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 Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)

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Edward Smith
Romancier

Messages: 530
Masculin Inscrit le: 06/11/2010
Localisation: France

MessageSujet: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 7 Nov 2010 - 16:04

Extraits de "Elle, Moi, Eux et les Autres".


Elle, Moi, Eux et les Autres est un recueil que j'ai fait publier, par pure vanité, par une édition libre, Edifree. Je n'en publierai ici que des extraits. Si le recueil complet vous intéresse, je vous proposerais de m'envoyer un MP et de me demander soit le lien pour l'acheter, pour le faire plaisir, soit tout simplement le fichier .doc/.docx lui-même, qui ne coûte pas un centime, que je vous fournirai volontiers, trop content de voir quelqu'un qui s'intéresse à mes écrits!
Je vous présenterai ici des extraits des quatre parties du recueil, le "Elle", le "Moi", le "Eux" et "Les Autres", de trois à cinq poèmes par partie.


Elle

Hiver

Rire de chaleur réchauffant mon cœur
Lorsque la neige me transit de froid,
Je vois les flocons qui un à un meurent
Et toi qui transforme l'hiver en joie.

Tes cheveux me semblent couverts d'étoiles,
Si belles dans cette semi pénombre,
Si ternes lorsque tes yeux se dévoilent,
Deux soleils derrière deux mèches sombres...

Cette eau glacée te fait reine d'argent
Tes yeux te font princesse de lumière
Et moi, ni roi ni prince ni régent
J'aimerais être à toi dans mes prières.

Contemplant cette allégorie gelée,
Accablé par la chaleur de ma flamme,
Rire de chaleur, fraicheur oubliée,
Otent de mon cou mes cordes et lames...

Sommeil d'une Fée

Cette nuit encore j'ai dû rêver
Car il n'a pas pu en être autrement.
Les hommes savent que jamais les fées
Ne dorment près d’eux en se reposant.

Mais dans mon rêve je n’ai fermé l’œil
Plongé dans la beauté de ton visage…
Dans tes yeux clos et ton souffle feutré
J’ai cent milles foi douté du mirage…

Ô paradis si proche de ma main,
Ô réalité si loin de mon âme,
Je te contemple, les yeux incertains,
Suffoquant sous la chaleur de ma flamme.

Mais d’un coup sans prévenir tu t’éveilles
Et brusquement mon regard se détourne
Attendant que s’éteigne le soleil
Apparu dans ces yeux que je contourne.

La lune revient avec mon manège,
Et s’écoulent ainsi des heures si brèves
Qu’elles me paraissaient être de neige,
De cette neige qu’on ne voit qu’en rêve.

Oui, ces flocons salvateurs des tourments
Qui nous font espérer l’éternité
Mais qui après leur chute, nonchalants,
Muets d’espoir, ne dureront assez…

Puis lorsque la poudreuse a fondu,
Lorsque ma nuit doit faire place au jour,
Je ne suis ni amant ni éperdu,
Seulement aveuglé et même sourd.

Alors puisque mes yeux t’ont enlacée,
Sans que tu ne le saches je souris
Non plus en montrant une joie forcée
Mais en espérant enfin de la vie.

Plongée

Ma courte vie a vu des milliers de regards
Des timides, des sans gènes, nombre d’hagards…
De fugaces instants, qui jamais ne duraient
Mais le tien ma Princesse m’a apprivoisé.

Dans tes yeux, ô lumières ! Un torrent de douceur
Lentement s’écoula pour atteindre mon cœur.
Ô pauvre tourmenté ! Le voilà bien meurtrit,
Noyé par la joie amère de l’être épris…

Lui qui s’était aigris, le voilà qui espère
Ton eau pure lui ayant ôté sa poussière !
Lavé de son mutisme le voilà qui cri.

Un hurlement de joie envers ton existence,
Une plainte un peu rauque pour nos différences,
Un appel à l’Amour, un appel à la vie.

S'en va et moi sans rien

Avec l'or de mes larmes j'achèterais
La terre
Les vallées
Et la mer
Et l'univers
Et te les offrirais.

Rien ne compte
Que toi
Et ta voix.
Faites moi pleurer, faites moi souffrir, faites moi [honte
Rien ne compte
Que toi
Et ta joie.

Je te donnerais tout sans n’en attendre rien
Si ce n'est qu'un geste
Leste,
Un regard mutin
Ou quoi que ce soit
Qui ne soit qu'à toi.

Je te donnerais tout sans que tu n'en vois rien
Car je ne veux pas
Te sembler malsain
Etre celui qui achète à tout va
Ce qu'il croit être amour
Dans des discours
De vautour
Lourds.

Tu auras tout mais ne le verras pas
Car je ne suis jamais moi
Car je voudrais la mort
En étant souriant
Soleil dehors,
Lune dedans,
Vide tout court.

De loin, de rien, de ce que je suis
J'aime
Je pleure comme je ris
Sans problème
Sans raison
Autre que les passions
La mienne
La sienne
La tienne
Et les leurs
Et leurs leurres
De croire à ces rêves auxquels ils tiennent
Heure après heure.

Ce temps qui part
Et nous sépare
Toi qui t'ennuie un peu déjà
Et moi qui doute
Qui crains que de moi
Tu t'en foutes
Egoïste qui ne pense qu'à soit
Et à tes yeux,
Aux adieux
Qui se préparent plus loin
Plus si loin.

Alors dans ma folie
Je prendrais un crayon
Un cheval en carton
Pour qu'au moins tu en ris
Je porterais béret ou bien pagne
Et fièrement j'irais conquérir cette Espagne
Qui ose te prendre
A moi et eux
Leur sommant de se rendre
Ils seront débordés, nous serons deux.
Pour quelques instants
Mais pour un présent.


Mais ce soir peu importe
Mon cœur ou juste moi
Tu fais en sorte
Que mes mots soient
Bloqués
Et tu disparais.
Et mon au revoir?
Et mes beaux espoirs?
Perdu dans les vents
Morts sur l'écran blanc.

Ce que j'ai voulu te dire

Tu te souviens Caroline ?
Tu te souviens du moi d’avant ?
Celui que tu appréciais tant,
Oui, j’imagine
Que ça doit être resté un peu.
C’était le temps où j’écrivais
Sans m’arrêter
Combien tu es belle quand il pleut.

