoi si on baisse le prix du savon, les pauvres sentiront aussi bon que les riches, et là quelle horreur ! Car on ne pourra plus savoir qui est qui ! Et tu sais ce que je ferais en entendant ça ! Tu le sais n'est ce pas ? Je lui enverrai mon poing sur le nez ! Sur ce, les deux frères se fusillèrent un moment du regard, puis Luc reprit : _ Non, c'est impossible, je ne peux pas être comte. Tu feras un meilleur héritier que moi Tom, point final. _ Mais alors quoi ? demanda Tom. Qu'est ce que tu proposes dans ce cas ? Tu ne peux pas vivre éternellement caché Luc ! Il va bien falloir que tu fasses ta réapparition dans la haute société un jour ! Tu ne comptes quand même pas ne plus jamais sortir du domaine ? _ Non, bien sur que non, dit Luc. Je ne pourrais supporter de vivre enfermé, évidement. _ Bon, alors, dans ce cas, tu n'as pas le choix ! Tu dois faire ton retour dans le monde ! dit Tom, avec une grande satisfaction... qui disparut aussitôt qu'il vit le regard de son frère. C'était ce regard ! Le même qu'avant ! Celui qu'avait toujours eut Luc avant de faire une très très grosse bêtise. _ Oh non ! s'exclama Tom. Mais qu'est ce que tu as en tête ? _ Je me disais simplement, que nous pourrions peut être échanger nos places... Sur ces mots, Tom devint carrément livide. _ Quoi ?? Il en est hors de question ! s'époumona-t-il, la voix cassé. Comment Luc pouvait-il lui faire cela ? Ce qui était arrivé il y a douze ans ne lui avait donc pas servit de leçon ? _ Écoutes, dit Luc, ça réglerait tout les problèmes. Tu sais comme moi que je ferais un comte déplorable, hors, c'est moi l'aîné, et aux yeux de la société rien ne peut changer cela, mais heureusement, nous somme jumeaux. Si tu dis à tout le monde que TU es Luc, revenu après douze ans, les gens te croiront ! Et moi, je serait Tom, le cadet libre de faire ce qu'il veut ! Horrifié, Tom balbutia : _ Non... Tu te moques de moi ! C'est pas possible ! Et titubant, il alla s'effondrer dans un fauteuil. _ Tu peux pas me demander ça, Luc... _ Bien sûr que si que je le peux ! s'amusa Luc, impitoyable. D'ailleurs je le fais ! Pâle comme la mort, Tom savait déjà qu'il était coincé. Luc était têtu comme une mule, et quoiqu'il fasse, son frère ne changerai pas d'avis. Il ne voulait pas être comte, point final. Luc avait toujours eut des idées très arrêtés et il était impossible de le faire dévier de son chemin une fois qu'il en avait choisit un... Mais Tom eut d'un coup une idée. Bien, Luc voulait jouer à ça, eh bien Tom trouverait un moyen de lui faire perdre le goût de jouer... _ Bon ! Je n'en peux plus de rester enfermé, dit Luc d'un ton joyeux. Je vais me promener ! Tom leva un sourcil, intrigué : _ Alors ça y est ? Tu es décidé à te montrer ? _ Non, dit Luc, ce n'est pas moi qui sort, c'est toi ! puis il rajouta avec un sourire que Lucifer en personne n'aurait pas renié : Enfin, toi tu restes là du coup, tu comprends, ce serait gênant que deux personnes nous voient au même moment à deux endroit différent et en parle. Tu sais comme moi à quel point les riches oisifs sont bavard, ce qui est normal, puisqu'il n'ont que ça à faire. _ Dois-je comprendre que tu vas sortir en donnant mon nom en lieu et place du tient à tout ceux que tu rencontreras ? demanda Tom, excédé. _ Exactement ! Sauf que je n'en aurais sans doute même pas besoin, la majorité de ceux que je risque de croiser me prendront pour toi de toute façon ! fit Luc, de bonne humeur, avant de quitter la pièce. Seul, Tom soupira profondément. Comment avait-il pu oublier ? Il adorait son frère... Mais celui-ci était un démon ! Décidément, il avait besoin d'un plan... En attendant, il espérait seulement que Luc ne ferait pas trop de bêtises, sinon, il en était certain : C'est sur lui que ça retomberait ! Ici pour laisser un commentaire svp
Dernière édition par Lucifuru le Mar 2 Aoû 2011 - 4:14, édité 1 fois |
|  | | LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La relève des Carsington[R](16+) Lun 1 Aoû 2011 - 22:23 | |
| Chapitre 2 : Luc avait envie de profiter de la vie. Ces dernières années n'avaient pas été faciles, et il n'aspirait qu'a une chose : vivre enfin paisiblement. Il avait pas mal de projets, d'abord il irait à Londres et s'amuserait quelques temps, en ne s'obligeant à rien. Il se lèverait à n'importe quelle heure, ne travaillerait absolument pas, mangerait n'importe quoi, il irait au théâtre, coucherait avec des actrices, jouerait aux cartes, fréquenterai des clubs de boxes pour gentlemen – histoire de pourvoir en cogner en tout liberté - et cela jusqu'à ce qu'il s'en lasse enfin, ce qui il était sûr, ne manquerait pas d'arriver, car il rêvait aussi de stabilité. Oui, en fin de compte, Luc souhaitait rencontrer une femme qu'il pourrait épouser et fonder une famille. C'était son but final. Il achèterait un grand cottage à la campagne, loin, très loin de Londres et de tout l'hypocrisie rongeant l'Angleterre, et se retrancherait dans une vie familiale paisible. Il faillit rire ! Lui, si imprévisible, si impulsif, si intrépide, ne rêvant finalement que d'être père de famille et enterré à la campagne ! Personne n'y aurait cru. Même pas son frère Tom. Et pourtant, c'est vraiment ce qu'il désirait. Après tout ce qu'il avait vécu, il voulait seulement fonder un foyer aussi réussi que celui de ses parents où il pourrait enfin se reposer. Cela dit, en attendant, il devait encore être certain que Tom accepterait de prendre sa place. Car lui ne pouvait pas être comte - même si en attendant la mort de son père, il ne serait que vicomte. Cela aurait été une aberration ! Il ne s'imaginait pas siégeant à la chambre des lords, par exemple. Il y serait autant à sa place qu'un chien galeux à la cour du roi George ! se dit-il avec humour. Cela le gênait devoir renoncer à son prénom, mais cette société avait des règles strictes : Un domaine revenait au premier héritier mâle vivant. Point final. Conneries de lois ! Et tout ça pour trois satanés misérables heures de différences ! Luc ronchonnait mentalement tout en marchant. Ils n'étaient pas domiciliés très loin de Londres, mais la région était quand même tranquille, et Luc l'appréciait beaucoup. La nature y était abondante, et c'était selon lui l'un des plus beaux coins de l'Angleterre. Enfant, il avait nagé dans tout les lacs et ruisseaux, grimpé à nombres de grands arbres, et il était profondément attaché à cette terre. C'est la seule chose qu'il regretterait en abandonnant son héritage, pensa-t-il, mais il savait qu'il serait toujours le bienvenue dans la maison de son frère, de toute façon. Il avançait le long d'un charmant petit chemin de terre, quand il entendit une bordé de jurons. Ces exclamations lui parurent assez comique, puisque ça faisait très longtemps qu'il n'avait pas entendu des expressions aussi sages. La voix était féminine, et Luc pensa soudain qu'il aimerait sans doute beaucoup apprendre deux trois chose à cette dame. Intrigué, il quitta le chemin en se fiant à ses oreilles, et déboucha dans un sous-bois. Ce qu'il vit alors valait le coup d'oeil. Une magnifique rousse en encombrante robe bleu marine en taffetas ne cessait de donner des coups de pieds dans un tronc d'arbre tout en vociférant : _ Je n'en puis plus ! Non c'est non ! Pourquoi ils comprennent pas ! Zut ! Pourquoi personne ne m'écoutes ! Je ne suis plus une enfant ! Que dois-je faire pour qu'ils comprennent ? Flûte ! Je vais... Je vais.... Arg ! Mince de mince ! Et puis... mince quoi ! Je t'en donnerai des « c'est pour ton bien Elizabeth », Je suis la mieux placé pour décider de ce qui me concerne ! Saperlipopette ! En riant tout bas, Luc continua discrètement de l'observer. La détermination de cette demoiselle à détruire cet arbre