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 Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)

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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Lun 21 Nov 2011 - 18:05

Urbanismes

Pavé-lumière illumine la voie d’argent
Bordée du ciment sourd
Forme la lettre de la rue sur les panneaux-enfants
Des fils de la mémoire, orphelins des discours
Va, cours la nuit, distance le matin
Tu ne mènes jamais chez toi
Déjà en te foulant je foule déjà la fin
De ton urbain voyage – ô emmène-moi -.

Tes ruisseaux-caniveaux en d’étranges vagues
Crient un roulis bizarre effacé des trottoirs
Je suis malade en ta madrague
Ivre, ivre, toute la ville est ivoire
Des fenêtres volettent
Au-dessus des lueurs et des portes
S’ouvrent à ma conquête
Qu’importe, qu’importe
Ce qu’elles découvrent elles chantent
Et leur voix me ravis.

Mais au cœur des géants bétonnés et muets
Là où ton chemin sûr se fait sillon au vide
Aurais-je assez vécu aux boulevards croisés ?
Me serais-je blotti sur un parterre humide ?
Me serais-je arrêté sur le banc d’un jardin
et vécu ?
Je ne sais où tu vas ma douce pierre-luciole
Je ne sais où tu es, tout cela m’est incertain
Alourdi de mon cœur et de tes cabrioles
Je boiterai aveugle où fuit le lampadaire.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Mar 22 Nov 2011 - 21:39

Goudron


A force de marcher les yeux bas, je me suis rendu compte que je progressais au travers de la même image. Qu’il y avait une monotonie abjecte, une redondance presque blessante – au-delà du physique – dans la course inversée de la route des villes. M’y perdant j’étais aveugle ; j’allais au contraire du chemin, de sa direction, hypnotisé par ce qui le composait, qui l’habitait comme un spectre nihiliste.
Goudron.
Mes yeux fermés ne me montrent jamais de telles ténèbres. Les leurs ne sont que de pâles obstacles à la vue et au présent. Celles-là ont le poids passif du passé indifférent : elles me regardent comme celui que l’on n’avait pas remarqué mais qui, impassible, avait assisté à des heures de débauche. Des heures durant, marchant solitaire, je vois dans le reflet des ombres ce qui me parait aujourd’hui immuable.
Brusquement je veux m’arrêter.
C’est insupportable, ces yeux. Insupportable. Insupportable.
Goudron.
Mes pieds ont abandonné la prétention du mouvement. Ils sont trop surpris – sinistrement fascinés – par l’aspect soudain boueux, marécageux de la grande avenue qu’ils voulaient affronter. Tout devient trébuchement : je ne parle même plus, seul, près du cœur de la ville. L’envie me prend, m’envahit, me transporte, je veux m’effondrer dans le marécage ébène. Tout, tout m’est plaisant si je n’ai à le traverser. Il y a des poissons énormes et antiques dans le fond du marais de la route ; et chaque écaille fait partie de mon voyage, chaque nageoire est mon geste, chaque œil vide est un rire, chaque bulle est un sanglot. Et tout cela s’est tu.
Parfois je me blottis sur le goudron pour mourir.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Mer 22 Fév 2012 - 20:36

Chanson très bas

Sur le sentier de l’Eglise
Sonne quatre fois le Bourdon
Des gens aux cœurs vidés s’en vont
Où t’en es-tu allée Marie ?

Je boîte claudique en cadence
Les arbres sont rêches et faux
Je suis Joseph-tête-de-veau
Minotaure des cours d’enfants.

A chaque coup chante à sa guise
Une fille aux longs cheveux blonds
Tissant des croix à gros maillons
Où t’en es-tu allée Marie ?

Je boîte grelotte en silence
Regrettant déjà les chauffe-eau
Je suis les restes d’un héros
Un Ulysse des toboggans

Jésus est mort qu’on se le dise
L’Eglise a sonné la romance
Et je suis triste vagabond
Paris, berger d’illusions
Où t’en es-tu allée Marie ?
Tu n’as pas nourrie ton enfant.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 1 Avr 2012 - 16:59

Géhennem

Silencieuse bouche, ô voix immaculée,
Il y a un peu d’or dans ma chambre vitrée
Et Mathilde plus belle encor dans son absence
Se dessinait trop blanche et dorée pour mes sens.