Caroline, le temps est sourd
Au cri du cœur
Et préfère lui offrir le malheur
Que l’amour.
Ces instants où j’aimais sans que tu ne saches
Ni ne t’en doute
Dessinèrent peu à peu des gouttes
D’amertume sur mes joues, de joie qu’on arrache.

Caroline je savais que tu le voyais
Et j’avais peur,
Que s’écroule mon bonheur.
Puis j’apprenais.
Ta vie,
Ton passé,
Ton humanité,
Et ton « Lui ».

Ah Caroline, comme c’est con d’aimer…

Et puis tu te souviens comme tout s’est effondré.
Moi qui t’aimais trop,
Toi prise en d‘autres maux
Et ne comprenant pas mes pensées.
J’ai accusé le monde,
Je me suis haï,
Peut être ai-je un peu trahit…
Et la vie était ronde.

La vie avait perdu son goût
Déjà plutôt rance
Quand j’y pense,
Mais elle sentait alors le chien trainé dans la boue…
Et plus les jours s’en allaient
Plus elle était immondice,
Dans mon supplice
D’éternité.

Et mon esprit s’envola,
Perdu,
Déçu,
La belle paranoïa…
Le vrai se mêlait au faux
Avec l’incertitude,
Une solitude,
Et une douleur sans mot.

Ah Caroline, comme c’est chiant le doute…

Etais-je vraiment moi ?
Celui qui sommeillait ?
Eveillé,
Par ma passion pour toi ?
Par mes désillusions ?
Je ne voulais plus rien,
N’espérais plus en vain,
Et la vie tournait toujours en rond.

Tu sais Caroline, quand on ne veut plus
C’est qu’on cherche une fin.
La mort me tendait les mains
Avec un sourire entendu.
Je me suis alors approché
Jour après jour,
Me tuant encore et toujours
A grands coups de pensées.

Enfin un soir bien face à elle,
J’ai vu ces yeux,
Reflets de miséreux
Dont la vie aussi s’emmêle…
Et ses lèvres s’étirèrent
Montrant des dents
Avides, et des traits de dément.
Elle s’étouffait d’un rire…

J’ai reculé d’un coup
Terrifié.
Son visage s’est fermé,
Et ses yeux devinrent dégoût…
Mais alors qu’elle partait
J’ai vu un sourire en coin,
Promesse d’un fait certain :
Ce n’était pas terminé…

Ah Caroline, comme c’est moche de voir la mort…

Maintenant je ne suis plus rien,
Juste une ombre
Dans un coin sombre
Effrayé de l’hier, horrifié du lendemain.
Toi tu ne me vois plus,
C’est sans doute mieux.
On devient malheureux
A force de croire en moi et d’être déçu.

Je n’espère pas plus,
Je ne me déteste pas moins,
Mais je sers les poings
Et parle un peu moins de Vénus.
Toi, tu m’évites
Autant que je le fait.
Je ne veux plus te blesser,
Et toi, tes pensées me quittent.

Tu vois Caroline, j’en suis là,
A te regarder de là où je crois
Que tes yeux ne sont pas,
Même si je sais bien qu’au fond tu me vois.
Mais le pire, crois le si tu veux,
Ce n’est pas vraiment ce que sais,
Ni ce que j’ai traversé,
Mais que tu sois toujours belle quand il pleut.


Moi

Acrostiche n°2

Et nuit qui attend son éveil...

Sur l'horloge le temps s'écoule,
Use les hommes qui l'observent,
Rie de ceux qui parfois s'écroulent
Vaincu par ses assauts sans trêves...
Il est le bourreau de l'humain,
Eternel maitre du destin.

Le jour il me surprend c'est vrai,
Et pourtant la nuit il se tait...

Je suis fils de l'obscurité,
Obsédé le jour par des ombres
Unis en un monde éthéré,
Réduisant mon âme en décombres...

Puis l'astre solaire devient lune,
Otant de mon âme blessée
Une à une mes infortunes
Repoussées par Dame Morphée.


Vivant de songes irréels
Illusions de celui aime
Volant tel un oiseau sans aile
Ravis d'être un instant bohème
Et pourtant, une lueur blême...

La belle nuit fait place au jour
Adieu utopies et amours...

Nocturnes superbes, à minuit,
Un monde s'ouvre grâce à vous,
Insensible au temps qui sourit
Tuant le sage, aimant le fou.

Le Poète et sa fin

Le Poète et sa fin
Lâche, néant, contradictions vermeilles,
Poète, tu te hais d'aimer autant...
Ces douces lèvres ont détruit les merveilles
De ce poltron rimeur impertinent.

Affrontements, lâches discours en têtes,
Poète, tu te hais de vouloir vivre
Abandonne, laisse le monde aux bêtes
Tu n’y as ta place que dans les livres…

Vie, mort, passions si bien dissimulées
Poète, tu te hais même d’haïr
L’être saint qu’elle a choisit d’adorer
Allez viens donc, il te faut en finir…

Hésitations, craintes de s’endormir,
Poète, pourquoi diable luttes-tu ?
Tout est finit, ta joie ou tes soupirs
Vien, on meurt bien mieux que l’on vit déçu…

Cheveux sombres, yeux clairs, rire angélique,
Poète, pourquoi ne pas l’oublier ?
On dit que l’au delà Evangélique
Est un lieu où l’on n’a pas à penser.

Faux de l’Infernal, enfant rayonnant
Poète, voilà que tu penses bien !
Tu oublies enfin ton côté amant
Et va vers celui du mort comme un chien !

Corde ou poison, lame ou saut dans le vide,
Poète, choisit bien l’ultime action !
Tu as quelques frissons au mot « suicide »
Mais tu ne cherches plus d’autres options.

Vertige, froid, spasmes de peur funeste,
Poète, c’est un soir que tu te lance,
Les yeux rivés vers Dieu que tu détestes
Lui qui s’amuse, ôte lui cette chance !

Poète, tu inspires.
Poète, tu avances.
Poète, tu soupires.
Et enfin le silence.

Le Pécheur

Le Pêcheur

Sur un lac de solitude
Un tourbillon de gris
Un pécheur cherche la plénitude
Ses dents sont jaunies
Par l’usure de l’existence
Et ses mains tannées, brunies
Par l’essence
D’un lointain soleil
Qu’il a éteint
En soufflant dessus
En voulant jouer au plus malin
Après avoir perdu.