à coup de talons faisait plaisir à voir ! se dit-il. Quelle volonté ! Quelle énergie ! De toute évidence cette jeune personne était en bonne santé, c'était certain. Et mignonne comme tout... ajouta-t-il en son fort intérieur. Adorable... Elle avait en effet un joli visage en forme de coeur, des lèvres pulpeuses, un teint pâle de vraie aristocrate anglaise, un petit nez mutin, une ligne de menton volontaire, et d'immenses yeux bleu foncés qui pour le moment étaient glacés de colère. Et ses cheveux légèrement bouclé étaient également superbes. Ils sont de la même couleur que ce bois qui donne une impression chaude et accueillante, pensa-t-il, comment s'appelait-il déjà ? Ah oui, l'acajou. Et ils possédaient autant de nuances de brun et de roux, pensa-t-il. Pendant ce temps, la femme ne l'avait pas remarqué, elle continuait à ronchonner mais ses plaintes n'étaient plus que des marmonnement féroces complètement incompréhensibles pour Luc. Pourtant elle continuait de donner des coups de pieds avec ardeur. Mais était-elle donc inépuisable ? pensa Luc. Il n'en revenait pas de voir une vrai lady ce livrer ainsi à de telles exactions, même en privé, car normalement la bonne société inculquait très tôt aux femmes à enfouir toutes émotions violentes, à se contenir, et à paraitre blasé et froide en toute circonstance. Hors en celle-ci le feu bouillait ! Puis, sans crier gare, la magnifique inconnue se mit tout d'un coup à frapper le tronc de ses petits poings gantés, tout en gémissant... Houlà, se dit Luc, mais elle va se faire mal ! Et en effet, sans la protection de ses solides bottines, cela ne loupa pas, elle poussa tout d'un coup un cri de douleur, et tint férocement sa main gauche dans sa paume droite. _ Sacrebleu ! fit-elle. _ Vous allez bien ? fit Luc en sortant de sa cachette. _ Ah ! s'exclama-t-elle en sursautant violemment, puis elle le fixa la bouche ouverte de stupeur, totalement figé. _ Vous allez bien ? redemanda Luc. Je suis désolé, je ne voulais pas vous surprendre. _ Lord Rothewell, souffla-t-elle sur un ton catastrophé, encore choqué. Luc mit un temps à comprendre. Lord Rothewell ? Ah oui ! Elle le prenait pour Tom, le vicomte de Rothewell. C'est vrai, il avait oublié que dans la haute société, les gens s'appelaient plus par leur titre, s'ils en avait un, que par leurs noms de famille. Tel était la tradition dans le royaume, et c'est pour cela que son grand père s'appelait Lord Hargate, et que le fils aîné de celui-ci était Lord Rathbourne. Et lui – enfin son frère – enfin celui qui dirait être l'aîné – serait Lord Rothewell. Sans parler que plus tard, à la mort de leur père, l'un deux deviendrait comte de Lithby à la place de celui-ci. Il était bien étonnant, en y réfléchissant, que leur père, Darius Carsington, un cinquième fils, eut hérité du titre de comte de Lithby. En fait ce titre venait du père de charlotte, décédé il y a des années. Charlotte étant fille unique, c'est à son mari qu'avait échu le titre de comte. Darius avait donné tout ce qu'il avait pu à Philip, le fils aîné de Charlotte. Mais il n'avait pas pu lui transmettre le titre et les terres du comte de Lithby. Cela lui était interdit par la loi, car seul un fils légitime pouvait hérité. Et voilà comment Luc s'était retrouvé en droite ligne sur la succession... Quelle injustice ! Et attendant son titre de comte de Lithby, il était pour le moment censé être le vicomte de Rothewell... Bon dieu ! Ce que l'aristocratie anglaise était compliqué ! pensa-t-il. Par exemple, en tant que fils du compte de Lithby il avait droit à l'appellation Lord, cependant, ses enfants eux, n'y aurait pas droit - à part l'aîné - sauf s'il épousait une fille de comte par exemple. Mais une Duchesse, elle, se désignait sous le titre de « votre grâce » se rappela-t-il. Ce que c'était absurdement complexe ! Quelle était la hiérarchie des titres déjà ? Duc, comte, vicomte, baron... Et... Fichtre et foutre ! il manquait un titre entre duc et comte, peut être même deux... Ah oui, il y avait aussi marquis ! _ Lord Rothewell ? reprit la belle inconnue. Enfer ! se dit Luc. Depuis combien de temps je divague comme ça ? Il devait avoir l'air d'un fieffé crétin ! _ Lord Rothewell ? répéta-t-elle pour la troisième fois. Vite ! Il fallait qu'il dise quelque chose. _ Vous vous êtes fait mal, je crois ? dit Luc. _ Non, ce n'est rien, nia-t-elle. _ Faites voir, exigea-t-il, en agrippant délicatement son poignet, et en commençant à retirer son gant. Au plus grand agacement de Luc, elle eut un geste de recul, et ses yeux se voilèrent de panique. Voyons ! Il lui retirait son gant, il n'allait pas la violer ! Le voisinage avait-il une aussi piètre image de son frère ? Tom n'était pourtant pas du genre agressif ! Mais Luc arrêta vite son geste car l'inconnue poussa une petite exclamation de douleur, et le gant blanc se teinta de sang. Il distingua le problème, la jeune fille s'était planté une écharde dans la paume, et en tirant le gant, il tirait sur l'écharde. _ Je vais régler ça toute seule ! dit-elle en lui retirant brusquement son bras. _ Désolé, dit-il en se rappelant l'avoir entendu dire qu'elle ne supportait plus qu'on la traite comme une enfant. _ Vous m'avez vu... s'inquiéta-t-elle. _ Vous voulez dire, tenter de faire la peau à ce pauvre chêne ? dit-il, en espérant que c'était bien un chêne. Non, je n'ai rien vu, rassurez vous. Ou si c'est le cas, j'ai déjà oublié. _ Oh... fit-elle, dubitative. Eh bien... Je vous remercie. Vous avez une mémoire très... pratique. Mais alors qu'elle disait cela, Luc perçu comme de la rancoeur dans sa voix. Elle lui en voulait alors qu'elle aurait du lui être reconnaissante ? _ Mais, avant que j'oublie, dit-il, vous pourriez me dire ce qui vous a autant contrarié pour que vous attaquiez cet arbre ? Elle lui jeta un regard si ampli de colère et... d'autre chose, qui ressemblait à de la douleur, qu'il en fut profondément remué. _ Excusez moi, Rothewell, mais je dois être chez moi pour déjeuné, et je suis déjà en retard, dit-elle en faisant mine de s'en aller. _ Attendez ! dit-il en lui saisissant doucement le poignet, qu'il ne tint qu'une ou deux secondes car son geste avait eut l'air de l'hérisser. _ Ais-je fais quelque chose qui vous a déplu ? demanda-t-il. Ou plutôt mon frère, pensa-t-il in petto, car il ne voyait pas d'autre explication à son attitude. De toute évidence elle connaissait Tom et avait une raison de lui en vouloir. Elle le regarda, excédé, et lui lança : _ Je vois que votre mémoire est véritablement pratique ! Vous oubliez tout ce qui vous arrange n'est ce pas ? Si vous avez vraiment oublié, ne comptez pas sur moi pour raviver vos souvenirs. Cela étant, n'ayant pas votre capacité surhumaine à éludé tout ce qui m'ennuie, je vous prierai, Lord Rothewell, de ne plus jamais m'adresser la parole. Sauf en publique à la rigueur, et encore, uniquement lorsque les règles de la courtoisie l'exigeront. Et sur ses mots, elle partie d'un pas vif, laissant Luc plus que dubitatif. Bon sang ! Mais que lui avait fait Tom ? Son frère était pourtant inoffensif ! Il devait vite aller interroger ce dernier. Au manoir de Rothewell, Tom, toujours dans la bibliothèque, se triturait les ménages pour trouver une solution à son problème : Son frère, quand celui-ci débarqua en toute pompe. _ Que lui as tu fais ? demanda-t-il. _ Pardon ? fit Tom. _ Une jeune femme, ravissante. Des boucles brunes aux reflets roux, des yeux bleus d'acier, et un tout petit nez légèrement retroussé ! Et elle te hait ! expliqua Luc. _ Ah... Tu as croisé Elizabeth Carmichael ? demanda Tom, intrigué. Elizabeth... se dit Luc, en faisant courir le nom dans son esprit. Elizabeth Carmichael... Cela lui allait bien... _ Que