Patiente chaleur, ivresse qui s’apaise,
Je respire très peu sous les puissantes braises
Et Mathilde plus grande encor sur le mur blanc
Dansait en forme d’ombre épurée, lentement.

Opaline corneille, obscur enfant-sans-plume,
Dans un coin de mon cœur où ma chaumière fume
Mathilde a fait du ciel une roche brulante
Qui m’ébranle et m’élève en ses parois stridentes.

Evanescente valse, ô le rythme du feu,
Là où le vide seul s’éprend de mes aveux
Mathilde a fait bleuir sous un doux tambourin
La flamme qui m’obsède énorme de chagrin.

Miroitante prison, ô ternes paysages,
Mathilde aussi jolie que les barbes des mages
A plongé en fusion les monts de mes errances
Qui gardaient au fond d’eux les cendres de mes sens.

Eclatante mémoire, unisson de l’oubli,
Mathilde aussi polie qu’un diamant du midi
A blessé de lumière une ombre dans mon œil
Qui mourut au bucher passionné de mon deuil.

Mathilde incandescente, habillée de l’hiver,
Je suis le bouffon noir de mes journées d’hier,
L’alchimiste priant pour que tous en ma ghilde
Ait les reflets d’or blanc du brasier de Mathilde.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 8 Avr 2012 - 11:46

Sur un carnet trouvé l’automne 2011


« Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Des regrets et de la raison »
Guillaume Apollinaire


Brumeux est le parfum des campagnes mâtines
Au pénétrant automne écrasant mon allure.
Sur les feuilles rougies du sang des jours qui durent,
Je m’éloigne un peu plus d’une grâce marine
Où je crois qu’est l’ailleurs.

Amour, quels crissements émanent de mon pas !
Ah quelle surdité habille ma jeunesse !
Courir, courir encore, et toi mon bon Hermès
Tu pleures cette lettre à jamais paria
Aux messes des douleurs.

Ô toi ma synagogue aux beautés séraphines,
Place du Souvenir emplie de mes injures,
Je m’en vais ; garde donc tes heures sépultures.
On m’appelle où le chant profond du muezzin
A le rythme de pleures.

Au fond de moi s’écoule un fleuve avec Shiva
Emportant dans sa danse et musique et déesses ;
Ma vie est une Seine accablée de tendresse
La belle Viviane un jour s’y abreuva
Et sa lèvre prit peur.

Je voudrais tant parler le langage du Temps
Pour fondre mon chagrin dans le vert des collines
Mais le brumeux parfum des campagnes mâtines
Me pénètre et m’emplis d’un automne charmant
Qui n’est qu’un cor au cœur.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Sam 14 Avr 2012 - 20:34

Alcôve

C’était l’été de mes adieux
Des paons dansaient dans mes cheveux
Et mes doigts longs et vaporeux
Couvraient ton corps d’un ciel brumeux
Ô le chant de l’automne
La vie est un long chant atone
Là-bas là-bas là-bas il sonne
N’entre ici que ce qui résonne
Ce qui est grave et m’empoisonne
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Lun 30 Avr 2012 - 17:55

Marie-Astrid

La pièce est un grand Rhin au ramage celtique
On y voit la Bretagne envahir la Baltique

Ô mon cœur égaré sous le chant des sirènes
Eloigne-toi des lacs où dorment les fée-reines

J’ai le nez tout empli de brises conifères
Et saigne du salé qu’y a laissé la mer

Brest ! et ton chant d’horreur ton nom sonne l’automne
Ta voix est enfumée de débris monotones

Coblence ! toi l’austère amie de mes doux vœux
N’as-tu fait mon soupir trop blond pour ses cheveux

Mais qu’elle soit du fleuve ou qu’elle soit crachin
La pluie la belle pluie vous réveille au matin

Et l’eau qui fuit déjà en Bretagne et au Rhin
Est un œil ennuyé sous les rayons d’airain

On y voit l’Allemagne envahir l’Atlantique
La pièce est un Moros aux clameurs germaniques
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