Il trempe sa canne
Brisée en deux
Et attend une heure ou deux
Qu’une prise émane.
Il sourit l’imbécile
Il croit que tout va pour le mieux
Dans son exile
Il rit, il rit comme s’il était heureux
Et le long de son bâton brisé
Coule une goutte
Comme s’écoule le doute
Mais elle n’est pas grisée
Comme l’eau salie du lac
Elle n’a pas de couleur
Elle n’a pas de saveur
Elle s’attaque
Au bois déjà usé
Comme les autres l’ont fait
Avant elle.
Puis au bout de la branche
Elle se mêle
Au liquide du lac d’une voix franche
Elle cri
Comme les autres l’ont fait
Puis se teinte de gris
Comme les autres l’on fait.

Le bâton du pécheur
C’était sa vieille épée
Du temps où le malheur
Succombait sous sa lame effilée
Mais il est tombé
Et ne s’est pas relevé
Il n’en avait plus la volonté
En vérité
Et sa lame s’est brisée
On l’a laissé pour mort
Là, sur le champ de bataille
On lui ouvrit les entrailles
Puis délaissé son corps
Crève comme un chien
Crève sans rien.

Et alors qu’il gisait sur le sol
Il tendit la main
Et dans un souffle incertain
Dit à sa lumière qui vole
« Aide-moi, aide-moi… »
Alors le soleil s’est éteint
Pour laisser place au froid
A la nuit du lendemain
Alors le soldat
Se mit à pleurer
Et les larmes à force de couler
Creusèrent des rigoles ça et là
Mangèrent le gris de la terre
Et creusèrent
Et creusèrent
Et voilà le lac tout gris
Le soldat un peu remis
Contempla son épée brisée
Lentement la prit
Et se mit à pécher
Mais quoi donc ?
De l’espoir
Parce qu’il sait que ce gris quelconque
Est fait de blanc et de noir
Alors il sourit
Dans son délire
Et pleure sa vie
Comme le font les faux martyrs.

Sur le bois de mon bureau
Je vois des taches se former.
Alors je cherche un bâton pas trop gros
Pour me préparer à pécher.

Ce que je fais

Ce que je fais ?
J’envoi de la folie
Par delà les oiseaux
Dans un ciel infini
Loin de la vie, loin des maux
J’envoi ma démence
Qui tourbillonne
Qui danse
Et qui s’étonne
De voir qu’en bas tout semble minuscule
Insignifiant
De voir que la vie brûle
Au fil du temps.

Ce que je fais ?
Je tue les secondes avec une lame de désir
Et elles expirent
Trop faible face à mes sentiments
Je suis le bretteur du temps
Je suis l’escrimeur des heures
Armé de dépit et de douleur
Je frappe à l’aveugle
Et je beugle
Pour que le temps s’arrête
Et me laisse respirer
Lorsque je m’apprête
A rêver.

Ce que je fais ?
J’envoie des SOS
Sur des murs de béton
Qui se foutent bien de ma détresse
Ou de m’accorder leur pardon
Ils ne parlent pas
Et n’ont rien à me reprocher d’ailleurs
Ils sont juste là
Pour repousser mes cris de douleur
Ils sont blancs comme le silence
Et je pense
Qu’un jour mes hurlements les détruiront
Qu’ils s’écrouleront
Et qu’enfin
Mes mots traverseront l’univers
Comme une chaine de vie sans fin
Avant de revenir vers la terre
Et vers elle
Toujours elle
Oui
Toujours elle…

Ce que je fais ?
Je pose des pensées
Sur un monde qui les rejette
Je les imprime, puis je les jette
Au milieu des autres entassées
Dans un coin sombre de mon existence
Et je pense
Oui
Et je pense
Sans m’arrêter
Comme un fou qui rit
A gorge déployée
Qui hoquète, qui s’asphyxie
Et puis qui crève
Comme un abruti
Sauf que moi, je me relève
Sans pouvoir mourir
De mes soupirs.

Ce que je fais ?
Je compose au cliquetis
Et au grattement
Une mélodie ternie
Tu l’entends ?
C’est celle du dépit
Du froid, des tourments
Qu’elle est laide
Elle est bancale, décousue
Et d’un coup elle cède
Au désespoir de vivre en intrus
Et elle s’en va
Non, tu ne l’entends pas
C’est normal
C’est moi qui râle
Et qui n’espère plus
C’est moi qui ai toujours su
Que le monde n’était pas pour moi
Et pour ma joie.

Ce que je fais ?
Je meurs
C’est beau de mourir tu sais ?
Regarde les fleurs
Lorsqu’elles sont fanées
Leur fraicheur qui s’éteint
Leurs pétales qui se froissent
Leur cœur devient brun
Et tout cela se tasse
C’est poétique
C’est une jolie allégorie
C’est moins cynique
Que de vivre sans soucis
Les autres ont pitiés
Ils ne sont pas jaloux
Ils pleurent beaucoup
Comme on pleure la fatalité
Alors que c’est si beau
De ne plus penser à rien
De n’être plus rien
Ne plus porter le fardeau
Du mépris de celle qu’on aime
Ne plus en rêver le soir
En sueur sous la lueur blême
D’un radioréveil dans le noir
C’est tellement laid
Pas de poésie, pas même de sens
C’est une imbécilité
Que les frustrés pratiquent à outrance
Quitte à fermer les yeux
Autant ne jamais les rouvrir
Et on sera plus heureux
Que de vivre en faux martyr
Pas vrai ?

Ce que je fais ?
J’écris
Tout simplement
Je ne vous l’avais pas dit ?

Vie Londonienne

A Londres la pluie tombe
Comme à Reims, mais en mieux
On s’attend à ces trombes
On en est presque heureux
Et les parcs sous les parapluies
S’emplissent de jaune, de bleu, de gris
C’est beau
Oui
C’est beau.

Moi j’ai ma veste noire
Mon écharpe noire
Mes chaussures noires
Un beau sac noir
Une sacoche noire
Et des idées
Vous devinez ?
Noires.
Comme le reste.
Dans ces couleurs que je déteste
Mon parapluie, noir, se déplace
Et ses camarades l’agacent
Les roses se foutent de lui
Les bleus s’en balancent un peu
Les verts, au mieux, lui sourient
Et quelques gris font double jeu.

Mais à force de pluie
Voilà que discutent les parapluies :
« Joli temps, n’est-il pas ? »
« Meilleurs pour nous que ceux d’en bas ! »
Et le noir, un peu plus sur
Parle de sa vie, ses aventures
Et se sent mieux.
Le temps passe, le voilà joyeux
Peut être mieux
Heureux.