lui as tu fais Tom ? Elle nous en veut affreusement ! _ Elle m'en veux affreusement, le corrigea Tom. Toi, elle ne te connait même pas. _ Peu importe ! fit Luc, excédé. Ne change pas de sujet. Pourquoi te déteste-t-elle ? _ Je ne pense pas qu'elle me déteste vraiment... dit Tom pensivement. _ En tout cas, elle ne veut plus te voir... lui apprit Luc. _ C'est compréhensible, Luc. À mon avis, si elle avait l'air en colère, c'est qu'elle t'en voulais de ne pas l'avoir évité après ce qui est arrivé entre nous... _ Mais qu'est ce qui est arrivé entre vous, bon sang ! éructa Luc. Oh mon dieu ! pensa-t-il. Ne me dîtes pas que mon frère et elle... Ils n'avaient pas eut une liaison tout de même ? _ Elle m'a demandé en mariage, dit Tom. _ Quoi ! fit Luc, littéralement estomaqué. Elle, t'a demandé en mariage ? Elle ? Pas toi ? _ Non, c'est elle qui est venue me voir. Et j'ai refusé. _ Pourquoi ? lâcha tout d'un coup Luc. Luc s'en voulu immédiatement d'avoir dit ça. La réponse était évidente, Tom avait refusé parce qu'il n'était pas encore prêt pour le mariage. Mais cette Elizabeth était tellement tentante ! Si elle lui avait fait une telle proposition, à lui, il aurait certainement bégayé pendant dix minutes, avant de lui jurer un bonheur et une fidélité éternelle. Tom le regardait attentivement... Oh non ! Cela n'allait pas ! Son cadet avait toujours trop bien su lire en lui... _ Elle t'as plu, on dirait... dit simplement Tom. Si elle lui avait plu ? Il avait été fasciné, touché, intrigué, amusé. Il avait voulu la toucher, la réconforter, la caresser, la réchauffer, l'aimer. Et il avait eu un début d'érection... Oh bon sang ! Il était cuit ! Luc se connaissait, il savait qu'il était quelqu'un d'extrême. C'était toujours tout ou rien avec lui. Hors, jusque là, aucune femme ne l'avait jamais vraiment intéressé, et celle-ci, l'avait ensorcelé. Il était ferré comme un poisson. Perdu. Mais cela ne l'aurait pas dérangé, si elle avait été dans le même cas. Piégé elle aussi. Mais elle ne voulait même pas lui adresser la parole ! Il se souvenait de sa voix froide et distante : « Sauf en publique à la rigueur, et encore, uniquement lorsque les règles de la courtoisie l'exigeront. » Malheur ! Comment allait-t-il pouvoir la séduire dans de telles conditions ? Il devait avoir l'air perdu, car son frère s'approcha et vint lui poser une main sur l'épaule. _ C'est à ce point là ? demanda-t-il. _ Il y a quelque chose... dit Luc, que je n'ai jamais ressentit avant. _ Je vois... fit Tom. _ Pourquoi t'a-t-elle demandé en mariage ? demanda tout d'un coup Luc, anxieusement. Elle est amoureuse de toi ? _ J'en doute, fit Tom. C'est pour cela que je n'ai eu aucun mal à refuser d'ailleurs. Elle ne m'aime pas. Je crois qu'elle veut un mariage de convenance. _ Un mariage de convenance ? s'offusqua Luc, d'une toute petite voix. Ce serait impossible avec lui, se dit-il. Il était incapable de faire les choses à moitié. S'il se mariait un jour, il exigerait tout de sa femme : Son corps, son coeur, et son âme, sans exceptions. _ Je crois qu'elle a des ennuis, dit Tom. Luc se rappela de la façon dont-elle avait passé sa rage sur ce pauvre arbre, et conclu à voix haute : _ Oui, moi aussi. _ Si nous trouvons quel est le problème, dit Tom, nous pourrions certainement l'aider. _ Et elle nous serait redevable... dit Luc, dans un souffle. Tom sourit, son frère était vraiment machiavel des fois... Cela dit, il n'était pas exactement aussi innocent que l'agneau qui vient de naître, lui non plus. Car il essayait déjà de voir dans toute cette histoire un moyen de parvenir à ce que Luc accepte son titre de comte... Elizabeth Carmichael tremblait. Elle avait beau essayer de se calmer, ses mains vibraient, et ses jambes flagellaient. Mon Dieu ! Mais qu'est ce qui était arrivé au vicomte de Rothewell ? Il lui avait paru... différent ! Si Elizabeth lui avait fait cette demande extrêmement gênante l'autre fois, c'était justement parce que Lord Rothewell lui apparaissait comme un parfait gentleman. C'était un homme poli, gentil, et responsable. Il n'avait rien d'excitant, bien sûr, mais au moins avec lui elle n'aurait pas eu peur qu'il se serve d'elle, ou qu'il la brutalise. Cela aurait été une union sécurisante, et une fois vicomtesse, elle aurait bénéficié de toute la protection dont elle avait besoin. De plus, elle serait un jour devenue comtesse, ce qui n'était pas non plus complètement négligeable... Bien sûr, lorsque Lord Rothewell avait refusé, elle avait été gêné au plus haut point, mais il avait été très gentil, et lui avait promis qu'il serait d'une grande discrétion. Il avait réussi à la calmer, et elle était partie en se disant que Rothewell aurait vraiment été l'union idéale pour elle. Il était vraiment charmant. Un type bien, un vrai. Un peu ennuyeux peut être, mais avec tout ce qui risquait de lui tomber dessus ces derniers temps, elle ne rêvait que de monotonie et de sûreté. Mais quand elle l'avait vu aujourd'hui, quelque chose avait craqué en elle. Elle ne savait pas exactement pourquoi il l'avait mise aussi en colère ; C'était certainement parce qu'il l'avait déstabilisé en apparaissant au pire moment qui soit. Fallait-il toujours que se soit devant lui qu'elle se ridiculise ? Ou peut être parce qu'il lui avait fait mal en enfonçant l'écharde qu'elle avait dans la main, encore plus profondément. Ou peut être était-ce tout simplement lié à son sourire – un sourire de fripouille – qu'il avait affiché tout du long de leur conversation, ou presque. Et puis il l'avait regardé de manière dérangeante... se dit-elle. Dans ses yeux, elle avait cru voir... de l'envie. Et cela lui avait fait peur. Et puis il lui avait semblait plus fort, plus animal. Mais elle avait du rêver ! Après tout, il ne s'intéressait pas vraiment à elle, sinon il lui aurait suffit d'accepter son offre, et une fois qu'elle aurait été sa femme, il aurait pu faire d'elle ce que bon lui semblait. Elizabeth frissonna. Plus jamais elle ne voulait revivre ça. Être sans défense. La proie, le jouet d'un homme. Elle était maintenant presque rassurée que Rothewell ait refusé son offre. Il n'était peut être pas ce qu'elle avait cru finalement. Il était peut être dangereux... Quel dommage, s'il avait été vraiment tel qu'elle avait cru le voir – c'est à dire un homme doux et honnête – il aurait été parfait. Mince, elle ne savait plus où elle en était ! En tout cas, le Rothewell qu'elle avait croisé aujourd'hui l'avait mise sans dessus-dessous. Elle en tremblait encore de nervosité. Mon Dieu ! Elle espérait vraiment qu'a l'avenir il se comporterait en gentleman, et qu'il l'éviterait autant que faire ce peut ! Sinon... Eh bien sinon elle le repousserait, et lui ferait bien comprendre qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec lui ! Confiante, Elizabeth reprit le chemin de chez son oncle. Certes, elle n'était pas sortit d'affaire, mais au moins elle avait eu le dernier mot aujourd'hui ! Elle se rappela le visage qu'il avait eu lorsqu'elle lui avait froidement expliqué qu'il n'était plus autorisé à lui adresser la parole. Il avait eu l'air estomaqué, il s'était figé, la bouche entrouverte. Elizabeth rit, il l'avait peut être intimidé, mais elle ne s'était pas laissé faire. Et si jamais leurs routes se recroisaient en privé, elle réussirait bien à l'envoyer sur les roses de nouveau. Et puis après tout, elle avait des problèmes bien plus important que l'étrange double personnalité de Tom Carsington... Ici pour laisser un commentaire svp
Dernière édition par Lucifuru le Lun 22 Aoû 2011 - 15:34, édité 3 fois |
|  | | LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La relève des Carsington[R](16+) Ven 12 Aoû 2011 - 4:11 | |
| Chapitre 3 : Tom avait enfin un plan. Un plan hautement immoral, certes, mais qui obligerait Luc à accepter d'assumer son héritage. C'était un plan dangereux qui pouvait ruiner la vie de son frère, et pire, celle d'une jeune femme innocente. Mais, cela pouvait aussi finir parfaitement bien, et Tom l'espérait. Ce qui rassurait Tom, c'était que malgré ces douze ans d'absences, Luc n'avait pas beaucoup changé, et qu'il connaissait son frère. C'était un individu caractériel et despotique, certes. Mais il était droit, entier et dépourvu de cruauté. Et surtout, il savait ce qu'il voulait et ne changeait presque jamais d'avis. C'était un de ces hommes qui ne font le dont de leur coeur que pour la vie. Et pour toute la vie. Tom savait, que si son frère avait été différent, il aurait pu le détester. Après tout, Luc avait toujours été le préféré de tout le monde, et Tom était resté dans son ombre. Luc étincelait, et malgré le fait qu'ils soient en théorie identiques tout les deux, Luc accaparait toujours tout les regards et toutes les attentions. Oh ! Leurs parents les avaient aimé autant l'un que l'autre. Seulement, il était sage, alors que Luc se faisait gronder constamment. Et c'était idiot, mais Tom en était même venu à jalouser ces disputes. Car ses parents faisaient plus d'effort pour Luc que pour lui. Il n'avait pourtant jamais pu se résoudre à faire des bêtises rien que attirer l'attention de ses parents. Il aurait trouvé cela idiot. Oui, Tom aurait pu haïr son frère. Seulement, Luc l'adorait. Tom ne savait pas pourquoi il en avait toujours était ainsi. Mais c'était le cas. Luc l'adorait. Certes, il lui arrivait de se moquer de lui, ou de le manipuler, mais ce n'était jamais cruel, et quand Luc lui ordonnait quelque chose c'était bien souvent plus parce qu'il avait besoin d'aide que pour le plaisir de commander. De plus, Luc avait autant donné qu'exigé. En effet, Luc avait toujours été prêt à lui rendre service. Tout le temps. Luc avait aidé et défendu son frère à chaque fois que l'occasion s'était présenté. Parfois, Tom aurait aimé le détester, lui en vouloir, ou même l'ignorer. Mais Luc revenait le voir, avec un grand sourire sur le visage, lui claquait amicalement le dos, et se mettait à lui raconter des âneries d'un ton joyeux, et Tom regardait son frère, et voyait dans son regard qu'il était aimé. Tom ne comprenait pas pourquoi. Il n'avait rien de spécial. Rien d'admirable. Il était beau. C'est tout. Mais évidement, son frère l'était tout autant. D'ailleurs, Tom avait souvent l'impression qu'il n'était beau que parce qu'il était la copie de son frère. Le jumeau. N'était-ce d'ailleurs pas ce que voulait dire son nom ? Jumeau ? Il n'avait rien de spécial. Il était intelligent, c'est vrai, mais là encore, il ne savait rien faire d'exceptionnel. Il parlait une dizaines de langues, mais après tout des milliers de gens parlent français, espagnol, allemand, arabe, grec, italien, etc... Et même s'ils ne parlent pas toutes ces langues à la fois, quelle importance ? Ils les parlent aussi bien que lui, après tout. Tom ne savait rien faire d'unique. Alors que tout ce que faisait Luc était unique. Et il y arrivait sans effort, c'était tout simplement dans sa nature. Et quand il faisait des efforts – heureusement que cela arrivait rarement – c'était encore pire ! Il se transformait alors en génie. Comme il l'avait fait avec la musique. Tom avait surpris ses parents à écouter Luc jouer du piano en pleine nuit. Et il les avait entendu en pleurer de fierté et d'émotion. Luc était un compositeurs doué, très émouvant, qui savait vous retourner les tripes. Et le pire c'est qu'il ne s'en vantait même pas ! Il jouait en cachette ! Un jour, Tom avait demandé à son frère : « Pourquoi tu m'aimes autant ? » Et sidéré, Luc avait répondu : « Mais ! Parce que je te connais et que tu le mérites ! » Et en voyant que Tom n'était pas convaincu, Luc c'était mit à réciter la liste des qualités de son frère. « Tu es honnête, tu es gentil, tu es loyal, tu es intelligent, tu es de bon conseil, tu te soucie des autres, tu es consciencieux, tu es travailleur, tu es doux, tu es responsable, tu es sensible, tu es fiable... » Et Luc avait conclu en disant : « Tu es mon frère, et tu es quelqu'un d'exceptionnellement bon ! Pourquoi ne t'aimerai-je pas ? En plus, sans toi, je me serais ennuyé à mort toutes ces années ! ». Oui, Luc était comme ça. Il aimait son frère, et il osait le crier sur les toits. Tom, lui, n'avait jamais dit à son frère qu'il l'aimait. Et Luc, sans doute persuadé que c'était le cas, ne lui avait jamais posé la question. Et ce qui agaçait Tom, c'est que Luc avait raison. Tom aurait voulu ne pas aimer son frère. Mais il était trop aimé lui même pour pouvoir se le permettre. Luc l'avait enchaîné avec de l'amour. Et Tom n'avait jamais eu aucune chance de pouvoir lui résister. Pourtant, aujourd'hui, Tom s'apprêtait à jouer un très mauvais tour à son frère. Mais cette fois, Luc avait dépassé les bornes. Cela faisait 12 ans que Tom était dévoré par la culpabilité, car il avait l'impression d'occuper la place d'un autre, comme si toute sa vie avait été un mensonge. Comme s'il n'était que « le fils de remplacement », le bouche trou, la mauvaise copie dont on se contentait en l'absence de l'original... Et une fois Luc de retour, il exigeait que Tom continue cette comédie. Seulement, Tom n'en pouvait plus. Il voulait être lui. Et seulement lui. Et il n'était pas Luc Carsington vicomte de Rothewell. Cela, c'était son frère, et ce dernier allait devoir l'accepter. Tom n'avait jamais rien fait d'horrible dans sa vie. Petit, il n'arrachait pas les ailes des insectes, il n'urinait pas sur les fourmilières, il ne torturait pas les méduses avec un bâton, il ne tirait pas les cheveux des filles... Cela dit, Luc non plus n'avait jamais rien fait de tout cela. Mais Luc avait volé de l'argent directement dans les poches des gens, il avait fugué des dizaines de fois, tiré la langue aux adultes des centaines de fois, et il avait prononcé des mots vulgaire rien que pour le plaisir de choquer les gens, des milliers de fois... Et Tom n'avait jamais rien fait de tout cela. Pourtant, aujourd'hui Tom allait faire quelque chose de tellement horrible, que même Luc ne l'aurait jamais fait. Luc aurait encore préféré mourir plutôt que de faire quelque chose d'aussi grave. Tom en était à là de ses pensées lorsqu'il frappa chez Michael Stirling, comte de Kilmartin, et cousin par alliance d'Elizabeth Carmichael. _ Oui ? C'est pour quoi ? lui demanda le valet qui vint lui ouvrir la porte. _ Je voudrais m'entretenir avec Mlle Carmichael, si elle est ici, dit Tom. Le valet leva un sourcil, visiblement contrarié. _ Avec Lady Elizabeth ? _ Oui, c'est important, mais je lui parlerai en la présence d'un chaperon, bien sûr. _ Bien sûr, répéta le valet d'un ton où planait la menace. Tom, même s'il n'en laissait rien voir, était secrètement amusé. Mlle Carmichael était vraiment bien gardé ! Le valet s'éclipsa enfin du pas de la porte pour le laisser entrer, et lui dit de patienter dans le salon où il le laissa. Quelques minutes après, la porte s'ouvrait sur la ravissante jeune femme qui lui avait déjà fait une demande en mariage. _ Qu'êtes vous venu faire ici ? s'offusqua-t-elle. Je croyais avoir été clair. _ Oh, vous l'étiez, fit Tom. Mon frère a parfaitement comprit le message d'ailleurs. _ Votre frère ? dit Elizabeth. _ Oui, mais c'est une histoire compliqué, et nous serions mieux assit, dit-il en désignant d'un élégant geste de la main le confortable canapé en velours bleu style Louis XVI. _ De plus, je crois que quelqu'un devrait nous apporter du thé, cela rassurerait votre valet que les domestiques puissent constater que