Mais bientôt un carrefour
Je dois aller à droite
Pas de détour.
Les autres vont à gauche
Pas de détour.
Mon parapluie les regarde passer
En voyant les roses commence à se marrer
En voyant les bleus s’en remet
En voyant les verts se sent s’attrister
En voyant les gris sent une goutte couler
Mais ce n’est pas la pluie
C’est un peu moins joli
Mais bon, quand faut y aller…
On le savait tout les deux, après tout
Qu’importe où l’on allait, nulle part ou n’importe [où
On ne pouvait pas oublier.

Cette boisson qui n’est pas de l’eau
Ce visage disparu
Ces cris, ces mots
Ce que mes yeux dévastés ont vu.

« Ce visage disparu » ?
Non, il est encore là,
Mais ces jours hors de ma vue
L’effacent ici et là.
Il me manque un peu…
Enfin
Il me manque c’est certain…
Imbécile heureux !
Il te déchire de partout !
Effacé ? Fait moi rire !
Combien de pensées, combien de soupirs ?
Combien pendant que tu étais « loin de tout » ?

« Ce visage disparu »
C’est peut être mieux
Ma présence incongrue
Le rend malheureux.
J’ai perdu
Oui
J’ai perdu
Celle là c’était la der’
Me voilà poussière
Dans sa réalité
Me voilà poussière
Dans ma réalité.

Alors quand tombe la nuit
La voilà fusionnant avec mon sombre habit
Pour me dissimuler
Et je me prends à graver
En or sur une cabine rouge
Dans un Londres muet où plus rien ne bouge
Huit lettres dorées
Caroline.
Et puis sur la pelouse parfaite
D’un Londres qui aime la tailler
Je m’emploie à la brouter comme une bête
Pour former des lettres ambrées
Caroline.
Et puis sur une horloge géante
Un pot de peinture à la main
Je peins de façon permanente
Ce mot qui m’éveille le matin
Caroline.
Et ledit matin
Quand Londres s’éveille enfin
Le London Eye
Où que son œil aille
Ne voit qu’un mot dans la bruine
Caroline
Caroline
Et l’Angleterre le lit aussi
Toute entière
Caroline
Caroline
Je reviens
Toujours sans rien
Sauf mes souvenirs d’hier
Pour demain.


Eux

Le Conte

Quatre amis
Assis dans l'herbe
Jouent à passer le temps, parlent un peu et rient
Sur fond acerbes.
Une innocente,
Un méprisé,
Une inconsciente,
Et un suicidaire à tuer.
Ce n'est plus un groupe aux cris joyeux qui montent
C'est un conte.

Grimm s'en pendrait,
Perrault lui s'en fout,
Et La Fontaine en rirait
Plus que de ses animaux et ses fous...
Un conte pseudo-comique
Satyro-dramatique
Et plus si affinité,
Ridicule s'il en est...

L'innocente porte son nom
De sa malchance
Elle n'a rien fait pour être à l'abandon,
Mérite la romance
Mais prise par son cœur
Elle fait semblant
De ne voir que les fleurs
Au milieu des tourments...
Jalousie refoulée
Et plaie qui cicatrise
Méprise
Ou bien réalité?

Le méprisé avait pourtant reçu
Le cadeau qu'offre le Destin à si peu
Un être éperdu
Un cœur amoureux
Il s'en fout
Il est libre de choisir sa voie
Sa mauvaise voie
Pauvre fou...
Après une impasse il a fait demi-tour
La vie l'a appelé
Il a fait le sourd
Et s'est engouffré
Dans un nouveau chemin...
De loin le plus malsain.

L'inconsciente l'est-elle?
Ou fait-elle semblant?
Le méprisé l'observe avec un tel zèle
Que déjà dans ses yeux apparaissent ses dents...
Pourtant Elle sourit
Heureuse ou pas
Surtout à lui
Un peu à moi.



Quand au bon suicidaire
Joué par le petit moi
Il se terre
Dans l'émoie.
Il méprise
A sa guise
Et observe
Les paroles sans verve
De son ami aimé de la haine de l'amant
Obstinément.

Ennuyeux à mourir...
Le suicidaire en est heureux
Une raison d'en finir!
Le pathétique des miséreux!
Tout d'extérieur
Rien au final
Quand le bonheur
Et l'amitié
Riment assez mal
Chez les bornés...
Belle histoire somnifère
Que la haine ordinaire.

Le Puits

Tout au fond d'un immense jardin
Aux fleurs de vie
Se trouve un édifice malsain,
Un sombre puits.

Le soleil inonde de rayons
L'étendue verte,
Et lutte contre le noir profond
En pure perte...

Comme les parfums semblent charmants!
Doux et fruités!
Ils couvrent celui malodorant
Des eaux usées...

On peut voir des abeilles qui volent
Dans tous les sens
On vit lorsqu'il ne règne au sous-sol
Que le silence.

Quittons donc un instant
Cette plaine de joie,
Visitons toi et moi
L'immonde trou puant.

C'est un gouffre sans fond, sans cordes ni échelles
Si bien que l'on ne peut y descendre en rappel.
Une fois que l'on y a -malheur!- mis un pied,
Voilà que nous chutons sans pouvoir remonter.

La lumière s'éloigne et tous les sons se taisent,
Et la puanteur nous fait craindre le malaise.
Suffoquant en tombant, notre pensé s'en va
Au loin où la vie et la mort n'existent pas.

Plus tard lorsque le ciel n'est plus qu'un souvenir
Nous sentons tout d'un coup le froid nous [parcourir...
Dans cette obscurité les parois se resserrent,
Les branches ouvrent des plaies qui s'emplissent de [terre.

Enfin, alors que nous pensions notre douleur
Arrivée en son sommet avec notre peur,
Nos corps percutent une surface glacée
Et nos poumons s'emplissent de cette eau gelée.

Et j'ai mal.
Et je coule.
Tout est sale
Et je coule.

Je ne veux plus bouger,
C'est inutile.
Je ne veux plus rêver,
C'est trop futile.

Mes paupières se ferment
Pourquoi lutter?
Car dans ma tête germent
D'autres pensées.

Je veux enfin dormir
Pour m'en aller.
Je veux enfin mourir
Pour m'arrêter.

Mais j'attrape ta main
Pour te sauver,
Et te permettre enfin
De vivre en vrai.

Je ne vois pas le fond,
Le temps me semble long...
L'oxygène me manque
Toute ma vie se planque.

J'ai froid
En moi
En toi
Pour toi.
Et noir.

Mer

Dans le vent mauvais s'écoule le pus de l'âme
Le pus des diables.
Élans incongru de l'amour d'une femme
Abandonné au sable
Du désert morne de sa vie sans justice,
Et qui pourtant existe,
Qui cherchait le breuvage d'un éthéré calice
Qui y trouva la mer des émois fantaisistes.

Pauvre tortue, huitre, carapace molle
Qui regarde passer
Ses heures et ses idées les plus folles
Et surtout qui la voit marcher
Comme un être
Comme une âme
Et comme une existence.

Libre devant la mer
Lui attaché à son sol malléable pourtant
Doté des griffes de la poussière
Il se décolle peu à peu obstinément
Et se rapproche et avance
Et avance
Et trébuche
De sa chance
Fait l'autruche
Et avance
Et trébuche.

Sables mouvant, traitrise,
En sort le vilain chien effronté
Qui à sa guise
Se déplace jusqu'à la toucher
Faisant fi de la mer
Et du retardataire.

Mais la vague est maligne et
Se croyant gagnant
Le canidé soupir, gémit, hurle à la pitié
Devant les sentiments
Les siens
Les miens
A Elle
Et elle
Et tout se déchire, et tout est désespoir
Le noir.

Sous le sable je suis à nouveau immobile
Impertinent je sors.
Elle n'a bougé d'un cil
Et contemple la mer et le soleil qui s'endort
Dans ses yeux qui racontent le monde
Le mien
Le sien
A Elle
Et elle
Et les étoiles se cachent, honteuses
Devant ses larmes malheureuses.

Alors j'avance
D'un pas
Dans son sens
En espérant tout bas
Essuyer ses yeux
Amoureux
De la caresse de l'écume de ma joie.


Les Autres

La Vie des Oiseaux

Les oiseaux naissent
Après la bataille
Ils n’ont pas la paresse
De nos bébés qui baillent
Ils déchirent une entrave d’émail
Pour la liberté
Pour la liberté.

Ces oiseaux qui naissent
Crient comme nos enfants
Mais des cris d’allégresse
De joie de vivre vraiment
Ce n’est pas ce beuglement
Strident, dégoutant
De nos mouflets
Eux ont la liberté
Eux ont la liberté.

Les oiseaux en grandissant
Voient leur peau se couvrir
D’un plumage discret ou resplendissant
Qui leur fera découvrir
L’apogée de leur liberté
L’allégorie de l’envi d’exister
Le ciel
Sous leurs ailes
Ils volent loin, loin
Des hommes qui les regardent
De loin, de loin
Mais prenez garde
Ils sont jaloux
Et attendent que fatigués
Vous vous posiez
Pour vous tordre le cou.

Et l’oiseau lorsqu’il meurt
N’a rien à regretter
Il n’attendait ni l’âme sœur
Ni la richesse, ni d’être parfait
Non
Juste la liberté
Alors à l’agonie ils fermeront
Leurs yeux sans rien regretter
Dans un endroit où l’homme ne peut regarder,
L’homme qui crèvera frustré,
Pour éviter d’être gêné
Et quand la mort arrivera
L’oiseau sourira
Parce qu’il sait déjà
Ce qu’est le paradis
Ce qu’est l’infini
Il s’endormira
Et laissera aux autres
Sa liberté
Simple, belle, à des années
De la notre.
Et nous ?
On espérera comme toujours
Qu’après la mort se lève le jour
Car nous
On ne connait rien
De la liberté
On nait dans le chagrin
Vivons dans nos pensées
Et mourrons sans rien
Alors un oiseau c’est con
Oui
Mais c’est con en bien.

Le discounter

Deux portes coulissantes
Portant une affiche déchirée
S’ouvrent, toujours plus lentes
Que désirée
Bienvenue consommateur
Dans votre discounter
Où joie, comme vous le constatez
Tout est soldé.

Il y a des produits soldés
Des vivres, de la première nécessité
C’est bon à prendre
Sans comprendre
Comment on vend tout à prix bas
C’est en tuant à tour de bras
Par là bas à l’est
Oui, c’est là bas qu’on moleste
Les femmes, les enfants, les pauvres gars
Qui veulent manger du pain
Juste un peu de pain
Alors on les frappe pour les faire taire
Et on les paye à la fin du mois
Enfin, c’est ce qu’ils espèrent
C’est un peu plus simple parfois
Et nous on les regarde faire
En pensant à notre costume
A notre Yacht, à nos vacances
A notre vie qui se consume
Avec la satisfaction, l’espérance
Que se soit moins vite que la leur…

Il y a des gens soldés
Loin des yachts et des costards
Eux ont le regard un peu noir
Des égarés
Ils ne savent pas vraiment où ils vont
Mais ils marchent
Ils suivent leurs imams, leurs patriarches
Leurs rêves, leurs ambitions
S’ils en ont
Parce que les moins cher
N’en ont plus vraiment
Ils ne se demandent guère
Où vont tous ces gens
Que non
Ils s’en vont tout droit, au rayon surgelé
Acheter à leurs mômes de quoi manger
Non
De quoi bouffer
Se demandent peut être ce qu’il y aura à la télé
Après les infos, malheur en boîte
Où un homme à l’air grave, les mains moites
Raconte la vie en Iran
On s’en fout de l’Iran
Ils ne chantent pas très bien
Ils gueulent
Ils n’ont pas de Patrick Sébastien
Pas un seul
Ils n’ont pas d’île à filles à poiles
Elles portent toutes le voile…
Alors l’Iran
On s’en fout de l’Iran.

Il y a des sourires soldés
Quand on arrive en caisse
Accueillit par la douce caresse
D’une voix qui vient nous saluer
C’est la caissière
Et elle n’a rien demandé
La caissière
Ce n’est pas à vous qu’elle causait
Des « vous » elle en a eu quarante
Ou peut être quatre-vingt
Sous ce sourire ses yeux mentent
Et dévoilent son chagrin
Parce qu’elles passent les bidules
Les trucs et tous les machins
Sous des « bip » qui pullulent
Et les soldés qui ne disent rien
Elle voulait faire hôtesse de l’air
Ou infirmière
Ou bien vétérinaire
Femme d’affaire
Etre dans un ministère
Et la voilà caissière
Au milieu des « bip » qui polluent l’air
Mais elle sourie quand même
C’est ce que les gens aiment
Et dans ses yeux en regardant bien
On voit un palmier
La Méditerranée
L’envi de voyager
De partir
De partir…

Alors moi, j’ai acheté
Avec l’argent que j’avais gagné
Les produits
Les gens
Le sourire de la caissière
Et je les ai jetés
Et puis je suis parti
Et dans mon dos j’ai senti
Une odeur malsaine
La bêtise humaine
Et j’ai souris
Parce que moi aussi
Je serais soldé
J’achèterais mon lait
Dans le discounter
Je me demanderais
Si Docteur House est à vingt heures
Et je sourirais
Devant la caissière qui s’est forcée
Et oui, mais moi au moins
Je le saurais
On me soldera peut être moins
Enfin
On peut toujours rêver.