nous ne faisons que discuter, continua Tom, galant. _ Je vois que vous avez rencontrer Nigel, dit Elizabeth en tirant la corde pour sonner les domestiques, puis ils prirent place autour de la table basse. _ Oui, vous avez de la chance de pouvoir ainsi compter sur votre domesticité, vous savez ? _ Je sais, assura Elizabeth en regardant une jeune domestique leur servir le thé. Luc attendit qu'ils soient seuls, pour lui dire : _ Avant hier, c'est mon frère que vous avez rencontré. _ Pardon ? fit-elle. Mais votre frère a disparut quand il était enfant ! Tom n'était pas étonné qu'elle s'en souvienne. Après tout à l'époque ses parents avaient retourné toute l'Angleterre pendant trois bonnes années afin de trouver la moindre piste de leur fils. _ Il est revenu, dit Tom. _ Oh ben cela alors ! s'exclama Elizabeth qui comprenait maintenant pourquoi cette rencontre dans le sous bois lui avait parut si différente. _ Oui, et c'est moi qui suis revenu, dit-il. _ Pardon ? fit Elizabeth, qui s'y perdait un peu. _ Je suis Luc Carsington, vicomte de Rothewell, l'aîné. Je suis revenu depuis deux mois environ, mentit-il avec calme. _ Non ! fit Elizabeth. Je présume que vous ne me direz pas où vous étiez tout ce temps ? _ J'étais... retenu contre mon gré à l'étranger. Mais je n'en dirais pas plus pour le moment... Elizabeth hocha la tête, et le silence ce fit. _ Elizabeth, dit-il, je peux vous appeler Elizabeth ? Après une hésitation, elle hocha la tête. _ Elizabeth, j'ai véritablement étais honoré de votre demande en mariage. _ Ce n'est pas la peine de mentir... dit-elle. _ Je ne mens pas, je vous assure. Seulement vous pensiez faire une demande à Tom Carsington, hors je suis Luc Carsington. Et à ce moment là je ne pouvais pas vous dévoiler ma véritable identité. Croyez bien que j'en suis désolé. Elle se redressa soudain, avec une lueur d'espoir dans les yeux qui fit du mal à Tom. Il ne voulait pas qu'elle ait foi en lui alors qu'il lui mentait insolemment ! _ C'est pour cela que vous avez refusé ? dit-elle. _ Oui, et uniquement pour cela, dit-il avec un goût de bile dans la bouche qu'il chercha à faire disparaître en buvant une gorgée de thé. Il n'aurait pas été honnête que vous ne connaissiez même pas le véritable nom de votre fiancé, n'est ce pas ? _ Non, effectivement, dit-elle. Mais dois-je comprendre que désormais rien ne vous empêche plus d'accéder à ma requête ? _ Effectivement, Elizabeth, dit-il d'une voix chaude. Je suis ici pour vous dire que si vous souhaitez toujours de moi, ce serait avec joie que je vous prendrais pour femme et vous jurerais fidélité éternelle. _ Oh ! fit Elizabeth, touché. Eh bien... J'accepte, évidement, après tout n'est ce pas moi qui vous ai choisi la première ? _ Si, et je vous en suis très honoré, dit Tom, qui cette fois ne mentais pas, même s'il ne comprenait pas pourquoi cette femme souhaitait l'épouser. _ Eh bien... dit-elle un peu livide. J'étais bien loin de me douter de tout ceci en me levant ce matin... _ Oui, fit Tom. Cela peut faire un choc, c'est une décision importante... Mais j'ai une condition à ce mariage, dit-il. _ Ah bon ? fit-elle, soudain méfiante. _ Oui, rien de grave cependant, affirma-t-il, j'ai ici une dispense de publication des bans et j'aimerai que nous nous marions dès aujourd'hui. _ Dès aujourd'hui ? Est ce vraiment nécessaire ? demanda Elizabeth, incrédule. _ C'est ma condition à ce mariage, dit-il. J'ai d'ores et déjà réservé l'église et le pasteur, ils nous attendent. _ Et les témoins ? demanda Elizabeth. _ Le pasteur aura bien engagé deux trois individus pour remplir ce rôle, fit-il avec un geste d'ennui. _ Je dois au moins prévenir mon oncle, fit Elizabeth. Tom connaissait Michael Kilmartin, c'était un homme qui aurait tôt fait de flairer le coup fourré dans cette histoire, et qui ne laisserait pas sa cousine – le fut-elle même par alliance – se marier du jour au lendemain – même avec un pair du royaume à la réputation sans tâche, comme la sienne – pensa Tom, avant de réalisé que c'était SA réputation qui était sans tâche. Et qu'il se faisait pour le moment passer pour son frère, un individu qui avait vécu on ne sait comment pendant douze ans, et qui n'était peut être pas du tout recommandable. _ Votre cousin serait un sot s'il nous laissait nous marier sur-le-champ, dit-il simplement. Et bien que je ne l'ai plus revu depuis des années, nous jouions ensemble enfant, et je ne l'ai jamais trouvé idiot. _ Effectivement, avoua Elizabeth, en se dandinant sur sa chaise. _ Je pense de toute façon, dit tranquillement Tom, qu'a votre âge c'est à vous, et à vous seule, de prendre votre décision. Mais sachez que je serais un bon mari. Je ne vous tromperais pas avec d'autres femmes à moins que vous me refusiez votre couche un long moment – et même alors je ferais preuve d'une grande discrétion – je ne vous forcerai pas à faire votre devoir dans la chambre conjugale, et je vous accorderai même une rente confortable en vous laissant libre de dépenser cet argent comme vous le souhaiteriez. Elizabeth se fit pensive. C'était bien ce qu'elle avait imaginé en choisissant le vicomte de Rothewell. Cet homme lui avait tout de suite parut bon et respectueux, si bien qu'elle n'avait pas de mal à croire en ses promesses. De plus, ils ne tomberait pas amoureux, ils en viendraient peut être à éprouver de l'affection, ou à être ami, mais il n'y aurait jamais de passion entre eux. Et c'était parfait. C'était tout à fait ce que voulait Elizabeth. _ Bien, fit-elle, j'accepte. Quand partons nous ? _ Tout de suite, fit-il. Non loin de là, au manoir de Rothewell, Luc Carsington s'exerçait au tir sur cible en extérieur, quand un valet vint lui apporter un billet. C'était l'écriture de son frère, et ce dernier lui demandait de se rendre de toute urgence à l'église St-Georges. Comme « de toute urgence » était souligné – deux fois – Luc pensa immédiatement que son frère avait des ennuis et prit donc sa requête très au sérieux. Arrivé à l'église Luc ne comprit d'abord pas grand chose. On ne le laissa pas rentré. Il hésitait à forcer le passage – son frère était à l'intérieur et avait peut être besoin d'aide, sinon pourquoi ce message ? – mais il ne pouvait tout de même pas faire couler le sang au pied des marches d'une église ? Même lui, considérait qu'il avait plus d'éducation que cela... Mais il commençait pourtant à changer d'avis – au diable les convenances si elles mettaient en danger la vie de son frère – quand tout d'un coup on lui permit d'entrer. C'est alors que son coeur s'accéléra, que son souffle se coupa, et qu'il eut l'impression de tomber en avant, tout cela en même temps. Car il était en train d'épouser Elizabeth Carmichael. Il était là, à côté d'elle, en train de signer le registre. Sauf qu'il était aussi debout près des portes, en train de regarder son propre mariage – qui était déjà terminé d'ailleurs, et il fut une seconde déçu d'avoir raté le baisé de la marié. Lorsque tout d'un coup il comprit. Son frère. Pas lui... C'était son frère. Luc crut qu'il allait devenir fou. C'était comme si le monde avait tourné sur son axe. Comme s'il s'était retourné. Que le bas était devenu le haut et inversement. Il n'était pas dans son monde. C'était impossible. Il avait basculé ailleurs. Dans une autre Angleterre. C'était la seule possibilité. Parce que jamais Tom n'aurait fait ça. Ce devait être un autre Tom là-bas. Parce que jamais son frère à lui, en sachant l'effet que lui avait fait la merveilleuse Elizabeth, n'aurait pu la mener à l'autel. C'était ridicule. Impensable. De la pure folie. Comme un automate, Luc s'avança vers l'autel. _ Tom ? appela-t-il d'une voix brisé qui lui rappela celle d'un enfant effrayé. _ Luc... fit celui-ci en se retournant. _ Qu'est ce que cela veut dire ? dit Luc, en ne sachant s'il devait étrangler son frère ou pas. Mais pour le moment il n'était pas en colère. Il n'était pas grand chose d'ailleurs. Il se sentait juste malade, très malade. _ Elizabeth, fit son frère à la ravissante créature qui venait elle aussi de se retourner, je te présente Luc, ton mari. Et elle eut alors tout d'un coup l'air aussi malade que lui même, et Luc se demanda distraitement s'ils allaient tout les deux se mettre à vomir. _ Pardon ? fit-elle en se tournant vers Tom, livide. Mais c'est vous mon mari ! _ Non, fit son frère, qui commençait lui aussi à perdre ses couleurs – et Luc remarqua du coin de l'oeil que le pasteur n'en menait pas large non plus. _ Non, continua implacablement son frère, je suis Tom Carsington, et vous avez épousé Luc Carsington, que voici. _ Mais, fit-elle d'une voix si faible et désespéré que Luc trembla en l'entendant. Vous m'aviez dit que vous étiez Luc Carsington. _ J'ai mentit, dit son frère. C'est à mon frère que vous êtes marié. Un silence de plomb tomba alors dans l'église. _ Mais qu'est ce que tu as fais ? balbutia Luc au bout d'un moment. _ C'est impossible ! dit tout d'un coup Elizabeth. Ça ne peut pas être légal ! Ce mariage est caduque ! C'est une honte ! C'est parfaitement méprisable ! Je... Je... Je ne l'accepterai pas ! _ Vous avez prêté serment devant Dieu, intervint le pasteur, et ce mariage est parfaitement légal. _ Nous le faisons annuler sur-le-champ, dit Luc d'une voix froide ou commençait à grandir une colère titanesque. _ J'ai bien peur que c'est impossible, dit Tom. J'ai d'ores et déjà envoyé une lettre à la cour du roi pour le prévenir que le vicomte de Rothewell se mariait. La lettre est partie ce matin. À ses mots Luc crut que Elizabeth allait s'évanouir, mais elle le surprit, elle chancela bien mais eut tôt fait de se redresser, et les yeux étincelant d'une colère terrifiante, elle alla planter son index dans la poitrine du pasteur et articula distinctement, la mâchoire serré : _ Vous allez faire annuler ce mariage. Vous n'avez pas honte ? Vous êtes complice ! Le pasteur eut un regard douloureux, mais il regarda Tom droit dans les yeux et répondit : _ Je suis sincèrement désolé, mais vous êtes marié. Vous avez prononcé vos serments devant Dieu et rien ne saurait défaire cela. Rien. _ Mais je ne les ai pas prononcé devant la bonne personne ! hurla Elizabeth. _ Vous avez juré d'épouser Luc Carsington, vicomte de Rothewell, futur comte de Lithby, et c'est ce que vous avez fait, dit le pasteur. _ Et vous osez vous dire un homme de Dieu ? s'offusqua-t-elle, au bord de la nausée. _ C'est sans doute un ami à mon frère... réalisa tout haut Luc. _ Effectivement, lui confirma Tom. Il me rend un service qu'il me doit bien.... _ Je vois... fit Elizabeth, désenchantée. _ Mais cela ne marchera pas ! cria-t-elle avec une haine impressionnante. Je n'obéirai pas ! Je me moque de vos manigances ! Je me moque de la loi ! Je me moque des faux serments arraché par la duperie ! Et je me moque de la cour du roi ! Je ne suis la femme de personne ! Et je vais quitter le pays s'il le faut ! Et elle entreprit de sortir comme une furie. Mais lorsqu'elle passa devant Luc, celui-ci lui saisit le poignet au passage, et il serra fort. _ Vous êtes ma femme, dit-il simplement. Elle le regarda comme s'il était fou. _ Et toi, tu es le vicomte de Rothewell, dit Tom. C'est lui qu'elle a épousé. Luc n'avait même pas la force de fusiller son frère du regard... Il se contenta de répondre : _ Oui, je sais. Je n'ai pas le choix désormais. S'il devait choisir entre accepter son titre, ou perdre la femme de sa vie, il ne pouvait hésiter, réalisa Luc. Et c'est justement ce sur quoi son frère avait parié. Son frère qui le connaissait trop bien... _ Vous êtes fou ! hurla Elizabeth en essayant de se dégager. Lâchez moi ! Vous êtes tous fou ! Tous autant que vous êtes ! Laissez moi partir ! Puis, sans un mot, ni un regard de plus pour son frère, Luc souleva Elizabeth dans ses bras, et il la jeta sur son épaule. Elle se débattu, mais il l'ignora. Avant de sortir, il dit néanmoins d'un ton beaucoup trop calme et sans se retourner : _ Tom, comme je suis vicomte, le manoir m'appartient. Je ne veux pas t'y voir. Si tu y met les pieds, je te fais la peau. Et il rejoignit son fiacre qui était toujours garé devant l'église. _ Monsieur ? fit Niblett, un domestique qui était depuis toujours dans la famille. _ C'est milord maintenant Niblett, l'informa Luc. Je suis vicomte, et je viens de me marier. Ramène nous à Rothewell House. Le domestique acquiesça, et sur ce Luc monta dans la voiture avec sur le dos une ravissante créature qui lui donnait des coup de pieds dans les côtes tout en l'insultant et en hurlant à l'aide. Ici pour laisser un commentaire svp |
|  | | LucifuruPlume d'oie Messages: 179 Inscrit le: 27/01/2011 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La relève des Carsington[R](16+) Ven 7 Oct 2011 - 20:45 | |
| Chapitre 4 : Luc venait de claquer la porte de la chambre, après y avoir trainé une Elizabeth survoltée et terrifiée à l'intérieur. Appuyé contre le la porte en bois massif qui ne cessait de tressauter, percuté par les poings d'Elizabeth, Luc avait envie de vomir. Il savait qu'il devrait être en train de lui parler. De la rassurer, de lui expliquer. Jamais il n'aurait du la trainer de force chez lui sans un mot d'explication. Malheureusement, Luc était incapable pour le moment de communiquer avec sa femme. Bon Dieu ! Sa femme ! Cela avait été si rapide ! Ridiculement trop rapide... Il aurait du la rencontrer à plusieurs reprises pendant de long mois, passer des nuits entières à rêver d'elle, belle et inaccessible. Et finalement, ils seraient devenue amis, et il aurait pu commencer à avoir pour elle des petits gestes d'affections. Il l'aurait appelé par son prénom, il l'aurait guidé par la main quand ils se seraient promené seuls, il aurait dégagé pour elle une mèche de cheveux qui la gênait et en aurait profité pour jouer un peu avec la boucle, tout en imaginant secrètement ses cheveux déliés et étendus sur la soie blanche d'un oreiller. Puis, des jours plus tard, il l'aurait embrassé dans un endroit discret, se serait collé contre elle pour qu'elle sente l'ardeur de son désir. Et enfin, il aurait fait sa demande et durant toute la duré de leurs fiançailles il l'aurait embrassé et caressé en cachète dans des lieux de plus en plus improbable, faisant monter en elle le désir afin qu'elle ne soit que trop consentante le jour de la nuit de noce... Et au lieu de tout cela, de ce qui aurait du constituer les moments les plus heureux de son existence, la femme qu'il aimait était séquestrée, terrorisée, et persuadée qu'il allait prochainement la violer, que ce n'était qu'une question de temps. Il aurait du lui assurer qu'il ne lui ferait rien. Mais il brûlait de désir. C'était sa femme, il en était certain. La seule, l'unique, et c'était dramatique car dans le cas contraire tout aurait été extrêmement simple, il se serait contenter de demander un divorce. Or, s'il libérait Elizabeth, elle le fuirait de toute ses forces. Il savait qu'elle ne comprendrait pas. Ils ne s'étaient rencontré qu'une seule et unique fois. Jamais elle ne croirait qu'il l'aimait. Cela aurait dut paraître fou à toutes personnes sensées, pourtant Luc savait qu'il ne se trompait pas, et ça ne l'étonnait pas : Il avait toujours su juger les gens rapidement, et d'une nature extrêmement franche, il n'avait jamais su se dissimuler à lui même ses propres sentiments... Contrairement à tant d'homme de sa connaissance... De plus, il était un rapide, il savait ce qu'il voulait et ne changeait que