L'Horloger

C’est l’histoire d’un horloger
Tic tac tic tac
Qui venait d’emménager
Tic tac tic tac
Dans une maison en retrait
Tic tac tic tac
Où personne ne le dérangerait
Tic tac tic tac
Les horloges sur les murs accrochées
Tic tac tic tac
Inlassablement à l’unisson faisaient
Tic tac tic tac
Et bien que ça puisse vous mettre un sacré toc
Tic tac tic tac
L’horloger lui il s’en moque
Et tic tac tic toc.

Un jour un client arriva
Tic tac et cætera
Car sa montre ne marchait pas
Tic tac ça ne faisait pas
Et cela l’embêtait un peu
Pas de tic tac, c’est malheureux !
Car il devait une fois sur deux
Pas de tic tac, mais c’est affreux !
Demander l’heure aux gens qui passent
« Combien de tic tac ? » ça agace…
Avec cette montre bonne pour la casse
Sans tic tac, on se tracasse…

L’horloger l’observe alors
Tic tac tic tac ça fait encore
Et lui demande un peu surpris
Deux trois tic tac avec lui
« Vous voulez vraiment savoir l’heure ?
Tic tac et ses frères et sœurs
C’est pourtant bien malvenu
Tic tac tic tac ingénu
De voir avancer le temps
Tic tac en accompagnement
Qui nous éloigne du printemps !
Tic tac inlassablement. »

C’est au tour du bon client
Que les tic tacs agacent vraiment
De montrer son étonnement
Arrêtez ces tic tacs bon sang !
« Mais enfin mon bon monsieur !
Que tous ces tic tacs rendent heureux !
Comment pouvez travailler
Et ça tic tac sans s’arrêter
Avec des objets que vous répugnez ?
Et ça tic tac ces effrontées ! »

Mais le commerçant s’attendant
Toujours dans ces tic taquements
A cette question avisée
Sonne tic tac de vérité !
Lui répondit « Moi, mon ami,
Qui trouve les tic tacs jolis
Je n’ai jamais aimé les gens
Qui ne tic tac pas gentiment
Ils sont tous pressés à l’excès
Comme des tic tacs accélérés
Et ne prennent pas le temps
Dans ces tic tacs retentissant
D’écouter les cœurs battant
Dont les tic tacs sont battements
Moi dans cette cacophonie
Ces tic tac jour et nuits
J’apprends à écouter les cœurs
Boum et tic tac sont frères et sœurs
Celui des autres et puis le miens
Quand il ne tic tac plus très bien. »

Le client s’en va songeur
Ces tic tacs le laissant rêveur
Et l’horloger, bon artisan
Au son des tic tacs entrainants
Finis de réparer l’objet
Qui refait tic tac désormais !
Mais après cette jolie morale
Tic tac tic tac et puis un râle
Le pauvre homme se met à pleurer
Tic tac tic tac chagriné
Car il est seul.
Tic tac.
Car il est seul.
Tic tac.
Et il aime.
Toc.

Mélodies de l'Amour

Sur une partition ne semblant avoir d’âge
S’enchaînent des notes sur un rythme inconnu.
Mélodie de l’amour, ô toi curieux adage,
Aux refrains et couplets que les hommes ont perdu.

Tout en accords majeurs lorsqu’il paraît au jour,
A tempo allegro, aux nuances forte,
Sonorités si vives quelle rendent sourd
Aux artifices de ce concerto surfait…

Car à son zénith apparaissent les nuances,
Et nos tierces majeurs perdent un demi ton.
Mélancolie d’un refus, ô jolies souffrances,
Mineur sera le reste de notre chanson…

Soupçons irascibles et cascades de larmes,
Tierces superposées, accords diminués,
Et voilà que la crainte tue les derniers charmes
De cette symphonie nous venant du passé…

Se sentant à la mort, les notes se transforment.
Fuyant entre les lignes de la partition,
Que de transpositions ! Cacophonie sans forme !
Agrégat inaudible de multiples sons !

Mais quand la nuit paraît, chacune a su se taire,
Reste seul un Mi rebelle joué au piano,
A la plus basse octave, celle des enfers,
Final agonisant, tout en decrescendo.

Jeune Amour

Quand l’amour est jeune
Il passe en coup de vent
C’est la folie d’un instant
Et on le déjeune
Comme un café noir
Un coup dans le gosier
Et tout est terminé
Passons à une autre histoire…

Cet amour là
Il passe par une fenêtre
Lors d’une nuit sans voix
Là où on ne s’attend pas
A le voir paraître
Et lorsqu’il entre par cette vitre
Il voit tous ces gamins faire les pitres
Dans un monde coloré
Des lumières colorées
Des verres colorés
Et de la fumée
Qui leur fait voir les couleurs un peu mieux
Qui transforme la vie en jeu
Pour quelques heures
Oublier la douleur
Qu’ils attisent sans comprendre
Qui les réduit en cendre
Quand le soleil se lève enfin
Sur un univers malsain
Qui pue le vomi
Et les faux-amis…

Mais cet amour là s’en fout
Il voit ce grand brun
Qui boit comme un trou
Il s’amuse avec rien
Il rit fort
Il titube ça et là
Et ses comparses le voyant dans cet état
L’adore
Lui, Dieu de l’inconscience
Maître de la connerie
Tueur de conscience
Philosophe abruti
On l’adule, divinité d’un soir
Mais vous pouvez me croire
Quand il aura décuvé
La trentaine passée
Il regardera derrière lui
Ces instants de gloire
Et contemplera le gris
D’un avenir où boire
Ne lui servira à rien
Où il ne sera rien
Un Dieu déchu
D’un paradis incongru.

Et puis l’amour voit cette jolie fille
Les cheveux de jais
Elle a les yeux qui brillent
A force d’aduler
Car elle veut être libre
Comme ce brun là-bas
Qui a la voix qui vibre
Du ton que l’anarchie emploi
Comme il est beau
Comme le monde est beau
Après cinq verres
Aller, rendons le parfait
Avec une dernière bière
Et allons parler
A ce Dieu brun
Sans but aucun
Quand on a bu autant
On n’attend plus rien
On se laisse juste porter par l’instant
« Carpe Diem » comme on aime dire
Jusqu’à se voir mourir
Et regretter.

Cet amour les voit ces deux là
Et se sent d’humeur comique
Elle les fout à deux sur les draps
Et observe cet instant bucolique
La fille qui cri
L’autre qui sue
Et comme on mélange deux gris
Ces deux là teintent le tissu
De liquides immondes
Chacun dans leur propre monde
C’est leur art particulier
De changer le plus beau des actes
En produit manufacturé
Sans entracte
Sans sentiment
Allons-y, simplement
Sous les yeux du jeune amour
Qui se marre bien dans son coin
En pensant à la levée du jour
Au lendemain matin…

Car le lendemain
Notre ami le brun
A côté de la fille aux cheveux de jais
Se mettra à jurer
Sans avoir le souvenir
De ce qui a pu conduire
Cet objet dans sa couche
Il prendra une douche
Pour se remettre au frais
Et se préparer à virer
La gêneuse de son lit
Le bon coup de sa vie.

Elle les yeux pleins d’étoiles
L’aimera vraiment
Elle prendra le voile
Pour ses sentiments
Et rêvera de lui encore
Quand il rira de son sort
Et la foutra dehors
Parce qu’il est libre
Et parce qu’elle est libre.

Le jeune amour amusé
Ira en chercher d’autres
Il n’aura aucune peine à les trouver
Ce sont mes amis, ce sont les vôtres
C’est celle que vous voulez aimer
C’est celui que vous haïssez
Qui le temps d’une nuit vont mélanger
Des liquides sur des draps souillés
Et l’amour rira de vous voir peiné
Rira de la fatalité
Car vous êtes celui qui aime vraiment
Celui qui chérit chaque instant
Celui qui veut vivre un présent
Qui assure une fin
Celui qui a du chagrin
Quand tout est terminé
Celui qui souffre en vain
Quand son cœur est blessé
Et celui qui n’aura rien
Et celui qui n’aura rien…


En vous souhaitant une bonne lecture!

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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 9 Jan 2011 - 13:35

Un poème ne prenant pas place dans ce recueil à présent.

La Mort des Heures

Petites innocentes magnifiées par le crime
Arbres de nihilisme dont on tranche la cime
Pour celles qu’on assassine avec force bonheur
Je dédis quelques vers à la mort des heures

Douloureuse infortune que ce doux génocide !
En tout lieu il prend place, souriant et avide
De ces heures affolées et de leur frère le Temps
Il les traque et les éventre impitoyablement

Quand l’agonie survient, on se veut bien surpris
De la voir porter joie ou monotonie !
Certaines sont jouissives, et pleines d’allégresses
D’autres se veulent si longue que l’attente même blesse

Mais qui sont ces assassins sans but ni scrupules
Ne cherchant que la vue de cette vie qui brule ?
De cruels désœuvrés, des vous ou bien des moi
Qui font d’un crime ignoble un naturel, un droit

Alors portons un deuil à cette joie martyre
Par le plus beau silence, tout en laissant mourir
Leurs filles orphelines qui tremblent de peur
Sacrifions des minutes à la mort des heures.


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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Jeu 10 Mar 2011 - 21:48

Quête

Cyniquement seul et perdu
En des rues trop peu bicéphales,
L'homme boiteux cherche son Graal
Sans plus se soucier d'un salut.

En sa main gauche il est armé
De son opulente misère.
Sa faible voix rauque et amère
Désabuse de vanité.

Noyant de soif sa lassitude,
Il éclaire sa solitude
De son élégant désespoir.

Pressé d'être enfin désœuvré,
Il a écarté l'illusoire
D'un trottoir si bien animé.


Un sonnet en octosyllabe pour changer du vers libre. Un Commentaire?
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 13 Mar 2011 - 18:04

Onde en écho
Sur un balcon toujours plus haut que moi
Tu riais comme un passé qui crisse
Dieu comme tu es laide, fille en joie
Laide comme le mystère d'un obscur abysse.

Tu t'écoules sans rien voir
Silhouette en cascade
Ma goutte de silence, ma mer de désespoir
Les flots de ton corps me rendent maussades.

Le son de ton doux liquide
Ne m'atteint pas
Mes sens ont trop connu l'arride
De l'hiver de ta voix

Une statue de glace
Hurlements cristallins
Qui enfin s'effacent
A force de lendemains.

La rivière s'enfuit toujours
Pour revenir encore
Coule, coule fille sans contour
Mon pied un jour te traversera sans remord.


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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Mar 22 Mar 2011 - 18:20

Le Boulevard des Mèlesombres

Lorsque les fléchettes d'or
Traversent l'opaque des avenues
Qui se trouvant blessées à mort
S'arrêtent de hurler à notre vue
Émerge des lumineux décombres
Le Boulevard des Mèlesombres.

Au hasard souvent si tendre
De la course des projectiles scintillants
S'embrassent et se confondent à s'y méprendre
Sur des murs délicieusement blancs
Des ombres pour un court instant.

Elles se suivent en un dialogue
Qu'un goudron avide ne retient pas
Trottoirs en grèves, pas en pirogues
Sur ce canal un cœur bat
Cette pénombre qui s'enlace
S'adule et enfin fusionne
Qui langoureusement se prélasse
En lui rayonne.

Malheur que ce simple virage
Où accélère le courant
Pour ne laisser qu'un beau mirage
Agonisant
Comme les hommes voudraient plonger
Ignorant une vie qui sombre
Pour s'étendre une éternité
Sur le Boulevard des Mèlesombres.
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Lun 4 Avr 2011 - 17:57

Azur Nocturne

Sur ma nuit
Naissent des réverbères bleus
Dans mes rues de minuit
Les lumières se reflètent dans les vitres
D'immeubles trop vieux
L'ombre, avachit sur mes yeux en pupitres
Se lève enfin
Et disparait dans un caniveau
Proche d'un lendemain
Et l'allée qui s'éclaire se répond en écho
Bleu
M'engage sur l'éphémère sureté
De ces miroirs illuminés
Bleu
Ce goudron qui me retient
Je m'en arrache, et tout devient
Bleu
Elle irradie
Je me ravie
De l'aube bleue.