très rarement d'avis. Hors, Elizabeth était une des certitudes les plus forte qu'il ait jamais eu. Cette femme était à lui ! Et elle avait des ennuis... De gros ennuis... S'il la laissé partir, il avait peur qu'il ne lui arrive malheur. Et puis... Il ne voulait pas qu'elle parte ! – Ouvrez ! hurla pour la énième fois Elizabeth en tambourinant contre la porte. Luc, toujours adossé de l'autre côté, grinça des dents et grommela en sentant la porte trembler contre ses épaules. Elle allait vraiment finir par se faire mal ! – Alistair ! cria-t-il, appelant son valet. – Oui ? fit ce dernier, en montant les escaliers, certainement déjà alerté par les cris et les coups d'Elizabeth. – Où est la clé de cette fichu porte ? questionna Luc. – Elle est dans le tiroir de la commode du salon, qui contient toute les clés... – Va la chercher, bougonna Luc. – Dois-je comprendre que vous allez l'enfermer ? demanda Alistair, le visage impénétrable. Luc soupira et jeta un oeil à son valet. Alistair était jeune. À peine plus vieux que lui même. Luc se souvenait qu'ils avaient joué ensemble enfants. Il se souvenait qu'il avait souvent abusé du sérieux de son camarade et lui avait joué quelques sales tours. Rien de bien méchant, mais il s'était quand même amusé à ses dépends de nombreuses fois. Luc se souvint notamment avec malaise que c'était les vêtements d'Alistair qu'il portait le jour de son enlèvement. – Quel âge avez-vous Alistair ? demanda Luc, pensif. – Euh... Et bien, je vais avoir vingt-sept ans le mois prochain... prononça-t-il avec prudence, déconcerté à la fois par le brusque changement de sujet, et par le changement de ton de son patron, passé au vouvoiement. – Ouvrez cette porte ! Vous m'entendez ? Ouvrez ! intervint Elizabeth en redonnant plusieurs coups sur la porte. – Vous m'appréciez Alistair ? demanda Luc, tout d'un coup. Le domestique parut sidéré de la question, et resta silencieux. – Je sais que je vous ai joué quelques tours quand j'étais enfant, ajouta Luc. Je vous dois même une tenue entière, de la tête au pied. – Ah, alors c'était vous ? Je dois dire que je m'en doutais... fit Alistair avec un petit sourire. – Je me suis souvent servi de vous quand j'étais enfant, n'est ce pas ? continua Luc. – Ce n'était rien, assura Alistair. Vous n'étiez pas si terrible. – Pourtant, une fois, je vous ai bien enfermé à la cave non ? – Oui, mais je ne crois pas que c'était méchant. Vous vouliez seulement vous amuser... – Vous êtes bien tolérant... Merci, sourit Luc. Dois-je en conclure que vous m'appréciez ? – Je vous appréciais, conclu Alistair. Mais c'était il y a longtemps, et je ne sais pas ce que vous êtes devenu. Enchanté, Luc afficha un grand sourire. – Eh bien vous pouvez être rassuré Alistair ! Je n'ai pas vraiment changé... Seulement je vous promet de ne plus vous enfermer dans la cave. Par contre je risque encore de vous voler vos vêtements... à l'occasion... – Je vois... fit Alistair, amusé malgré lui. Eh bien je crois que si ce n'est que ça, je pourrais parvenir à m'y faire... – Alistair, reprit Luc de nouveau sérieux, je dois aller parler à mon frère... Or ma femme est furieuse, et j'ai peur qu'elle ne profite de la moindre opportunité pour s'enfuir. De plus, je la soupçonne d'être en danger. Je crois que quelqu'un dehors lui veut du mal... Les coups sur la porte cessèrent aussitôt et un hoquet de stupéfaction ce fit entendre. Mais comment avait-il pu deviner ? se demanda Elizabeth. Puis elle se rappela avoir tempêté sur ses problèmes quand il l'avait surprise entrain de démonter un arbre à coup de bottines. – Puis-je te demander, Alistair, reprit Luc, de veiller sur ma femme quelques heures... Juste le temps que je parle à mon frère. – Veiller sur elle ? C'est à dire l'enfermer dans cette chambre ? demanda son valet, dubitatif. – Oui, acquiesça Luc avec dépit. Je sais que ce n'est pas bien. Mais c'est ma femme désormais et j'ai le droit de disposer entièrement d'elle à ma convenance... Alistair avait pâlit, aussi Luc s'empressa d'ajouter : – Cela dit, je ne compte pas abuser de mon pouvoir, je veux seulement qu'elle soit en sécurité pendant que j'irais parler à Tom... – Je comprends... acquiesça finalement Alistair après un moment de réflexion. Soulagé, Luc lui redemanda d'aller cherché la clé, et quelques minutes après il quittait la maison à la recherche de son frère, certainement réfugié dans sa garçonnière, en plein centre ville de Londres. Tom avait le moral au plus bas. Il essayait de ne pas se laisser couler, mais n'arrivait pas à rester indifférent à ce qu'il avait fait. Pourtant, Tom était persuadé que ce n'était pas forcément une mauvaise chose... Son frère était amoureux de cette femme, et elle cherchait une protection... Donc, leur mariage était logique, un moyen de faire deux pierres d'un coup en quelques sorte... Sans oublier que son frère avait enfin accepté son titre de vicomte... C'est leurs parents qui allaient être ravis, pensa-t-il. Darius et Charlotte Carsington vivaient désormais à la campagne dans le Devonshire. En effet ils n'avaient jamais apprécié Rothewell House, trop près de Londres à leurs goûts, et n'y demeuraient que pour des occasions spéciales, quand ils recevaient des connaissances désireuses de ne pas s'éloigner de la capital. De plus, Rothewell House était la demeure officiel du vicomte de Rothewell après tout, ce qui signifiait qu'elle était maintenant à son frère... Et Tom se souvint subitement qu'il en avait été banni... Tom haussa les épaules. De toute façon il n'avait jamais prévu de vivre chez son frère. Il s'était certes habitué à Rothewell House après la disparition de celui-ci, mais son appartement à Londres pouvait le satisfaire tout autant... – Monsieur ? fit Henry, le vieux domestique. Est-ce vrai que vous allez définitivement vous installer ici ? – Oui, confirma Tom. Mon frère ainé a réapparu et s'est emparé de Rothewell House, résuma-t-il. – Je suis désolé, fit Henry, avec une grimace. Tom le regarda une seconde sans comprendre, et finit par réalisé comment ses paroles avaient put être interprété. – Non, vous n'y êtes pas du tout, dit Tom. Je suis ravis que mon frère soit de retour ! – Si vous le dîtes... marmonna le domestique avant de sortir de la pièce sans laisser à Tom l'occasion d'insister. Tom haussa les épaules. Il avait engagé Henry et sa femme lui même il y a quatre ans et n'avais quasiment jamais résidé dans l'appartement depuis, ce qui expliquait que son domestique ne le connaissait pas vraiment... Tout d'un coup, Tom cru qu'on défonçait sa porte. Et sortant du fauteuil où il s'était enfouit, il sauta sur ses pieds. – Monsieur ! Il y a un homme fou furieux vous ressemblant trait pour trait à la porte ! fit Henry, surgissant dans le salon. – C'est mon frère. Nous sommes jumeaux. Faites le entrer, expliqua Tom, redevenu calme. – Vous en êtes certain ? Il m'a l'air plutôt remonté... fit le domestique. – Ouvrez lui, et quoiqu'il fasse, n'intervenez surtout pas. Hésitant, le domestique ne fit pas un geste. – Allez y ! aboya Tom, avant d'ajouter un : S'il vous plait. – Bien monsieur, acquiesça Henry, avec l'air d'avoir décidé qu'il se lavait les mains de toute cette histoire... Quelques secondes plus tard, un Luc furieux entrait dans le salon de son frère. Silencieux, il se dévisagèrent un long moment. Avant que Tom demande calmement : – Pourquoi n'es-tu pas avec ta femme ? – Parce qu'elle est terrifiée ! Voilà pourquoi ! répliqua impulsivement Luc. Tom eut le bon goût de se sentir coupable... – Alors pourquoi n'es-tu pas entrain de la réconforter ? demanda-t-il néanmoins. – Elle n'a pas confiance en moi ! grinça Luc, entre ses dents serrés. – Je suis certain que tu pourrais arranger les choses