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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Dim 19 Juin 2011 - 20:09

Vivant suspendu

Le ciel est affamé
L'Astre dévore au plus haut ces bâtisses
Que la terre a gardé
Midi se glisse
Entre les égarés.

Vent, vent qui m'obsède
Les colosses de béton te sifflent
Je suis las de tes gifles
Enfin! Mon corps te cède
Et je te suis là où tu souhaites
M'emmener
A la douceur de ton ballet
Mon oreille, je crois, est prête.

Hurlant à la vieillesse, les balcons
Voudront me retenir
Mais j'irai, enlevé du goudron
Elevé d'avenir.
Une fenêtre est ouverte
Quelque part au fond des rues
Comme une joie offerte...
Silencieuse est la vue
De cette invitation
Entrons.


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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Ven 21 Oct 2011 - 20:13

Elle arrive toujours les yeux baissés, comme si le ciel et l’horizon n’avaient rien à lui offrir, et le deuil nocturne des matins d’octobre lui donne l’apparence étrange d’une ombre unique, du spectre parmi les spectres, plus unique encore que s’il apparaissait soudain dans une rue solitaire, au coin d’une ville où certaines terres semblent plus vierges encore du joug des humains que nos jungles vivaces ; dans ces rues la vie la plus certaine est inscrite dans la fissure de la brique, dans le dépôt abject, dans l’écoulement sous-terrain. Elle n’a pas besoin de cette vie mal incrustée, un peu vague, extérieur. Elle n’a pas besoin du vide pour être, pour faire relief, pour être hiéroglyphe sur un mur usé ; c’est la foule qui lui va le mieux, les crissements indistincts et monotones de la ville qui s’éveille qui font résonner sa voix, le mouvement qui l’accomplie. Elle ne m’a jamais rencontré qu’en marchant.
Elle essuie, à ces moments-là, l’horreur de mon imagination oblique. Elle a vêtu sous elle toutes les robes, toutes les tiares, toutes les atmosphères. Elle a voyagé sur toutes les terres, toutes les traversées, toutes les métaphores. Elle a, dans mes yeux, tout vécu ; et pourtant chaque fois j’en change, irrité par une difformité se formant à l’instant même où la scène se dresse autour d’elle, à cette seconde exact où le décor va l’envelopper, l’insérer dans le théâtre de mes vies. Elle est chaque fois trop banale, trop superbe, trop proche, trop lointaine ; parfaitement singulière. Elle n’admet ni en-deçà ni au-delà ; toujours, toujours la nuit mourante et réelle s’échappe des utopies trop édulcorées, chimiques. Elle libère de la subjectivité des sciences, de leur appropriation despotique ; enfin la terrifiante objectivité, l’exorcisme des mirages parlés. Elle arrive et tout n’est que réel.
« Tu es belle » ; c’est le ciel qui parle, celui qui ne peut habiter ses yeux.
Elle s’arrête et ils se lèvent vers les miens. Elle n’a pas l’air de comprendre qu’ils sont terrifiés, eux qui ratent toujours un peu ce qu’il faut voir, qui s’attardent toujours un peu, comme une manie agaçante chez celui que l’on connait depuis trop longtemps. Elle sourit ; le ciel s’empourpre ; je n’avais pas remarqué le soleil dans son dos.
Enfin elle a levé la nuit.
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Ven 21 Oct 2011 - 20:14

Peinture

Tu t’es lassé de vivre parmi ces gens

Ce chêne dans ce parc vide est toujours nu
C’est la seule rosée la seule qui l’habille
Et le laisse déçu
Pleure la branche et toi tu vacilles
Dehors bourdonne comme un mal affreux
Extérieur n’est plus
Il hurlait comment oses-tu être amoureux
Comment et c’était là ta question
A un clergé avare cher à la liberté
Comment ô dites-moi comment aimer
Mais cela n’avait pas de nom

Tu crois aux poètes comme aux enfants

Le chêne est toujours vide dans le parc nu
J’y étais
Je croyais en la rime ingénu
Et tu sais comme elle l’a brisé mais
Elle est spectre à mon pas
Mon essence déchirée, mon intrus
Mon fils paria
J’aime parfois j’aime j’aime
Résonne la rime résonne
Et tout ce qui vibre et tout ce qui sonne
S’effondre sous d’antiques emblèmes

Il y a longtemps que tu ne vas plus nulle part

Car où courir L’étang est vide
La branche a cédé et il est tard
Le vent sur le gazon te reflète plein de rides
Et ton abri s’appuie sur un saule blafard
Tu t’allonges
Tu t’étends sous un nuage avide
Mais sans le vouloir il te ronge
Pourtant avant la nuit pourtant
Il était joli
Il était sans prétention et tu ris
Mais l’écho ne te renvois que le temps

Il y a un enfant sur tes yeux hagards

Mais lui n’a pas vu l’ombre aux paupières
Ne lui en veux pas
Il ne se souvient même pas d’hier
Il a le sourire de ces anges béats
Sur la cathédrale à Reims
Ou les photos publicitaires
Il est entre les deux c’est un prince
Qui règne sur ton œil en tailleurs
Parfois je le salue
Et toutes ces pages qu’un jour j’ai lu
Me sont valeurs

Regarde le parc ferme
Nous sommes seuls
Et nous parlons adossés à l’épiderme
De l’univers
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Edward Smith
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MessageSujet: Re: Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)   Mer 26 Oct 2011 - 20:37

Insula

Insula ! Insula ! serpentant sur l'eau vide
Insula et tes rêves et tes châteaux d'argent
Et puis tes tentations des peines régicides
Insula dans mes bras tu dérives en riant

Et ce jeu de tes côtes qui sans cesse s'éloignent
Puis reviennent
C'est enfin l'infini sans but que l'on empoigne
Oh si je l'atteignais qu'un naufrage me prenne

J'ai tellement vécu pour faire un long voyage
Et cueillir quelques fruits et courir les vergers
Que mon bateau parfois m'obligeait à la nage
Aux forêts sous-marines la pomme est salée

Enfin enfin j'arrive Insula morte mer
Je file sur l'eau noire enfuit toi donc et vite
Je ne sais de ton corps qu'une infinie poussière
Loin de mon eau qui dort et d'un amant en fuite.
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Recueil de poèmes, Edward Smith (AP?)

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