en lui parlant, Luc, fit Tom. Après tout tu as toujours été un beau parleur. Furieux, Luc se jeta subitement sur son frère, qu'il souleva des deux mais par le col. – Je devrais te coller sur-le-champ la raclé de ta vie ! hurla Luc. – Alors, vas y, fit Tom, indifférent. Si ça peut te soulager... Mais finalement Luc le relâcha avec une expression dégouté, et avoua : – Je peux pas... – Tu as toujours eu trop de coeur pour ton bien, confirma Tom, en réajustant le col de sa chemise. – Tu es mon frère ! grogna Luc, la nuque cramoisis de fureur, le regard baissé sur le sol. – Je suis toujours ton frère ? s'étonna Tom. Tu me considère toujours comme tel ? Étonné, Luc écarquilla les yeux. – Comme si je pouvais te considérer autrement ! s'exclama-t-il. – Tu n'as vraiment pas changé... s'étonna Tom. J'aurais cru que ce que tu as vécu – quoique ce soit – t'aurais rendu plus dur. Mais cela n'a pas l'air d'être le cas... – Cela m'a rendu de nature moins joyeuse, c'est tout, confirma Luc. – C'est incroyable, reprit Tom. Je ne sais pas vraiment ce que tu as vécu mais je suis certain que cela aurait suffit pour faire de moi un cynique convaincu... – Je n'allais tout de même pas les laisser me transformer ! s'offusqua Luc. Ils auraient gagné alors ! Et cela, il en était définitivement hors de question ! bougonna-t-il. Tom éclata d'un rire rendu étrange par la présence d'un sanglot retenu. – Bon sang ! C'est bien toi ! C'est dingue ce que tu m'as manqué ! Ému, Luc s'immobilisa et dévisagea son frère en silence. – Bon sang... répéta-t-il. Tom... Pourquoi tu m'as fait ça ? Tu as tout foutu en l'air ! C'est la femme que j'aime ! Je voulais la séduire dans les règles ! avec douceur ! Maintenant elle me hais ! – Je suis désolé, dit Tom avec un air résolu. Je n'ai trouvé que ce moyen pour que tu accepte ton titre. Je ne veux plus jamais avoir à prendre ta place, Luc. – Mais pourquoi voyons ! cria Luc. Est ce donc si horrible pour toi d'être moi ? – Oui ! cria Tom à son tour, en surprenant son frère par sa véhémence. Parce que je ne suis pas toi ! Un long silence s'installa. – Bon sang... fit Luc au bout d'un moment. J'ai compris... Tu... Tu as toujours eu l'impression de n'être qu'une doublure, c'est ça ? Angoissé, Tom voulu nier d'un ton détaché, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. – Putain ! Je suis complètement con ! jura violemment Luc. Je ne m'en suis jamais rendu compte ! Cela dure depuis combien de temps ? Affligé, Luc lut la réponse dans le regard de son frère : Cela durait depuis toujours... Depuis leur plus tendre enfance... – Aussi loin que mes souvenirs remontent... avoua Tom très bas. Très pâle, Luc s'effondra dans un fauteuil. – Je ne m'en suis jamais douté... répéta Luc, hébété. Comment est ce possible ? – Je voulais te le cacher... expliqua Tom. C'était déjà assez honteux comme ça... – Bon sang... jura Luc pour la énième fois, en paraissant effondré. – Ce n'est pas si terrible... marmonna Tom. Je me suis habitué... Luc releva la tête et le dévisagea d'un air effaré. – Habitué ? répéta-t-il avec dégoût en secouant la tête. Je suis idiot... répéta-t-il encore une fois. – Tu ne pouvais pas savoir, fit valoir Tom. J'ai tout fait pour que ne t'en rendes pas compte. Parce qu'alors mon humiliation aurait été complète. – Et c'est le cas ? Ce soir ? demanda Luc, livide. – Non, avoua Tom. Je suppose que j'ai grandi. – Je suis désolé, baragouina Luc. – Ce n'est pas de ta faute, s'agaça Tom. Ça ne l'a jamais été... Tu ne faisais qu'être toi même... – J'aurai dû m'en rendre compte, s'obstina Luc. – Et qu'aurais-tu fais alors ? interrogea Tom. Qu'aurais-tu bien pu faire ? – Je t'aurais fais comprendre que tu es unique Tom ! répondit Luc sans hésiter. Parce que tu l'es ! Bon sang ! – Je sais, répondit calmement Tom. Et c'est pour ça que je ne veux plus prendre ta place. Ces mots firent l'effet à Luc d'une gifle en plein visage. – Merde... fit Luc. Je suis désolé. Je n'avais rien compris... – Je sais, pas grave, tant que tu ne me forces plus à jouer ton rôle pour le restant de mes jours... – Non... Bien sûr... répliqua Luc. Je suis désolé... – C'est rien, après ce que je viens de te faire, avec Elizabeth, je considère qu'on est quitte. – Tu as fait fort, quand même, maugréa Luc, après quelques secondes de silence renfrogné. – Il fallait au moins ça pour que tu te réveille, répliqua Tom sur le même ton. – Sans doute ! soupira Luc. Puis il restèrent silencieux un long moment au bout du quel Luc se leva et tomba dans les bras de son frère. – Toi aussi tu m'as manqué ! bougonna-t-il. Tom rit, et serra son frère. – Tu sais ce qui est incroyable ? dit-il. C'est que même avec mon affreux complexe d'infériorité, je ne suis jamais parvenu à te haïr. – Encore heureux ! s'écria Luc en se reculant. Cela m'aurait brisé le coeur ! Tom rit de plus belle. – Tu sais que tu es vraiment incroyable ! s'exclama-t-il. Je ne connais aucun autre aristocrate anglais qui avouerait un truc pareil ! – Quel truc ? Que j'aime mon frère ? demanda Luc. – Exactement ! Ne sais-tu donc pas qu'exprimer ses sentiments est affreusement démodé ? C'est un signe de plus haut mauvais goût, s'amusa Tom. – Arf ! Au diable ces conneries mondaines ! s'exclama Luc. Je tiens horriblement à toi ! – Et moi à toi ! C'est pour cela que, malgré ma rancoeur, je ne t'ai jamais planté un couteau en plein coeur toute ses nuits où nous dormions dans la même chambre, conclu-t-il, toujours hilare. – Tu y as pensé ? se vexa Luc. – Oh oui ! Des centaines de fois ! – Oh la vache... fit Luc, sidéré mais pas fâché. – Tu imagines une seconde ma culpabilité quand tu as disparu ? demanda Tom. Je l'avais si souvent désiré ! Sans toi je serais devenue le seul ! Le numéro un dans le coeur de nos parents... – Sauf que cela ne s'est pas passé comme ça, prédit Luc. – Non, évidement, même partit tu étais toujours là, acquiesça Tom. C'était même encore pire. Comment lutter contre un fantôme ? Contre des souvenirs ? – Je suis désolé... balbutia Luc. – Puisque je te dis que tu n'y es pour rien ! s'énerva légèrement Tom. Arrête donc d'être aussi compréhensif et de t'auto-flageller ! Si il y avait un coupable, alors c'est moi. – Non, fit Luc. Ce n'est pas ta faute si tu es différent. Si tu n'es pas aussi bruyant et aussi effronté que moi... Tu as dit tout à l'heure que je n'ai fait qu'être moi même. Eh bien c'est le cas pour toi aussi. Tu étais juste un enfant plus réservé... Pas étonnant qu'un sale gosse trop sûr de lui, comme moi, t'ai fait de l'ombre. C'était inévitable. Oui, je suppose que ça l'était, acquiesça Tom. – Oublions tout ça ? Tu veux ? Enfin, du moins essayons ! s'exclama Luc en marchant d'un pas vif dans la pièce. – Je suis d'accord, dit Tom. Ce sont de vieilles histoires de toute façon, et aujourd'hui je ne suis plus vraiment un petit garçon plein d'incertitudes... Luc sourit chaleureusement à son frère. – Bien, dit-il, je vais devoir te laisser. J'ai une épouse enfermée que je dois aller tranquilliser... – Tu veux de l'aide ? demanda Tom. – Non, merci. Je devrais être capable de m'en sortir tout seul. Enfin... Tout du moins, je me dois d'essayer... fit-il, avec un petit sourire douloureusement amusé sur les lèvres. – Bonne chance... Et n'oublie pas d'être très diplomate, c'est elle la véritable victime dans cette histoire... – Cela te vas bien de dire ça ! rouspéta Luc. C'est ton oeuvre ! – Elle ne le sais peut être pas, dit Tom. Mais je l'ai remise entre de bonne mains. Je suis certain que vous vous en sortirez tout les deux... fit son frère souriant. – On verra bien ! fit Luc, avant de se diriger vers la sortie. On verra bien... Ici pour laisser un commentaire svp |
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